Mariam, un film qui ouvre un débat

Voir dans le foulard un symbole de liberté et d'indépendance paraît pour le moins paradoxal dans une société occidentale au 21e siècle. Et pourtant, l'histoire de la jeune Mariam, racontée  dans le film homonyme de Faiza Ambah, relativise la question. La réalisatrice saoudienne se saisit d'un destin presque ordinaire pour aborder une série de réflexions sur l'identité et le multiculturalisme, en empruntant notamment la voie de l'adolescence, de l'amitié et de l'amour.

« Nous sommes des individus et non un assemblage de stéréotypes », déclare Faiza Ambah. « Il est dangereux et déshumanisant de diviser le monde en deux catégories - nous et les autres - quel que soit le côté où l'on se place. Cela simplifie la tâche de tuer des gens ».

Faiza Ambah, comme Mariam, est née en Occident de parents Arabes laïques. Elle ne se sentirait sans doute pas écartelée entre deux cultures si on ne lui imposait pas de choisir l'une contre l'autre. Si l'entourage ne voulait pas lui coller une étiquette identitaire simpliste.

Mariam, à l'image de Faiza Ambah, est une fille parfaitement adaptée à la société choisie par ses parents, bonne élève, qui porte jean et tee-shirt et adopte le comportement des gens de son âge et de son milieu scolaire. Mais voici qu'elle traverse une période d'incertitudes et de tracasseries inhérentes à l'adolescence, et elle a besoin à la fois d'être réconfortée et d'affirmer sa personnalité, sa différence, son identité.

Sa solution ? Le foulard qu'elle a porté au pèlerinage à la Mecque avec sa grand-mère ! Ce souvenir de tendresse et de bien-être qu'elle veut garder auprès d'elle, en France, est pourtant banni de l'école, conformément à la loi de 2004 sur les signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse.

Faiza Ambah, contrairement à Mariam, n'a pas choisi de porter le foulard. Figure de proue dans la lutte de l'émancipation des femmes, elle est une pionnière du journalisme féminin dans son pays d'origine. Avant elle, aucune de ses compatriotes saoudiennes n'avait encore interviewé des hommes de renom ou publié en anglais des articles sur des sujets politiques. Ayant débuté à Arab News, média saoudien anglophone, elle a été correspondante pour Associated Press, le Christian Science Monitor et le Washington Post, avant de décider de se consacrer au cinéma en 2009.

Mariam n'est pas un film sur le port du foulard, déclare la réalisatrice, dont la revendication fondamentale est sans doute aussi simple que difficile à réaliser : le droit d'être soi-même, au risque de se tromper.

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Le moyen-métrage Mariam (France, 2015) est projeté à l’UNESCO, mardi 22 septembre 2015, Salle XI, à 18h30, dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la paix (21 septembre) et de la Décennie internationale du rapprochement des cultures (2013-2022).

La projection du film est suivie d'un débat avec Faiza Ambah, Jérôme Bleitrach, le producteur, Jocelyne Dakhlia, historienne et anthropologue, et Malika Mansouri, psychologue et psychanalyste.