Les enfants luttent encore pour aller à l’école

gmr2011-photo-kakuma-1442_d.jpg

Willetts, School children in Kakuma refugee camp, Kenya
© UNESCO

Le Rapport mondial de suivi sur l’EPT a publié un document d’orientation sur l’éducation et les conflits en collaboration avec Save the Children à l’occasion de la « Journée de Malala », organisée le 12 juillet par l’Initiative mondiale pour l’éducation avant tout. Au plan mondial, le nombre d’enfants non scolarisés a baissé, passant de 60 millions en 2008 à 57 millions en 2011, mais le nouveau document montre que ce progrès n’a pas été observé dans les pays affectés par des conflits.

Le document appelle à une action immédiate afin que les 28,5 millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire qui ne sont pas scolarisés et qui vivent dans des pays affectés par des conflits – soit la moitié des enfants actuellement privés d’éducation – puissent bénéficier d’une éducation. Les faibles progrès observés en matière de réduction du nombre d’enfants non scolarisés dans le monde n’ont pas bénéficié aux enfants qui vivent dans des pays affectés par des conflits ; ces derniers représentent aujourd’hui 50 % des enfants privés d’éducation, contre 42 % en 2008. Cette annonce fait suite à la publication d’un nouveau rapport du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés montrant qu’il y avait 15,4 millions de réfugiés fin 2012 – un nombre qui n’avait pas été atteint depuis 1994 – et que les enfants représentaient 46 % des personnes qui avaient été déplacées de force. Ces enfants sont perturbés à un moment crucial de leur processus d’apprentissage et, faute de pouvoir saisir l’occasion d’une éducation, ils risquent d’être confrontés tout au long de leur vie à une série de difficultés.

Sur les 28,5 millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire qui ne sont pas scolarisés et qui vivent dans des pays affectés par des conflits, 12,6 millions vivent en Afrique subsaharienne, 5,3 millions en Asie du Sud et de l’Ouest, et 4 millions dans des États arabes. La grande majorité – 95 % – vivent dans des pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire. Les filles, qui représentent 55 % de l’ensemble de ces enfants, sont les plus durement affectées, car elles sont souvent victimes des viols et autres violences sexuelles qui vont de pair avec les conflits armés.

Sur les 69 millions d’adolescents en âge de fréquenter un premier cycle du secondaire qui n’étaient pas scolarisés, 20 millions vivaient dans des pays affectés par des conflits en 2011, et 11 millions d’entre eux étaient des adolescentes.

Comme l’avait étudié en profondeur le Rapport mondial de suivi sur l’EPT 2011, La crise cachée : les conflits armés et l’éducation, de nombreux pays impliqués dans des conflits sont négligés par les structures de l’aide internationale, et leurs systèmes éducatifs ne bénéficient ni de l’aide au développement à long terme, ni de l’aide humanitaire à court terme. La communauté internationale a demandé à ce que 4 % de l’aide humanitaire soient alloués à l’éducation. Néanmoins, la nouvelle analyse de l’équipe du Rapport mondial de suivi sur l’EPT montre que la part de l’aide humanitaire octroyée à l’éducation a baissé : alors qu’elle représentait 2 % de l’aide humanitaire en 2009, elle atteignait à peine 1,4 % en 2012. Ces fonds couvrent à peine un quart du montant nécessaire, ce qui crée un déficit de financement de 221 millions de dollars des États-Unis, soit le déficit le plus important jamais enregistré pour un secteur de l’aide humanitaire.

Les gouvernements ont considéré les conflits comme un obstacle majeur à la réalisation de l’objectif de l’éducation pour tous lorsqu’ils ont signé le Cadre d’action de Dakar en 2000. Ils ont reconnu que les enfants vivant dans des pays affectés par des conflits sont privés d’éducation non seulement parce que les écoles peuvent être fermées ou les enseignants absents, mais aussi parce qu’ils sont exposés à de nombreux abus. Ce fait est confirmé par la base des données visuelles sur les inégalités dans l’éducation, WIDE, élaborée par le Rapport mondial de suivi sur l’EPT, qui montre que l’accès à l’éducation varie considérablement selon que les enfants vivent ou non dans une région ou un pays affecté par un conflit.

Comme en témoigne l’expérience de Malala Yousafzai – une militante engagée pour l’éducation des filles – sur laquelle des talibans ont tiré alors qu’elle se rendait à l’école, au Pakistan, les salles de classe, les enseignants et les élèves continueront d’être considérés comme des cibles légitimes tant que des actions plus fermes n’auront pas été menées. Pour mettre un terme aux attaques contre l’éducation, un engagement plus fort doit être pris afin de lutter contre les violations des droits de l’homme, de réviser les priorités de l’aide mondiale et de renforcer les droits des personnes déplacées.

Pour marquer son 16e anniversaire, le 12 juillet, Malala prononcera au Siège de l’ONU sa première déclaration publique de haut niveau, sur le droit de tous les enfants à l’éducation. Dans le cadre de cette journée, et afin de soutenir l’Initiative mondiale pour l’éducation avant tout du Secrétaire général des Nations Unies, des leaders des jeunes du monde entier se réuniront pour échanger des idées et débattre de ce qui peut être fait pour accélérer la réalisation de l’objectif visant à ce que tous les enfants soient scolarisés et apprennent d’ici à 2015.

 

Liens