Débat sur l’éthique, la science et la société dans la ville de Québec

La Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST) a récemment tenu une session extraordinaire dans la ville de Québec, au Canada du 1er au 3 octobre 2014. Présidée par M. Rajaona Andriamananjara (Madagascar), la session a été accueillie par le gouvernement de Québec, la Commission de l’éthique en science et en technologie de Québec (CEST), et l’Université de Laval. La réunion était aussi soutenue par le gouvernement du Canada, la Commission canadienne pour l’UNESCO et le Fonds de recherche de Québec.

La session a permis à la Commission, dont la moitié des membres actuels vient d’être renouvelée, d’avancer quant au développement de deux rapports : le premier sur la relation entre la science et la société, et le second sur le cadre éthique pour le changement climatique. Ce dernier a pour objectif de fournir des outils éthiques aux décideurs politiques afin qu’ils mettent en place des politiques qui inciteront des pratiques protégeant l’environnement aujourd’hui et dans l’avenir. Ce cadre éthique aborde aussi les dimensions d’adaptation et d’atténuation du changement climatique et de ce fait, il représente un défi tout particulier car il suppose de trouver un terrain d’entente du point de vue éthique concernant des sujets très controversés.

Ensuite, la COMEST a poursuivi sa réflexion sur la révision de la Recommandation de l’UNESCO sur la condition des chercheurs scientifiques (1974). Cette Recommandation, ayant pour objectif d’établir des lignes de conduite pour les obligations entre les chercheurs scientifiques et la société, a été développée à une époque de grande tension autour des concepts de la liberté académique et de la communication ouverte de la recherche scientifique. Etant donné les transformations géopolitiques, économiques et culturelles en cours dans le contexte de la recherche, et le fait que la recherche est aujourd’hui souvent conduite à un niveau international, il est devenu nécessaire de repenser l’approche à la définition de l’obligation mutuelle entre les chercheurs scientifiques et la société.

Certaines idées déjà exprimées par la COMEST à ce sujet sont devenues la base sur laquelle se développe le rapport sur la relation entre la science et la société. Les innovations scientifiques et technologiques à venir pourraient engendrer de nouveaux risques aux conséquences éthiques indésirables, qu’elles soient intentionnelles ou non, et au vu de ces nouveaux développements, engendrer la méfiance du public à l’égard de la science.

Ainsi se pose la question : en quoi la révision de la Recommandation de 1974 peut-elle aider à relever le défi de trouver un équilibre entre le besoin d’assurer la participation publique sur les questions éthiques de la recherche scientifique, les capacités développées par la science et les nouvelles technologies, aussi controversées soient elles ? En effet, la possibilité que de nouvelles technologies puissent, à travers l’usage délibéré ou accidentel, causer des préjudices graves et irréversibles, appelle de nouvelles formes de vigilance. Les présidents du Comité international de bioéthique (CIB), membre ex officio de la COMEST et du Comité intergouvernemental de bioéthique (CIGB) ont partagé leur opinion sur ces sujets lors de la session conjointe de ces deux comités tenue début septembre 2014 à Paris.

La COMEST, le CIB et le CIGB vont également développer une collaboration rapprochée sur le thème de la « justice globale ».

D’autres sujets ont aussi été débattus :

  • L’intégrité scientifique.
  • Les technologies convergentes dans le contexte de leur contribution au développement durable dans l’agenda post-2015.
  • Le besoin de s’occuper des inégalités globales à travers la gouvernance éthique de la science et des technologies. Des débats très vifs ont eu lieu sur des sujets tels que des voies alternatives d’élaboration de codes de conduite, des voies alternatives pour l’engagement de la société civile dans la gouvernance de la science, ainsi que les différentes approches des technologies convergentes.

La COMEST se réunira à nouveau pour sa session ordinaire au second semestre de 2015.