WPFD 2016 - 150 ans de la presse malagasy : Vers une vision responsable


© Zoelson Randrianindrina

By : Zoelson Randrianindrina, Conseiller de l’Ordre des Journalistes de Madagascar

150 ans ? C’est déjà beaucoup pour une histoire qui vient à peine de commencer, dans un pays à tradition orale. La presse, c’est l’histoire et le témoin du passé. Mais avant tout, c’est le vécu d’une société qui se veut être à la page du réel pour un avenir meilleur.

Déjà ! Eh oui ! La presse malagasy a 150 ans. Un siècle et demi, c’est déjà beaucoup pour une île « très lointaine », grande et soi-disant isolée du monde, bercée par l’Océan Indien et le Canal du Mozambique.

Il y a 150 ans (janvier 1866-janvier 2016), la Grande Île découvrait la presse par le biais des missionnaires évangéliques protestants de la LMS. Leur but : changer la vie quotidienne des Malagasy de la fin du 19esiècle. Le premier titre paru s’intitulait « Ny Teny Soa Hanalana Andro », littéralement, « La Bonne Parole pour Divertir ».

Après l’édition de la première Bible en langue malgache et l’ouverture de la première école par le missionnaire David Jones en 1820, les habitants n’avaient que la Bible pour toute lecture. « Koa maro ny zavatra tsy fantany (…) Koa dia nihevitra izahay hamorona taratasy kely hanalan’andro raha tsy manandraharaha ny olona… », disaient les missionnaires dans le premier éditorial de ce journal. Ce qui signifie : « beaucoup de choses leur sont inconnues (…) Aussi avons-nous pensé à créer ces menus papiers pour que les gens puissent passer le temps… ».

Et le temps passe très vite. Les Malagasy lettrés disposaient déjà d’une dizaine de titres en 1896, selon les chercheurs. Mais ce n’étaient que des journaux pour honorer l’Occident et la confession chrétienne. Pendant un temps les missionnaires des confessions catholiques et protestantes rivalisaient entre eux par le biais de leurs journaux respectifs. L’histoire a suivi son cours avec la colonisation et la révolte des patriotes, l’indépendance, … jusqu’à nos jours.

Ces journaux n’étaient pas seulement des véhicules d’idéologies, mais également des témoins de l’histoire. Selon l’adage d’un poète célèbre, Georges Andriamanantena, alias Rado dans le monde littéraire : « les paroles s’envolent, l’écrit reste ». Et cela, malgré la tradition orale du pays et ses « kabary », aux couleurs de chaque région, qui présentent une toute autre vision de la réalité que celle du monde en proie à la mondialisation. C’est pourquoi, la nouvelle technologie de l’écrit n’est pas encore une priorité pour la majorité des habitants de la Grande Île.

Par ailleurs, le monde de la presse malagasy est sans cesse en mouvement et en expansion. Selon le Président de l’Ordre des Journalistes de Madagascar, Gérard Rakotonirina, fraîchement élu il y a à peine deux ans, environ 30 titres sont parus cette année. C’est le cas également du monde audiovisuel qui fait son apparition un peu partout. Mais l’on se demande si ce pullulement est bien synonyme de « pluralisme » des médias, dont le but serait de diffuser des informations diversifiées répondant aux besoins du développement, et au droit à l’information du citoyen.

150 ans, c’est déjà loin. Si le premier homme a pu poser ses pieds sur la lune au nom de l’humanité, c’est peut-être grâce à l’écrit et à la presse. Donc, pourquoi ne pas penser à un avenir meilleur pour ce pays grâce à la presse ? Et pourquoi pas pour l’humanité tout entière ? Certes, cela reste une utopie pour le moment à cause de l’abondance des titres à sensation. Mais demain est déjà devant nous pour bâtir une autre société responsable. La presse y est pour quelque chose. Alors, à nos plumes et caméras, chers et chères journalistes citoyens du monde … meilleur.