État des lieux par région : Asie et Pacifique

Rapport de l’UNESCO sur la science, vers 2030

Cette vaste région, qui accueille les trois-cinquièmes (59 %) de la population mondiale et compte pour près de la moitié de la production économique (45 %) et de la dépense en R&D (42 %) du monde, abrite à la fois quelques-unes des puissances technologiques les plus dynamiques et, en Asie intérieure et dans l'océan Pacifique, les participants les moins investis dans la progression mondiale vers des économies à plus forte valeur ajoutée technologique.

Par le simple fait de sa taille et de son essor, la Chine a vu augmenter considérablement sa part dans de nombreux agrégats régionaux relatifs aux STI, qu'il s'agisse des effectifs de chercheurs, du volume de publications, de l'investissement en R&D ou du volume de brevets. Ces dernières années, la part de la Chine exprimée en pourcentage des volumes mondiaux a progressé comme suit :

Chercheurs :                        2009: 16.7%,               2013: 19.1%

Publications :                       2008:   9.9%,               2014: 20.2%

DIRD :                                  2007: 10.2%,               2013: 19.6%

 

D'après la base de données Web of Science de Thomson Reuter, la Chine s'apprête d'ici quelques années à prendre la tête du classement pour le volume de publications scientifiques. Mais son ambition de devenir rapidement une économie véritablement axée sur l'innovation pourrait être mise à l'épreuve par le contexte actuel de ralentissement de la croissance mondiale.

Le Japon connaît une période d'activité politique extraordinaire visant à relever le triple défi qui se pose à lui, à savoir le vieillissement de sa population active, ses efforts pour sortir du nucléaire suite à la catastrophe de Fukushima et la revitalisation de son moteur de croissance anémique. Si le Japon reste l'une des économies manufacturières les plus dynamiques en matière de R&D, son quatrième plan fondamental pour la science et la technologie (2011) accorde une priorité manifeste à l'« innovation verte » ainsi qu'à l'innovation favorisant une vie plus saine. La part des nouvelles énergies renouvelables (à l'exception de l'énergie hydroélectrique) dans la production électrique totale du Japon a augmenté, allant de 1,0 % en 2008 à 2,2 % en 2013, mais la transition vers les nouvelles énergies renouvelables devrait encore s'accélérer grâce à la déréglementation, aux réductions d'impôt et à l'aide financière visant à favoriser l'investissement privé, ainsi qu'à la R&D dans l'énergie renouvelable. Le Japon fait également son retour dans le domaine de la technologie et de l'ingénierie aéronautique, puisque le Mitsubishi Regional Jet espère être compétitif sur le marché mondial des avions de taille moyenne conçus pour le transport de passagers, et ce, grâce à son rendement du carburant élevé, à son faible impact sur l'environnement et à son niveau de bruit minimal.

L'énergie renouvelable est également devenue une priorité de la politique en STI en Océanie. Les Fidji, Nauru et les Tonga ont défini des objectifs d'énergie renouvelable se situant entre 50 % et 90 % de la consommation énergétique totale de ces prochaines années. Les Îles Cook, quant à elles, se sont fixé l'objectif d'atteindre 100 % d'énergie renouvelable d'ici à 2020.

La République de Corée étant maintenant l'une des économies les plus actives au monde en matière de R&D (sa DIRD représentait 4,15 % du PIB en 2013), son troisième plan fondamental pour la science et la technologie 2013-2017 a modifié la priorité du gouvernement vers la promotion de la recherche fondamentale ainsi que de l'esprit d'entreprise et de la créativité dans l'activité de production. Parallèlement, plus d'un tiers (35 %) du budget du gouvernement destiné à soutenir les industries stratégiques sur la période 2013-2017 (6 200 milliards de wons sud-coréens, soit 5,5 milliards de dollars des États-Unis environ) est alloué à de nouveaux secteurs de croissance industrielle, comme l'énergie solaire, les lanceurs spatiaux, etc.

La République de Corée est parvenue à faire progresser la part de la recherche fondamentale dans sa DIRD en pleine expansion, atteignant ainsi 11 % en 2013, soit un niveau plus de deux fois supérieur à celui de 2007. Elle met actuellement en place une technopole à Daejeon. Baptisée « International Science Business Belt », celle-ci accueillera 18 universités, ainsi que plusieurs parcs scientifiques et centres de recherche, y compris un accélérateur d'ions lourds. Elle devrait être achevée d'ici à 2021, pour devenir un environnement urbain d'envergure mondiale réunissant la science, l'éducation, la culture et l'art.

