Dix ans après le tsunami de 2004, l’océan Indien mieux armé pour faire face à une catastrophe

Créé au lendemain du séisme de 2004, le Système d’alerte dans l’océan Indien permet aux pays riverains d’être plus à même de faire face à un nouveau tsunami, même si plusieurs défis restent à relever, notamment celui de son financement à long terme.

Des maisons éventrées, des villages ensevelis sous la boue et des plages jonchées de débris de toutes sortes : les images du tsunami survenu dans l’océan Indien le 26 décembre 2004 ont fait le tour du monde. Elles donnent une idée de l’ampleur de la catastrophe qui a frappé en quelques heures les côtes de l’Indonésie, du Sri Lanka, le sud de l’Inde et l’ouest de la Thaïlande et des dévastations qui s’en sont suivies.

Provoqué par un tremblement de terre d’une magnitude de 9,1 survenu au large de l’île indonésienne de Sumatra, le tsunami a causé près de 230 000 victimes, ce qui en fait l’un des plus meurtriers de l’histoire, et a provoqué le déplacement de 1,6 millions de personnes. A ces pertes en vies humaines s’ajoute un coût matériel évalué à près de 14 milliards de dollars.

Ce bilan, très lourd, tient notamment au fait que les populations ont été prises au dépourvu et n’ont pu trouver refuge dans des endroits plus sûrs avant que la vague ne frappe. Peu exposés à la menace d’un tsunami –près de 70% des tsunamis meurtriers se produisent dans l’océan Pacifique et ses mers adjacentes-, les pays riverains de l’océan Indien ne disposaient pas de dispositif d’alerte.

Au lendemain de la catastrophe, ils se sont adressés à la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l’UNESCO pour coordonner et mettre en œuvre un Système d’alerte aux tsunamis et d’atténuation de leurs effets dans l’océan Indien (IOTWS), à l’image de celui qui existe depuis 1965 pour le Pacifique. Dans la foulée, deux autres systèmes d’alerte ont été mis sur pied dans l’Atlantique du Nord-Est et la Méditerranée ainsi que dans la mer des Caraïbes afin de former un dispositif d’alerte qui couvre l’ensemble des zones maritimes de la planète.

Créé officiellement en juin 2005, le système d’alerte au tsunami dans l’océan Indien est devenu pleinement opérationnel en 2011. Vingt-huit pays* composent le Groupe intergouvernemental de coordination qui lui sert de mécanisme de gouvernance. Trois exercices de simulation, conduits en 2009, 2011 et 2014, ont démontré qu’il était en état de fonctionner. Il s’agissait d’évaluer non seulement la bonne circulation des flux de communication entre les différents acteurs concernés mais aussi l’état de préparation des pays et des dispositifs d’urgence.

La bonne marche de ce dispositif de prévention a été favorisée par les avancées de la recherche. Les enquêtes post-tsunami ont en effet fourni des données détaillées qui permettent de mieux comprendre ces phénomènes naturels. Les scientifiques sont aujourd’hui capables de modéliser la formation d’un tsunami, sa propagation en haute mer et son arrivée sur les côtes.

Dans l’océan Indien, un réseau de sismomètres, de marégraphes et de bouées reliées par satellite permet de transmettre en temps réel des données sur les secousses sismiques sous-marines aux trois centres régionaux d’alerte basés en Australie, en Inde et en Indonésie. En cas de menace, ces centres alertent à leur tour les autorités nationales des pays concernés.

Dix ans après la catastrophe, les pays riverains de l’océan Indien sont donc bien plus aptes à faire face à un tsunami qu’ils ne l’étaient en 2004. Mais plusieurs défis restent à relever, comme l’ont souligné les participants de la Conférence internationale organisée par la COI et l’Agence météorologique, climatologique et de géophysique indonésienne du 24 au 25 novembre 2014 à Jakarta (Indonésie).

Atteindre le « dernier kilomètre » n’est pas le moindre des défis à relever. Car si le mécanisme d’alerte fonctionne à l’échelle régionale et nationale, il reste à garantir que les populations vivant dans des zones éloignées soient prévenues à temps des risques de submersion.

Le financement du système est également en question. Un effort important a été consenti par certains pays, notamment l’Australie, l’Inde et l’Indonésie, au moment de la mise en place du système actuel. Mais le financement direct du système d’alerte par les Etats est en chute libre. Si les contributions des Etats atteignaient 9 millions de dollars pour la période 2005-2006, elles représentaient moins d’un million en 2013-2014. Or le maintien en service du dispositif d’alerte a un coût –estimé entre 50 et 80 millions de dollars par an- qui est aussi le prix à payer pour limiter le nombre de victimes en cas de tsunami.

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Contact : Agnès Bardon, Service de presse de l’UNESCO. Tel : +33 1 45 68 17 64, a.bardon(at)unesco.org

*Afrique du sud, Australie, Bangladesh, Comores, Djibouti, Emirats arabes unis, France (La Réunion), Inde, Indonésie, Iran, Kenya, Madagascar, Malaisie, Maldives, Maurice, Mozambique, Myanmar, Oman, Pakistan, Royaume-Uni, Seychelles, Singapour, Somalie, Sri Lanka, Tanzanie, Thaïlande, Timor Leste, Yémen.