Un Conseil national de jeunesse prend forme en Tunisie

Du 4 au 6 mars 2016, à Tunis, NET-MED Youth et plusieurs autres organisations de jeunesse se sont rassemblés pour réfléchir ensemble à la mise en œuvre d’un futur Conseil National des Jeunes en Tunisie.

Dans un contexte national caractérisé par une recherche de cadres et de modèles de concertation adéquats permettant de renforcer la démocratie en construction en Tunisie, NET-MED Youth, en collaboration avec un réseau d’organisations de jeunesse, appuie et aide à structurer la mise en place d’un « Conseil National des Jeunes ». Il s’agit d’un dispositif de concertation qui vise à incarner un cadre idoine pour l’analyse de l’action publique, l’élaboration de stratégies et la formulation de recommandations qui concernent les dossiers de la jeunesse. Aly Bouzwida, membre de l’organisation Jamaity, a précisé qu’« une dynamique jeune est nécessaire pour pallier l'absence d'une politique de jeunesse en Tunisie et accompagner le changement et la transition vers une démocratie ».

« Depuis la "révolution" on parle toujours au nom de la jeunesse alors que les jeunes ne font pas partie du dialogue. Une telle initiative peut servir d'alternative efficace pour l’intégration de la jeunesse tunisienne dans le processus de prise de décision… je dirais même, de se faire entendre bruyamment et subitement », explique à son tour Ines Agrebi, membre de l’organisation AIESEC. Elle insiste sur « l’importance de propager le sentiment d’appartenance chez les jeunes et de les sensibiliser aux enjeux et challenges auxquels ils font face».

Ce projet est le fruit de la réflexion et du travail d’une coalition de jeunes qui, à un moment où le gouvernement prévoit de mettre en place une stratégie pour la jeunesse et d’initier un dialogue national sur la jeunesse, souhaitent engager un dialogue et une collaboration constructifs avec les décideurs politiques.

« La révolution a permis l’éclosion de nombreuses associations et initiatives de la Jeunesse qui travaillent de manière dynamique, efficace et inventive et qui, avec peu de moyens, touchent la jeunesse tunisienne de manière plus profonde et plus durable que n’importe quelle institution publique. Mais toute cette communauté d’associations constate parfois que, par manque de concertation, de coordination, de soutien, d’expériences et de vis-à-vis de poids face aux pouvoirs publics, l’impact de ses efforts est minimisé. Le projet du Conseil National des Jeunes est une réponse naturelle et évidente à ces problèmes », explique Ines Labidi, membre de l’organisation Tun’act. Selon elle, quand les jeunes s’engagent dans la société civile, ce n’est pas dans l’objectif de tirer un profit personnel ou de contourner le système mais pour améliorer le monde qui les entoure. « Il faut détruire les stéréotypes sur les jeunes tunisiens. Ils sont diplômés, motivés, avides de connaissances, ouverts d’esprits, ouverts au dialogue, polyglottes et capables de beaucoup de sacrifices ».

L’atelier de réflexion a permis de poser les jalons de ce Conseil. Il a rassemblé une vingtaine de jeunes femmes et hommes dans l’objectif de déterminer, de manière collective, les axes et éléments clés du projet et de s’accorder sur une feuille de route fixant les prochaines étapes et priorités du projet. Pour les orienter, les facilitateurs, M. Féthi Touzri et M. Saber Louhichi, ont fait appel à des experts et professionnels de terrain.

Rien de tel qu’une expérience de terrain ! Mme Anne Hitzegarad et M. Anas Missaoui ont, tous deux, conduit des projets visant à renforcer la participation politique et citoyenne des jeunes au niveau local au sein de leurs institutions respectives, la GIZ-Tunisie et Search For Common Ground. Ils constatent que les décideurs sont de plus en plus ouverts et positifs vis-à-vis de l’implication et de la participation des jeunes, bien que celle-ci ne constitue, malheureusement, toujours pas une priorité.

Les experts ont partagé leur méthodologie, leurs observations et surtout leurs recommandations pour un futur Conseil National des Jeunes. Rester flexible, veiller à la bonne représentativité des jeunes, adopter une stratégie de visibilité et de communication efficace, analyser la situation économique, politique et sociale ou encore privilégier les dispositifs de participation directe, constituaient quelques-uns de leurs conseils avisés.

Des exercices et travaux interactifs ont permis aux jeunes de se mettre d’accord sur les définitions des concepts clés, sur le cadre légal du futur conseil, sur une stratégie de communication et de visibilité et sur un cadre logique. Enfin, ils se sont accordés sur la gouvernance du Conseil en discutant des axes relatifs à l’organisation du projet.

Après trois jours de réflexion et de partage, les jeunes qui, à travers des groupes de travail, se sont penchés sur les modalités de fonctionnement du futur Conseil (membership, organigramme et communication interne) ont ratifié un « document de consensus » recensant les principaux éléments sur lesquels ils s’étaient accordés. « La démarche a été réellement participative et l’effort d’appropriation a été remarquable », souligne un des facilitateurs.

Le travail a significativement avancé, mais il ne fait que commencer, car c’est dans un agenda bien rempli que les participants s’engagent à présent.

Organisations membres de la coalition :
Jeunes chambres internationales, Jamaity, JID, Tun’act, Sawty, AIESEC, Jeunes Entreprises, Conseil des Jeunes Leaders (Bizerte), Conseil des Jeunes Leaders (Beja), Gabes Action, We love Kairouan et ATAC.