Améliorer ses compétences professionnelles pour écrire en toute sécurité dans des environnements hostiles

L’année 2014 a été difficile pour les journalistes au Pakistan, alors que plus de 12 d’entre eux ont été tués dans des attaques séparées, et que d’autres recevaient des appels menaçants et des lettres d’intimidation, selon le Rural Media Network of Pakistan (RMNP). Les journalistes se sont aussi plaints que les extrémistes religieux les obligent à rendre compte de leurs discours et exercent des pressions sur eux pour que leurs textes soient publiés mot à mot.

Afin de face à cette situation alarmante, le Programme international pour le développement de la communication (PIDC) de l’UNESCO a soutenu le projet « Sécurité des journalistes travaillant en environnement hostile dans le Pakistan rural », visant à former les journalistes aux questions liées à la sécurité.

Six programmes de formation étaient organisés dans trois districts du sud du Pendjab (MuzzaffarGarh, Bahawalpur et RahimYarKhan), qui se trouve sous l’emprise de l’extrémisme religieux et de la violence sectaire. Au total, 90 journalistes se sont inscrits dans les six ateliers de formation, mais du fait de la forte demande, 125 ont finalement été acceptés, dont 38 femmes.

La participation de femmes au projet était remarquable, compte tenu des circonstances locales. « Nous saluons la décision d’inclure 38 participantes dans les ateliers de formation de Samasatta et MusafirKhana » a déclaré Ms NajmaunNisa Bukhari, coordinatrice du RMNP.

 « Dans les zone rurales du Pakistan, où vit 70 % de la population, les journalistes femmes ne sont qu’une poignée. Dans la région de Bahawalpur, où demeurent 12,5 millions d’habitants, il n’y a pas une seule femme journaliste. Et les hommes n’ont pas la possibilité de rendre compte du point de vue des femmes, car ils ne peuvent ni les approcher, ni leur parler librement. »

« La quasi-absence de journalistes femmes signifie que les médias ne témoignent pas d’une large partie de la société. La perspective des femmes est complètement absente de la couverture médiatique. Il est urgent que les médias locaux et nationaux dénoncent les violations des droits de l’homme dont sont victimes les femmes. » a-t-elle conclu.

Couvrir une émeute, agir face aux pressions, menaces et intimidations de diverses origines, gérer les contacts et les relations avec les sources d’information, préserver les faits et maintenir un équilibre dans le reportage, couvrir les attentats à la bombe sont quelques-uns des sujets traités lors de la formation.

Les questions comme la couverture des atrocités commises par les chefs de guerre, les viols collectifs et les crimes d’honneur ont également été abordés. En parallèle, des exercices pratiques ont été proposés pour améliorer les compétences d’écriture.

Pour la formation, le RMNP a mis à jour un manuel rédigé en ourdou traitant des questions de sécurité. Les six événements ont été encadrés par des formateurs basés à Karachi et à Lahore.

Le programme de formation s’est achevé avec la mise en place d’un mécanisme de sécurité pour les journalistes dans trois zones difficiles du sud du Pendjab, où aucune société de presse n’est vraiment présente, et avec l’organisation de six comités d’observation de la liberté de la presse. Les participants au projet ont demandé instamment aux autorités concernées de faire de la protection des journalistes une priorité nationale.

“Le principal défi à relever au Pakistan, mis à part les menaces directes pesant sur la vie des journalistes, est la culture de l’impunité. Sur 116 cas, les meurtriers de seulement deux journalistes ont été arrêtés au cours des dix dernières années. Cela encourage l’impunité et permet à quiconque de menacer et d’attaquer les journalistes, parce que les meurtriers savent qu’ils ne seront probablement pas inquiétés » a déclaré M. Ehsan Ahmed Khan Sehar, président du RMNP.