« Préserver le passé afin de bâtir un avenir meilleur pour tous »

« Notre mémoire collective est ancrée dans les archives héritées des générations passées », a déclaré la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, lors de la Conférence I. P. Sharp qu’elle a donnée à l’Université de Toronto, le 18 novembre dernier. La Directrice générale était invitée à donner une conférence sur le thème « Préserver le passé, bâtir un avenir meilleur : le pouvoir de persuasion de l’UNESCO à l’ère du numérique ».

« Ce sont des tournants dans l’histoire de l’humanité. Elles montrent comment d’infimes ou de grands gestes peuvent changer le cours de l’histoire, pas seulement pour des individus, mais pour des sociétés tout entières », a-t-elle poursuivi, expliquant à un public de plus de 300 personnes que tel était « l’objectif du Programme Mémoire du monde de l’UNESCO : sauvegarder et promouvoir le patrimoine documentaire exceptionnel de l’humanité, dans l’intérêt de tous, afin de favoriser les systèmes de valeurs partagées et la connaissance de l’histoire, qui sont autant d’éléments importants pour faire les choix individuels et sociétaux d’aujourd’hui, et pour trouver des moyens plus inclusifs, pacifiques et durables d’assurer le développement futur. La Mémoire du monde n’est pas qu’une simple question de livres et de documents. Elle est profondément ancrée dans l’expérience humaine, elle est essentielle au sentiment d’appartenance et d’identité, et elle est porteuse d’une valeur universelle ».

La Directrice générale a donné des exemples de l’action récemment menée par l’UNESCO en Iraq, où l’on assiste à un nettoyage, à un anéantissement et à un pillage culturels sans précédent, ainsi qu’au Mali, où des groupes extrémistes ont pris d’assaut Tombouctou l’année dernière, détruisant 14 des 16 mausolées inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. « Je considère cela comme l’essence même du pouvoir de persuasion de l’UNESCO aujourd’hui
– consolider les fondements de la paix et de la viabilité, par le dialogue et la coopération, en renforçant l’idée d’une seule et même humanité ayant un passé et un avenir communs », a-t-elle déclaré.

La Directrice générale a exprimé sa gratitude au Gouvernement canadien pour le leadership dont il faisait preuve s’agissant de soutenir l’action de l’UNESCO : « Je vous remercie de votre engagement en faveur de l’objectif commun que nous avons de préserver le passé afin de bâtir un avenir meilleur pour tous ».

La conférence était organisée conjointement par la Faculté des sciences de l’information de l’Université de Toronto, dirigée par le Doyen Seamus Ross, et la Commission canadienne pour l'UNESCO, présidée par Christina Cameron.

La Conférence I. P. Sharp a été instaurée à la Faculté des sciences de l’information en 1989 grâce à un don de la société Reuters Information Services (Canada) Ltd, en hommage à son président fondateur et ancien directeur général, Ian P. Sharp. Elle a pour but de faire venir sur le campus des personnalités de renommée mondiale afin d’étudier les effets transformateurs de l’information. La conférence est donnée tous les trois à quatre ans par une éminente personnalité du monde des sciences de l’information et des domaines connexes.

Le même jour, la Directrice générale a pris part à une table ronde sur le thème « Protéger notre patrimoine et encourager la créativité », organisée par la Faculté des sciences de l’information de l’Université de Toronto et la Commission canadienne pour l'UNESCO, et axée sur le rôle des musées pour ce qui est de favoriser la cohésion sociale, la compréhension mutuelle et le développement social et économique.

L’Université de Toronto était le lieu indiqué pour organiser cette conférence car elle recèle une collection documentaire sur la découverte de l’insuline, inscrite au Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO en 2013 en reconnaissance de son importance mondiale. Conservée à la bibliothèque d’ouvrages rares Thomas Fisher – un lieu riche en anciens manuscrits fréquenté par l’écrivain Umberto Eco –, la collection compte plus de 7 000 pages de documents en rapport avec les travaux de recherche qui ont valu aux docteurs Banting et Macleod le prix Nobel de médecine en 1923. La Directrice générale a pu admirer plusieurs pièces de cette collection, notamment d’émouvantes lettres écrites par des enfants ayant bénéficié de cette découverte qui aura changé leur vie, ainsi que les exemplaires originaux de la médaille d’or et du certificat du prix Nobel. Devant Mme Bokova, le petit-neveu du docteur Banting a décrit la collection de son grand-oncle comme « le témoignage d’un acte de bonté ».

Au cours de sa visite d’une journée, la Directrice générale s’est entretenue avec le Président de l’Université de Toronto, M. Meric Gertler, le Président du Conseil des arts du Canada, M. Joseph Rotman, le Doyen de la Faculté des sciences de l’information, M. Seamus Ross, ainsi que le Sous-Ministre de la culture, du tourisme et des sports de l’Ontario, M. Drew Fagan.