La Déclaration de la Journée mondiale de la liberté de la presse 2017 reconnaît « la liberté artistique comme un pilier de la liberté d’expression et de la démocratie participative »

La Déclaration de Jakarta, adoptée par les participants de la conférence organisée par l’UNESCO à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse à Jakarta, en Indonésie (1er au 4 mai 2017), appelle pour la première fois l’UNESCO à « promouvoir la liberté artistique en tant que pilier de la liberté d’expression et pierre angulaire de la démocratie participative, et à soutenir la création artistique et à garantir l’accès à la vie culturelle pour tous les membres de la société. » De plus, elle appelle les États Membres à « ratifier et mettre en œuvre la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, en s’engageant en faveur de la création, la distribution et la jouissance d’expressions culturelles diverses. »

La Déclaration fait suite à trois panels de discussion majeurs organisés par l’UNESCO à Jakarta les 2 et 3 mai avec l’appui financier du gouvernement du Danemark portant sur la liberté artistique (lire annonce ici).

Un discours liminaire d’Asaduzzaman Noor, Ministre des Affaires culturelles du Bangladesh, a ouvert la voie au premier débat, intitulé « Repenser les politiques culturelles pour le statut de l’artiste et la liberté artistique » modéré par Anupama Sekhar, directrice du Département de la culture de la Fondation Asie-Europe.

« En assurant la promotion de la liberté artistique, nous devons chercher à soutenir la créativité et à maintenir un monde hétérogène d’idées, de valeurs et de visions », a affirmé le Ministre dans son discours, prononcé par Azmal Kabir, Ambassadeur du Bangladesh en Indonésie. « Ensemble, en ratifiant et en mettant en œuvre la Convention de 2005, nous pouvons démontrer notre engagement envers la culture, la créativité et l’innovation, pour promouvoir les industries culturelles et créatives locales, mais aussi pour garantir le respect des principes de la Convention tels que la liberté d’expression créative. »

Ce discours a été suivi d’un message vidéo de Dagfinn Høybråten, Secrétaire général du Conseil nordique des ministres, appelant l’UNESCO à renforcer le suivi global de la liberté artistique et à encourager les artistes et les journalistes à s’allier dans leurs efforts de protection des libertés fondamentales.

Nguyen Phuong Hoa, directrice générale adjointe du ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme du Viet Nam, et Ek Buntha, directeur général adjoint du ministère de la Culture et des Beaux-Arts du Cambodge, ont tous deux mis l’accent sur l’importance de faciliter des mécanismes de mobilité pour les artistes. « Dans cette ère de mondialisation, la liberté de mouvement est cruciale. Grâce à la coopération régionale et internationale, nous pouvons garantir aux artistes un vaste accès aux marchés et aux opportunités de carrière », a déclaré madame Hoa.

Le second panel, intitulé « La liberté artistique à l’ère de la mondialisation », a rassemblé le photographe bangladais Shahidul Alam, le directeur artistique coréen Seok Kyu Choi et le réalisateur indien Rahul Chittela, dont le film « Azaad » a été projeté en amont du débat. Les participants ont discuté de leurs expériences en matière de menaces, de censure et d’autocensure, et ont partagé leurs préoccupations relatives à l’accès aux marchés globaux en raison des restrictions grandissantes liées aux visas.

Ole Reitov, directeur exécutif de Freemuse et modérateur du débat, a appelé l’UNESCO et les Parties à la Convention de 2005 à renforcer les mécanismes de protection des artistes, y compris grâce à la modernisation de la procédure de l’UNESCO pour l’examen des plaintes concernant des violations alléguées des droits de l'homme, ainsi qu’à participer à l’élaboration d’un plan d’action des Nations Unies pour la sécurité des artistes (lire ici  le communiqué de presse de Freemuse, en anglais seulement).

Le débat du 3 mai, intitulé « Garantir la liberté artistique : un défi pour les politiques publiques », a été présenté par Farida Shaheed, ancienne Rapporteuse spéciale des Nations Unies dans le domaine des droits culturels. « Les artistes partagent avec les journalistes une vulnérabilité extrême. Nous devons combattre l’impunité et soutenir leurs droits sociaux et politiques », a-t-elle affirmé. « La préparation de rapports et le suivi de la liberté artistique, tant par les acteurs étatiques que les organisations de la société civile, devraient aller de pair avec ces objectifs. Plus largement, ils devraient être soutenus par un intérêt global renouvelé pour l’éducation aux droits humains. » Anupama Sekhar, de la Fondation Asie-Europe, a mis en lumière le caractère essentiel des systèmes nationaux d’information : « Grâce à une coopération régulière et des plateformes de dialogue, nous pouvons combler les lacunes en matière de savoir », a-t-elle déclaré.

Hilmar Farid, directeur général au ministère de l’Éducation et de la Culture de l’Indonésie, a fait rapport sur l’adoption récente par le Parlement indonésien, le 27 avril 2017, d’une nouvelle loi majeure sur « l’avancement de la culture », inspirée par les principes directeurs de la Convention de 2005 et portant une attention particulière à la protection des droits des artistes, y compris les droits de l’homme, la mobilité, la rémunération et le droit d’auteur. « La liberté artistique n’est pas un luxe », a-t-il affirmé. « Devant le défi de la radicalisation, nos sociétés ont besoin de la voix de sociétés civiles diverses, qui peuvent soutenir la pensée critique et inspirer un changement social. »

Un débat animé avec le public a suivi le panel. Au moment de conclure, Danielle Cliche, Secrétaire de la Convention de 2005 et présidente de la session, a réitéré l’importance cruciale de la liberté artistique dans la réalisation de l’Objectif de développement durable 16.10 sur l’accès public à l’information et la protection des libertés fondamentales.

Parallèlement à ces panels, l’UNESCO a également organisé le 3 mai un atelier d’une journée avec des experts indépendants et des représentants de réseaux professionnels internationaux, tels que Freemuse, Index on Censorship, Arterial Network, la Fondation Asie-Europe et Art Moves Africa, afin de discuter du développement d’outils de formation sur la liberté artistique.