Echanges sur les défis de développement et de viabilité des médias au Gabon

30 Décembre 2016

Plus d’une trentaine de promoteurs et managers des organes de télévisions, radios, presses écrites et presses en ligne de Libreville, Port-Gentil, Franceville et Oyem ont échangé, ce 22 décembre 2016, sur les défis de financement et d’autonomisation des médias, à l’occasion d’un forum organisé par l’UNESCO en collaboration avec le Ministère de la communication.

La pluralité des médias gabonais est inégalement répartie sur le territoire national. Libreville enregistre la plus forte concentration, suivi de Port-Gentil. Selon l’UNESCO, le pluralisme n’est qu’une des facettes du développement des médias. Pour être autonome et viable, les médias doivent évoluer dans un environnement grandissant entre autre, une régulation favorable à la liberté d’expression, le pluralisme et la diversité des opinions, la concurrence équitable sur le plan économique, le développement des compétences et la présence d’infrastructures adéquates.

La multiplicité des organes de médias au Gabon cache plusieurs défis qui se posent à la plupart d’entre eux, en particulier ceux relatifs à leur viabilité. La faiblesse économique des médias contribue, dans une proportion non négligeable, à la fragilisation de leur autonomie et de leur indépendance éditoriale, avec une incidence certaine tant sur la qualité des contenus que sur les conditions de travail.

Le Gabon dispose de quelques outils d’aide à la presse, notamment le Fonds national pour le développement de la presse doté d’une enveloppe de 2 milliards de Francs CFA, qui n’est toujours pas opérationnel. Il y a aussi la subvention annuelle à la presse dotée d’une enveloppe qui varie, selon les années, de 200 à 500 millions de Francs CFA. Toutefois, ces outils semblent profiter davantage à la presse écrite et dans une moindre mesure à la presse en ligne créant par la même occasion une condition de concurrence non équitable qui exacerbe le déséquilibre entre les divers types de média. En outre, le nouveau code de la communication semble proposer une ouverture pour l’appui aux médias privés du fait de sa réalisation des missions de service public.

Au-delà des mécanismes nationaux, il existe des opportunités internationales susceptibles d’apporter aux médias une bouffée d’oxygène. Malheureusement les médias locaux les méconnaissent ou n’y font presque jamais recours. Le forum des managers et promoteurs de Libreville a donc permis de présenter ces différents mécanismes afin que de plus en plus de médias gabonais puissent en bénéficier.

Au cours de la cérémonie protocolaire, Monsieur Vincenzo Fazzino a rappelé certains chiffres obtenus à l’issus de l’enquête préparatoire au forum. Ainsi, « sur le plan économique, les revenus générés par 53% des médias, ne couvrent au maximum que 70% des charges. Plus encore, seuls 27% des médias déclarent générer des revenus suffisant pour couvrir leurs différentes charges ». Des résultats qui interpellent sur la nécessité de définir des mécanismes appropriés de financement et d’accompagnement des médias en vue de leur viabilité économique. Il n’a pas manqué de préciser qu’il faut « des entreprises de média économiquement viables pour valoriser et promouvoir, dans la durée, la liberté d’expression ».

Monsieur Alain-Claude Bilie-By-Nze, Ministre d’état en charge de la Communication, a dans son propos de circonstance, dit son engagement à accompagner les médias locaux pour relever les défis de la liberté d’expression dans un Etat démocratique, le financement des médias via des mécanismes existants de même que ceux à développer en accord avec les nouvelles dispositions du Code de la communication, et enfin, le développement des compétences pour garantir la qualité des médias. Il a invité les managers et promoteurs de médias gabonais à se considérer comme de véritables entreprises et à fidéliser leur public. Chose qui ne serait possible que par la production de contenus de qualité.

Les travaux se sont ensuite déroulés selon une méthode participative alliant, pour chaque session, un exposé et des discussions. Il y a eu 5 sessions à savoir : (i) échanges sur les défis des médias (analyse questionnaire de l’enquête préparatoire du forum) par M. Michel Kenmoe, Spécialiste communication et information du Bureau UNESCO Libreville ; (ii) efficacité des mécanismes nationaux de financement des médias par M. Fidel Bitéghé, expert du Ministère de la communication ; (iii) institutions financières nationales et financement du secteur des médias par M. Jacques Schule, Responsable communication à la Commission de Surveillance du Marché Financier de l’Afrique Centrale (COSUMAF) ; (iv) mécanismes internationaux de financement des médias et expériences d’ailleurs par M. Eric Chinje, Directeur exécutif d’African Media Initiative ; et (v) opportunités de financement des médias à l’UNESCO par M. Kenmoe.

Au terme du forum, les femmes et hommes défenseurs de la démocratie au Gabon ou responsables des médias gabonais ont listé certaines recommandations visant à accélérer leur développement et leur autonomisation. Plusieurs se sont engagés à prendre part au processus d’élaboration, par l’UNESCO, d’un programme d’appui à l’autonomisation des médias au Gabon.