La communauté scientifique propose des recommandations pour l’intégration de l’océan et des côtes dans l’accord de la COP21

Alors que les délégations de la COP21 entament la deuxième semaine de négociations, la communauté scientifique continue de fédérer leaders politiques, organisations non-gouvernementales et intergouvernementales, société civile et secteur privé en faveur d’un accord ambitieux qui reconnaît l’importance de l’océan et des côtes dans le système climatique mondial.

Quelques jours seulement après que le Forum Océan et Climat et le « Oceans Day at COP21 » ont mobilisé les espaces Générations Climat de la COP21, la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l’UNESCO a participé à un événement parallèle officiel axé sur les résultats de ces deux journées le 7 décembre 2015 en zone bleue, réservée aux négociateurs de la CCNUCC et aux décisionnaires.

Cette manifestation a rendu compte des questions majeures liées à l’océan et au climat en mettant l’accent sur les populations et les écosystèmes les plus vulnérables, et a proposé des mesures à prendre au sein et en dehors du cadre de la CCNUCC au cours des cinq prochaines années. 

Les principales recommandations formulées à cette occasion sont les suivantes :

  • Adopter des mesures de réduction des émissions de CO2 plus strictes afin d’éviter des conséquences désastreuses sur les communautés côtières et insulaires, les écosystèmes marins et la chimie de l’océan, et limiter le réchauffement à moins de 2°C ;
  • Incorporer l’océan au texte de l’accord de Paris ;
  • Continuer à développer et à appliquer des stratégies d’atténuation basées sur l’océan ;
  • Mettre en œuvre des stratégies d’adaptation basées sur les écosystèmes à travers des institutions de gestion intégrée des côtes et de l’océan à l’échelle nationale, régionale et locale ;
  • Développer et soutenir les mesures traitant des questions liées au déplacement de populations côtières et insulaires en raison du changement climatique ;
  • Financer les efforts d’adaptation et d’atténuation dans les communautés côtières et insulaires, notamment à travers des mécanismes de financement public à l’échelle mondiale ;
  • Renforcer les capacités des communautés côtières et insulaires, par exemple à travers les Modalités d’action accélérées des PEID (Orientations de Samoa, ou « S.A.M.O.A. Pathway ») ;
  • Renforcer le développement de la recherche et des systèmes d’observation océaniques et autres capacités au sein et en dehors du cadre de la CCNUCC ;
  • Accroître les efforts de sensibilisation et d’éducation du public.

Julian Barbière, Chef de la section des politiques marines et de la coordination régionale à la COI ; Angus Friday, Ambassadeur de la Grenade auprès des Etats-Unis ; Maria Helena Semedo, Directrice générale adjointe de la FAO ; Biliana Cicin-Sain, Présidente du Global Ocean Forum ; Hiroshi Terashima, Président de l’Institut de recherche sur les politiques marines (Japon) ; Romain Troublé, Secrétaire général de Tara Expéditions ; et Philippe Vallette, Vice-Président du Réseau Océan Mondial, ont notamment apporté leur expertise à ce sujet.

Julian Barbière a souligné le renforcement des capacités et la nécessité des systèmes d’observation à l’échelle mondiale, sans lesquels il ne peut pas y avoir de modélisation de l’océan et du climat. « Développer le Système mondial d’observation de l’océan de la COI, et son programme Argo, est indispensable pour obtenir des données de haute qualité, mais les contributions nationales stagnent. De même, nous avons besoin de la pleine participation des pays pour mettre en place et appliquer des mesures contre l’acidification de l’océan adaptées aux contextes locaux et régionaux. »

Il a ajouté : « C’est pourquoi un Rapport spécial du GIEC sur l’océan est important : les propositions ou réponses aux questions liées à l’océan et au climat sont trop éparpillées. Avoir un seul et unique rapport permettra de consolider la science et de fournir des outils de communication destinés aux décisionnaires. » Il a également annoncé que la COI allait publier un Rapport mondial sur les sciences océaniques (“Global Ocean Science Report”) en 2017 afin d’aider à identifier les besoins des pays en matière de renforcement de leurs capacités techniques, en soutien à une croissance bleue et aux questions liées à l’océan et au climat.

L’Ambassadeur Angus Friday a quant à lui focalisé son intervention sur les effets du changement climatique sur les PEID : « Nous parlons trop souvent de limiter le réchauffement à 2°C dans les négociations, mais les cyclones, inondations et tempêtes ont d’ores et déjà d’énormes impacts sur les PEID. En Grenade, une tempête provoque des dommages équivalents à 200% du PNB. Nous sommes arrivés à un seuil critique où le changement climatique restreint nos capacités de résilience – c’est un frein à notre économie, et notre endettement augmente. Les PEID n’ont ensuite pas assez ou plus de moyens pour investir dans leur propre croissance. Des aides financières sont essentielles pour faire face aux défis actuels. »

Maria Helena Semedo de la FAO a envoyé trois messages aux négociateurs de la COP21 au sujet de l’aquaculture et de l’industrie de la pêche, qui constituent des ressources vitales pour des milliards de personnes et permettent à 10-12% de la population mondiale de subsister : « Un, améliorer la gestion et l’utilisation des ressources aquatiques ; deux, développer une aquaculture durable ; et trois, renforcer la résilience et réduire la vulnérabilité des communautés côtières. » 

Philippe Vallette a pour sa part mis l’accent sur l’importance de l’éducation « pour sensibiliser les citoyens et atteindre les écoliers ». Les messages doivent être adaptés à chaque région et s’appuyer sur les communautés qui se trouvent « déjà en première ligne du changement climatique, en particulier les PEID. »

Romain Troublé, au nom de la Plateforme Océan et Climat, a détaillé le travail effectué par la Plateforme en amont et pendant la COP21. Avec plus d’une douzaine d’expositions, d’événements et d’activités organisés autour de cette thématique, la COP21 est la première Conférence des parties de la CCNUCC dans laquelle l’océan joue un rôle si crucial.