En Égypte, la Directrice générale de l’UNESCO appelle à s’unir pour le patrimoine afin de vaincre l’extrémisme et l’intolérance

La Directrice générale de l’UNESCO, Mme Irina Bokova, est arrivée hier soir au Caire dans le cadre de sa visite officielle en République arabe d’Égypte. Le premier jour de sa mission, elle a lancé plusieurs appels à exploiter le pouvoir de la culture et du savoir pour vaincre l’intolérance et l’extrémisme, en particulier chez les jeunes.

« L’Égypte occupe une place à part dans l’histoire de l’UNESCO, parce que c’est elle qui a défini la référence absolue en matière de coopération internationale pour la sauvegarde du patrimoine commun de l’humanité, ce qui est précisément l’état d’esprit que nous devons encourager aujourd’hui », a-t-elle déclaré.

Mme Bokova a d’abord prononcé un discours d’ouverture à la Conférence mondiale sur le thème de la « culture en péril : incidences sur la sécurité, l’économie et la culture du vol des antiquités au Moyen-Orient » organisée par la Coalition pour les antiquités et l’Institut du Moyen-Orient, en coopération avec les Ministères égyptiens des affaires étrangères et des antiquités et sous le patronage de l’UNESCO.

L’objectif de ces deux jours de conférence était d’intensifier les efforts internationaux de lutte contre le trafic des biens culturels et des antiquités afin de juguler le financement du terrorisme.

« La destruction du patrimoine culturel est utilisée comme une tactique de guerre, pour intimider les populations, financer des activités criminelles et répandre la haine. Le fait que dix ministres se soient réunis aujourd’hui est un symbole fort de notre engagement commun à trouver une réponse, et l’UNESCO est déterminée à assumer ses responsabilités, parce que nous sommes convaincus que la protection du patrimoine est bien plus qu’une question de culture – elle est devenue un impératif de sécurité », a déclaré la Directrice générale.

Dans le même esprit, après une rencontre officielle avec le Grand Imam de la mosquée Al-Azhar, Son Éminence le Cheik Al-Tayeb, la Directrice générale s’est rendue à l’Université Al-Azhar pour y donner une conférence sur le rôle fondamental du dialogue interculturel et d’une connaissance plus précise de la religion pour favoriser la tolérance et la compréhension mutuelle.

Mme Bokova a souligné l’importance de tous les leaders, y compris des autorités religieuses, pour mobiliser les jeunes, en vue d’offrir une riposte aux discours fallacieux de ceux qui cherchent à déformer le message de la religion.

La Directrice générale a félicité l’Université Al-Azhar pour sa condamnation de la destruction du patrimoine culturel et pour son œuvre de formation des jeunes du monde entier au vrai message de l’islam.

Devant une salle comble, le Président de l’université a prononcé un discours empreint de passion sur l’islam, religion de la modération, et sur l’enseignement et la lecture comme armes contre l’illettrisme sous toutes ses formes.

Ont également assisté à cette rencontre multiconfessionnelle hautement symbolique des doyens, des membres du personnel enseignant et des représentants de Bayt al-‘A’ila (« le foyer égyptien ») d’Al-Azhar et de l’Église copte d’Égypte.

Citant le Grand Imam d’Al-Azhar, la Directrice générale a rappelé que la « civilisation islamique est une civilisation de reconnaissance et de rapprochement. Contre les forces qui divisent l’humanité, nous devons encourager précisément ces idéaux de reconnaissance et de rapprochement afin de resserrer les liens entre tous les peuples et les cultures ».

Le message de paix est inscrit dans le patrimoine culturel

C’est justement ce message de dialogue et d’unité que la Directrice générale a délivré au Musée de l’art islamique, avec le lancement en Égypte de la campagne « #UnisPourLePatrimoine », en coopération avec le Ministère égyptien des antiquités.

Cette campagne a débuté par une prise de position solidaire contre le vandalisme et le terrorisme, à laquelle ont pris part Mme Bokova et nombreux jeunes égyptiens, ainsi que des représentants d’organismes officiels et internationaux.

Elle vise à mobiliser les efforts internationaux, régionaux et locaux pour protéger et préserver le patrimoine menacé ainsi que pour lutter contre les campagnes de propagande sectaire sur internet et via différents réseaux sociaux.

La Directrice générale a visité le musée endommagé l’année dernière par un engin qui a explosé devant le bâtiment et a pu s’entretenir avec plusieurs archéologues et conservateurs qui bénéficient aujourd’hui du soutien d’urgence de l’UNESCO pour sauvegarder les collections et poursuivre leurs travaux de restauration, avec des fonds du Gouvernement italien.

« Je n’imagine pas de meilleur endroit que l’Égypte pour délivrer ce message de paix qui est inscrit dans le patrimoine culturel », a déclaré la Directrice générale.

« La diversité culturelle fait partie du patrimoine génétique de l’Égypte, depuis les pyramides jusqu’à ce magnifique musée d’art islamique, l’un des plus riches au monde. Je viens de visiter l’ensemble religieux du Vieux Caire, où se côtoient églises coptes, mosquées et synagogues, distantes les unes des autres de quelques dizaines de mètres seulement. Que serait l’Égypte sans le Sphinx ou la Vallée des rois ? Que serait l’Égypte sans cette diversité ? Tel est précisément le message que nous devons partager aujourd’hui, et je suis plus déterminée que jamais à le répandre », a-t-elle dit en conclusion.