La conférence de Beyrouth explore des moyens de lutter contre l’extrémisme violent dans le cyberespace

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© UNESCO
19 Mai 2017

Ces dernières années, le nombre d’attaques par des extrémistes violents n’a cessé de croître dans les sociétés du monde entier. Cette menace affecte la sécurité et le bien-être de beaucoup de personnes, et constitue une menace globale pour les modes de vie pacifiques et durables. L’extrémisme violent ne concerne pas qu’une tranche d’âge, un groupe ou un genre. Cependant les jeunes sont particulièrement vulnérables. C’est pourquoi il faut renouveler les efforts pour autonomiser les jeunes femmes et jeunes hommes, pour renforcer leur capacité à penser de manière critique et à remettre en question les vérités simplistes. Pour traiter cette question une conférence internationale s’est tenue du 17 au 19 mai à Beyrouth (Liban) sous le thème La jeunesse et les TIC : vers la prévention de l’extrémisme violent dans le cyberespace.

Organisée par la Commission nationale libanaise de l’UNESCO en partenariat avec le Programme Information pour tous (PIPT) de l’UNESCO, le Bureau de l’UNESCO à Beyrouth et le Rotary Club de Beyrouth, la conférence a réuni environ 200 participants, parmi lesquels des universitaires, des responsables politiques et des chercheurs de 20 pays*. Les participants ont souligné l’urgence de lutter contre l’extrémisme violent dans le cyberespace, qui affecte la vie de nombreuses personnes y compris des enfants.

Dans son allocution, M. André Kassass représentant le Ministère de l’Information libanais a réitéré que les autorités, les médias et la société civile devaient trouver un espace commun pour lutter contre les tentatives délibérées des extrémistes de déformer la religion. « Il est impératif que nous abordions l’approche émotionnelle dans les discours religieux pour prévenir la diffusion de la haine […]. Ce qui exige un dialogue constructif, une confiance mutuelle et une conviction commune qu’il est nécessaire de changer les idées fausses, qui sont au cœur du fanatisme » a-t-il déclaré.

Chafica Haddad, présidente du Programme Information pour tous (PIPT) de l’UNESCO, a déclaré : « J’attends avec impatience les résultats de ce grand événement qui façonnera nos efforts pour arriver à un Internet de paix et de dialogue et apprendre aux jeunes à vivre ensemble quelles que soient leurs différences religieuses, ethniques ou culturelles. Nous devons donner aux jeunes l’espoir et le sens des valeurs, leur fournir du travail et I’éducation et leur permettre de participer à la construction d’un avenir pacifique. »

Le professeur Henri Awit, président de la Commission nationale libanaise de l’UNESCO, a souligné que l’extrémisme, quels que soient ses modèles, méthodes et manifestations, est basé sur le refus des différences et se nourrit d’hostilité et de violence. « Cette conférence internationale donne la possibilité aux participants, et en particulier aux jeunes, d’échanger des idées et expériences avec pour objectif d’explorer des moyens de prévenir la radicalisation, qui mène à l’extrémisme violent, la discrimination et la haine. »

Marc Hecker, de l’Institut français des relations internationales (IFRI), a soutenu qu’il y a trois méthodes qui sont utilisées pour lutter contre l’extrémisme violent dans le cyberespace : l’intelligence, qui vise à identifier les individus qui produisent du contenu illégal et à réunir des preuves qui peuvent être utilisées dans le système judiciaire ; le blocage du contenu illégal ; et la diffusion de contre-récits. « Plusieurs gouvernements ont développé des campagnes en ligne pour déconstruire les arguments radicaux. Mais les campagnes les plus efficaces sont souvent le fait d’acteurs privés. Il est donc crucial de mobiliser la société civile – en particulier les organisations de jeunes – pour lutter contre l’extrémisme violent dans le cyberespace » a déclaré M. Hecker.

Le Dr Boyan Radoykov, de la Division des sociétés du savoir de l’UNESCO, a identifié des problèmes et souligné les progrès réalisés à ce jour. La prévention de la radicalisation des jeunes menant à la violence requiert une mobilisation sur le long terme et une plus grande cohérence dans l’application des solutions qui marchent, a-t-il déclaré. « L’histoire nous enseigne qu’il n’y a pas de mal indestructible ! Chaque génération doit affronter ses propres maux avec courage et détermination. Nous avons une grande responsabilité à transmettre à la nouvelle génération, un monde où les maux actuels seront détruits » a-t-il déclaré. Il a également noté que les jeunes méritaient de recevoir le savoir, des valeurs universelles et un environnement pacifique, toutes choses indispensables à leur réalisation personnelle et collective. « Le savoir leur apportera la confiance pour affronter les pièges des promesses illusoires des marchands d’atrocités. Les valeurs humanistes, durant des siècles, ont ouvert la voie à la victoire de la civilisation sur la barbarie. Un environnement pacifique est indispensable pour autonomiser les citoyens et transformer les sociétés » a-t-il ajouté.

Les intervenants à la conférence ont fait part de leur engagement pour faciliter tous les types de plateformes d’information et de communication et promouvoir des récits qui condamnent la violence et le discours de haine, en favorisant l’intégration, l’égalité, le dialogue interculturel et la paix.

Le 19 mai, la conférence a adopté le Document final, qui appelle à des mesures efficaces pour prévenir et combattre la propagation en ligne de la violence, et pour utiliser Internet pour promouvoir une culture de paix.

La conférence de Beyrouth était la troisième réunion d’une série organisée par l’UNESCO et le Programme Information pour tous (PIPT) après la première conférence internationale sur le même sujet qui s’était tenue au Siège de l’UNESCO à Paris les 16 et 17 juin 2015, Les jeunes et l’Internet : combattre la radicalisation et l’extrémisme, et la conférence Internet et la radicalisation des jeunes : prévenir, agir et vivre ensemble organisée par l’UNESCO et le gouvernement du Québec du 30 octobre au 1er novembre au Québec (Canada).

La déclaration finale de la conférence internationale de Beyrouth est disponible en ligne en anglaisfrançais et arabe.

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* Algérie, Botswana, Egypte, France, Ghana, Grenade, Iran, Iraq, Jordanie, Koweït, Liban, Maroc, Pays-Bas, Oman, Fédération de Russie, Sénégal, Soudan, Syrie, Tunisie et Qatar.