De nombreuses économies œuvrent pour repousser les confins du développement économique axé sur les STI. Elles cherchent en particulier à adapter leurs systèmes scientifiques et de R&D pour appuyer les moteurs de croissance de demain, comme la biologie moléculaire, la nanotechnologie ou encore les sciences des matériaux, où l'innovation dépend davantage des progrès en recherche fondamentale et nécessite donc que l'on accorde une place prépondérante à la collaboration entre la science et l'industrie. En Malaisie, les responsables politiques s'efforcent d'encourager le développement des services à forte valeur ajoutée pour venir compléter une activité importante du pays, savoir la fabrication de produits électroniques.

La fin de la croissance axée sur le prix des ressources incite un grand nombre d'économies normalement très différentes – telles que l'Iran, l'Asie du Sud-Est ou encore l'Australie – à promouvoir l'investissement en R&D du secteur privé. Ces pays doivent toutefois parvenir en parallèle à maintenir l'investissement public dans la recherche publique ainsi que les ressources humaines de R&D nécessaires pour en tirer le meilleur parti.

L'Australie fait figure d'exception parmi les économies avancées, en ce qu'elle ne dispose pas de données à jour concernant sa DIRD et ses effectifs de chercheurs. Ces dernières années, le système universitaire a pris les rênes de la recherche financée par des fonds publics, supplantant les institutions de recherche publique du pays. Le gouvernement se concentre sur les sciences océaniques et les sciences médicales. Parallèlement, le financement public de la recherche s'est réorienté vers un système de subventions et privilégie de plus en plus la recherche adaptée aux besoins du secteur privé, même s'il reste des questions en suspens quant à la manière de combler le fossé qui sépare les besoins de l'industrie et ceux du milieu universitaire.

Qu'il s'agisse des aspirations de la Malaisie à devenir un pôle d'enseignement supérieur, des projets de communauté économique de l'ASEAN, de la place prépondérante accordée par la Nouvelle-Zélande à la diplomatie scientifique ou encore des initiatives pour le développement durable menées par la Communauté du Pacifique, la région a tendance à privilégier la coopération et la mobilité transfrontalières.

En mettant en place sa communauté économique fin 2015, l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) cherche à faire de la région (qui représente près de 9 % de la population mondiale) une plateforme de production unique, soutenue par des programmes conjoints, comme le plan d'action de l'ASEAN pour la science, la technologie et l'innovation, qui prône une approche intégrée de la science, de la technologie et de l'innovation, et qui créé de nouvelles perspectives de coopération scientifique régionale pour ses membres à revenu plus faible. En décembre 2014, le Cambodge a lancé son premier plan directeur national pour la science et la technologie 2014-2020, avec le soutien de l'Agence coréenne de coopération internationale (KOICA, 2014), dans le but de favoriser l'innovation dans l'agriculture, dans d'autres secteurs de production primaire et dans les TIC.

En Inde, l'investissement en R&D, y compris dans le secteur privé, est en hausse bien qu'on ne constate pas d'intensification notable ces dernières années. En termes de volume, toutefois, la place de l'Inde dans la R&D mondiale est comparable à celle des grandes économies européennes. L'innovation est fortement concentrée dans certaines régions ainsi que dans certains secteurs industriels, comme les produits pharmaceutiques et les services dans le domaine des TIC – ces derniers ont d'ailleurs un impact considérable à l'échelle internationale par le biais des relations commerciales et des IDE. À l'inverse, l'innovation dans l'industrie pharmaceutique indienne reste principalement sous contrôle national (pour ce qui concerne la propriété des brevets, par exemple). L'Inde se caractérise aussi par l'émergence de l'« innovation frugale », qui s'accompagne du développement d'un marché local pour les inventions favorables aux démunis, à l'image du matériel médical abordable ou encore de la Nano Twist, la toute dernière minivoiture fabriquée par Tata.

L'Inde s'efforce de consolider ses activités de recherche en milieu universitaire, aussi bien sur le plan quantitatif que qualitatif, afin d'élargir l’impact de la croissance liée aux STI sur son économie – ambition qu'affichent également ses voisins d'Asie du Sud, qui partent de plus loin. Au Nord, l'Asie centrale traverse une période de transition visant à abandonner les systèmes de recherche sous contrôle exclusif de l'État.

 

<< Rapport de l’UNESCO sur la science

<< État des lieux par région