Mettre à l'honneur la créativité du Sénégal en renouvelant l'engagement en faveur de la Convention de 2005

Pour la chanteuse de hip-hop sénégalaise Moona Yanni, le monde de la créativité – et la musique en particulier – est un vecteur d'expression pour les artistes et représente la société dans laquelle ils vivent. « Dans [le domaine de la musique comme dans le reste du monde] on retrouve la même diversité et les mêmes préoccupations liées à l'amélioration de la vie des gens. Voilà pourquoi les politiques culturelles et le soutien apporté spécifiquement à la créativité sont importants. Il est également essentiel de soutenir les femmes, car les sociétés ne peuvent pas se développer sans elles. »

En tant que membre influent de l'équipe nationale travaillant sur les questions relatives à la créativité, créée par le ministère sénégalais de la Culture avec la participation de l'UNESCO, Moona Yanni a beaucoup plaidé pour que les femmes participent activement à la refonte de la politique culturelle du pays.

La chanteuse hip-hop, ainsi que 29 autres représentants des ministères de la Culture et du Commerce, de la société civile, du monde des arts, du cinéma et du spectacle, a pris part à un débat communautaire organisé à Dakar en mars pour évoquer les progrès accomplis en matière d'élaboration de politiques conformes à la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Ces 30 représentants ont aussi été formés à la préparation du premier rapport périodique du pays. Ce document est nécessaire pour rendre compte des résultats obtenus par le Sénégal dans la promotion de la diversité des expressions culturelles, ainsi que des défis à relever. Cette formation s'est déroulée dans le cadre d'un projet financé par la Suède « Renforcer les libertés fondamentales à travers la promotion de la diversité des expressions culturelles ».

Le Sénégal, un des premiers pays à avoir ratifié la Convention de 2005, a renforcé et renouvelé ses engagements en publiant pendant l'atelier un décret faisant du groupe formé par les 30 participants une entité officielle. Cette dernière sera chargée de gérer les activités liées à la Convention, et la moitié de ses membres se consacreront en particulier à la rédaction du rapport périodique.

« Avec la mise en place du groupe TICAA dans le domaine du tourisme, qui met en avant les industries créatives comme des moteurs stratégiques de la croissance économique ; la participation à des projets internationaux de coopération aux niveaux national et local dans le cadre de projets tels que le Fonds pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement en matière de culture ; la loi de 2008 sur les droits d'auteur ou l'assurance santé pour les artistes, qu'il est en train d’adopter au niveau national par le biais d'un processus de concertation, le Sénégal met déjà concrètement en œuvre la Convention au quotidien », explique Valeria Marcolin, experte internationale.

Le Sénégal jouit d'une société civile active qui représente ses industries créatives – et qui a bâti sa réussite en contribuant à l'économie du pays grâce à des évènements tels qu'Africa fête, un grand festival mettant en lumière des musiciens. Jusqu'à présent, cette manifestation a créé environ 3 000 emplois et donné lieu à 34 concerts rassemblant 50 groupes d'artistes et 500 musiciens devant plus de 20 000 spectateurs.

« Pour contribuer de manière significative à l'économie mondiale, le Sénégal doit aussi s'appuyer sur l'un de ses plus grands atouts – la créativité de sa population majoritairement jeune », affirme Oumar Sall, Secrétaire exécutif d'ADAFEST/Arterial Network Sénégal, une association qui soutient les artistes et les festivals.

Mettant en avant cette scène culturelle animée, le Sénégal a exporté en 2013 l’équivalent de 2,15 millions de dollars des Etats-Unis en biens culturels (Institut de statistique de l'UNESCO). La production musicale du pays a fait les gros titres de la presse internationale et des artistes tels que Youssou N'Dour ont fait leur entrée sur les marchés mondiaux. Près d'un demi-million de personnes travaillent dans les industries culturelles, la plupart dans le domaine des arts visuels et de l'artisanat (80,5 %) et dans une moindre mesure dans le secteur du patrimoine culturel et naturel (4,9 %), d'après les statistiques gouvernementales. Au Sénégal, la créativité continue de prendre de l'ampleur et de nouveaux talents du design et des arts numériques sont encouragés. Néanmoins, il reste encore du travail à accomplir pour construire de meilleures structures dans certains domaines d'activités.

Les représentants gouvernementaux présents à l'atelier de Dakar le considère comme la première étape vers la mise en place d'un canal de communication durable entre eux et les professionnels de la culture, afin d'élaborer des politiques culturelles répondant à leurs besoins et de renforcer les industries.

« Nous comprenons bien que dix ans après l'adoption [de la Convention de 2005], la rédaction et la transmission du rapport quadriennal peut nous aider à réaliser une évaluation opérationnelle de notre action et de nos progrès en matière de protection et de promotion de la diversité des expressions culturelles. Les ateliers de renforcement des capacités ont fourni à l'équipe qui rédigera le premier rapport du Sénégal tous les outils nécessaires pour se lancer », dit Abdoulaye Koundoul, Directeur d'Arts-City Keur Goorgui, ministère de la Culture et de la Communication.

Les discussions qui ont eu lieu à Dakar entre les deux experts internationaux envoyés par l'UNESCO pour dispenser la formation, Valeria Marcolin et Luc Mayitoukou, et le groupe officiel des rédacteurs ont mis au jour de nouveaux défis : « Grâce à cet exercice, nous avons aussi identifié les domaines qui ne sont pas encore couverts par des politiques ou des mesures mais qui renforceraient la diversité des expressions culturelles au Sénégal. Par exemple, la mode et le design ont été signalés comme des domaines ne comptant pas encore parmi les secteurs créatifs mais ayant un potentiel et des besoins spécifiques. Ces défis pourraient former une feuille de route pour la future mise en œuvre de la Convention », remarque Valeria Marcolin.

Pour corriger certains des déséquilibres constatés à l'échelle du pays, des représentants des 14 centres culturels régionaux du Sénégal ont également assisté à l'atelier. Ils y ont obtenu des documents utiles sur la Convention de 2005, pour faire connaître celle-ci dans leurs régions et pour transmettre aux pouvoirs publics et à la société civile en dehors de la capitale les connaissances pertinentes.

Le contenu des rapports périodiques va aussi servir de base pour le prochain Rapport mondial de suivi sur la mise en œuvre de la Convention, qui sera publié par l'UNESCO en décembre 2017.


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