Le Conseil exécutif renforce le rôle de l’UNESCO dans le domaine de la protection du patrimoine culturel

Le 196e Conseil exécutif de l’UNESCO a adopté la décision « La culture dans les zones de conflit : une question humanitaire et de sécurité – Rôle et responsabilités de I’UNESCO » le 21 avril dernier. Condamnant les attaques délibérées et incessantes dirigées contre le patrimoine culturel de Syrie, d’Iraq et de Libye, et reconnaissant que le trafic illicite de biens culturels semble contribuer au financement du terrorisme, la décision souligne le rôle majeur de l’UNESCO dans la protection du patrimoine culturel et la sauvegarde de la diversité culturelle.

À la suite d’un débat passionné de deux heures, le soulagement parmi les 58 membres du Conseil exécutif de l’UNESCO était palpable. Adoptée par acclamation et de façon unanime, la décision 196 EX/29, introduite par l’Italie et l’Espagne et cosignée par de nombreux autres membres du Conseil, vise à renforcer les capacités de l’UNESCO pour la protection du patrimoine culturel en cas de conflit, notamment en ce qui concerne la destruction délibérée de sites du patrimoine ainsi que le pillage et trafic illicite de biens culturels.

Plus particulièrement, cette résolution demande à la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, d’initier un dialogue avec les États membres, les parties prenantes et les institutions concernées du système des Nations Unies sur la création éventuelle de zones dites ‘zones culturelles protégées’ « autour des sites du patrimoine dont la valeur culturelle est reconnue et partagée ». Le concept de ‘zones culturelles protégées’ a été introduit pour la première fois par la Directrice générale à la conférence internationale de haut niveau « Le patrimoine et la diversité culturelle en péril en Iraq et en Syrie » qui s’est tenue le 3 décembre 2014 au Siège de l’Organisation à Paris. La proposition a reçu le soutien de l’Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la Syrie, M. Staffan de Mistura. Celui-ci a estimé qu’en raison de sa valeur culturelle reconnue et partagée, la Mosquée des Omeyyades d’Alep en Syrie aurait pu servir de lieu pilote pour négocier le « gel » des hostilités – important à la fois pour apaiser le conflit et instaurer la confiance, ce qui aurait favorisé le dialogue entre les parties en conflit.

La décision 196 EX/29 invite également la Directrice générale à renforcer les capacités de l’UNESCO en vue d’intensifier la protection de « la culture en cas de conflit armé et dans les périodes de transition », notamment pour répondre rapidement aux « urgences culturelles et lutter contre le trafic illicite de biens culturels ». Pour cela, la décision demande l’application effective des conventions de l’UNESCO relatives à la culture, en particulier la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé ; la Convention de 1970 concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels ; la Convention de 1972 pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel ; et la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

De plus, la décision adoptée reconnaît le rôle majeur de l’UNESCO au sein du système des Nations Unies en ce qui concerne la culture et sa protection, qu’elle soit matérielle ou immatérielle. En effet, la Directrice générale est invitée à renforcer davantage cette position « pour que la dimension culturelle soit dûment prise en compte dans le renforcement du dialogue interculturel », mais également pour permettre à l’Organisation de mieux coordonner les efforts de la communauté internationale « en ce qui concerne la lutte contre le trafic illicite des biens culturels, la protection du patrimoine et la sauvegarde de la diversité culturelle dans les zones de conflit et les pays en transition ».

Enfin, la décision invite la Directrice générale « à mettre au point, en partenariat avec les États membres et d’autres acteurs concernés, une stratégie sur la manière de renforcer l’action de l’UNESCO en matière de protection de la culture et de promotion du pluralisme culturel en cas de conflit armé ».

En rattachant la destruction du patrimoine culturel aux questions humanitaires, de sécurité et de construction de la paix, cette résolution assure un appui institutionnel au message que la Directrice générale de l’UNESCO répète depuis la recrudescence de la menace terroriste liée à l’expansion territoriale d’ISIS/Daesh en Iraq et en Syrie l’été dernier. Protéger le patrimoine culturel et intégrer la dimension culturelle à la prévention et à la résolution des conflits ne sont plus seulement des urgences culturelles, mais des impératifs politiques et de sécurité.

Le Secrétariat de l’UNESCO a très rapidement commencé à travailler sur la mise en œuvre de cette décision, qui s’inscrit dans la continuité d’autres activités demandées par la Directrice générale, notamment la réunion de haut niveau du 1 avril qui a été convoquée pour planifier la mise en œuvre effective de la résolution 2199 du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée le 12 février 2015. Lors de cette réunion, les partenaires clés de l’UNESCO pour la protection du patrimoine culturel ont accepté de renforcer leur coopération et l’échange d’informations en vue d’améliorer la sauvegarde de ce patrimoine en Syrie et en Iraq. Une autre réunion de haut niveau est prévue avant l’été afin de rassembler d’autres partenaires et de couvrir un plus large éventail des vastes questions que représentent la protection du patrimoine culturel et la sauvegarde de la diversité culturelle.