Appel global à faire progresser la sécurité des journalistes sur le terrain

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Frank La Rue, Maria Ressa, et Alice Bah Kuhnke
© UNESCO/Benchelah
07 Juillet 2017

Des recommandations concrètes pour améliorer la protection des journalistes et renforcer la mise en œuvre du Plan d’Action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité ont été identifiées par les parties prenantes lors d’une réunion organisée à Genève, le 29 juin dernier, par l’UNESCO et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).

Les recommandations exhortent notamment à faire meilleur usage de tous les mécanismes et opportunités disponibles au sein du système des Nations Unies pour améliorer le contrôle et l’information relatifs aux attaques visant les journalistes dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, notamment l’objectif 16.10 sur les libertés fondamentales et l’accès à l’information. Les recommandations soulignent également la nécessité pour les pays d’élaborer des mécanismes de sécurité pour protéger les journalistes et mettre fin à l’impunité des crimes à leur encontre.

Lors de cette réunion, les recommandations ont été formulées en consultation avec des représentants des agences des Nations Unies, d’États membres, d’organisations intergouvernementales régionales, de la société civile, des médias, des intermédiaires de l’internet et du milieu universitaire.

Dans un message aux participants, la directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a dénoncé une sécurité inadaptée pour les journalistes : « Un trop grand nombre de journalistes sont emprisonnés pour de mauvaises raisons. Trop de journalistes sont contraints de fuir leurs pays. Les femmes journalistes font face à certaines formes de harcèlement. Le meurtre reste la forme plus tragique de censure. Au cours de la dernière décennie, un journaliste a été tué tous les quatre jours et dans neuf cas sur dix, les auteurs restent impunis. ».

Cette réunion fait partie des actions de suivi du Plan d’Action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité, approuvé par le Conseil de chefs de secrétariat des organismes des Nations Unies il y a cinq ans.

L’un des principaux enjeux mis en évidence par toutes les parties prenantes lors de la réunion était de savoir comment traduire le cadre normatif du Plan d’Action des Nations Unies dans les politiques et pratiques nationales. « Nous devons « ré-initier » notre façon de penser le Plan des Nations Unies afin de combler le fossé entre les progrès réalisés à l’échelle internationale et la situation sur le terrain », a déclaré Jesper Højberg, directeur exécutif de l’International Media Support (IMS).

Frank La Rue, Sous-directeur général de l’UNESCO pour la communication et l’information a fait appel aux gouvernements pour renforcer la mise en œuvre du Plan d’Action : « C’est le moment d’inviter tous les États membres à mettre en place un mécanisme national pour la sécurité des journalistes et d’informer sur les politiques de protection, de prévention et de justice en place pour éradiquer l’impunité dans le cas des attaques contre les journalistes ». David Kaye, Rapporteur spécial sur la liberté d’expression, qui a assisté à la réunion avec quatre autres Rapporteurs spéciaux de l’ONU, a déclaré : « notre point de repère final est que l’épidémie des attaques contre les journalistes diminue et ce que nous faisons pour que cela se produise ». Alice Bah Kuhnke, ministre suédoise de la culture et la démocratie a souligné l’importance du leadership des Nations Unies dans la lutte contre le défi complexe et sensible de la sécurité des journalistes qui touchent la plupart des pays.

Les participants ont souligné la nécessité de renforcer la coordination inter-agences des Nations Unies et d’inclure les questions de sécurité dans la planification et la programmation des agences. Ils ont appelé à une attention particulière aux questions de genre et aux questions numériques.

Maria Ressa, CEO de Rappler, un journal en ligne basé aux Philippines, a attiré l’attention sur les nouvelles menaces auxquelles font face des journalistes : « les attaques en ligne ont lieu maintenant à une fréquence et à une échelle que nous n’avons jamais connues auparavant. Nous avons besoin de nouvelles façons de protéger les journalistes pour faire face à ce que la technologie a permis car la propagande numérique étouffe la contestation ou la dissidence contre le pouvoir, » dit-elle, en soulignant les risques particuliers auxquels font face les femmes journalistes en ligne.

Les suggestions écrites finales sur les recommandations, liées aux discussions lors de la consultation de Genève, peuvent être soumises à l’UNESCO avant le 21 juillet sur les emails indiqués sur site web dédié de l’UNESCO.

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Lire les recommandations (en anglais)