Des experts se réunissent à l'ONU sur la destruction sans précédent et le trafic des biens culturels

02 Juin 2016

Des experts du monde entier se sont réunis le 27 mai 2016 au Siège des Nations Unies pour une réunion portant sur la destruction et le trafic illicite de biens culturels. Elle était organisée conjointement par l'UNESCO et les missions permanentes de la Jordanie et de l'Italie, INTERPOL et l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

La réunion, tenue dans le cadre de l’initiative de partenariat « Protéger le patrimoine    culturel – un impératif pour l'humanité : lutter ensemble contre la destruction et le trafic de biens culturels par les groupes terroristes et le crime organisé », a rassemblé un grand nombre de parties prenantes afin de discuter des menaces croissantes pesant sur le patrimoine culturel.

Amjad Al- Moumani, Représentant permanent adjoint de la Jordanie, a souligné la nécessité d '« accroître la prise de conscience de la communauté internationale autour de la question très sérieuse de la destruction du patrimoine culturel comme un impératif sécuritaire et humanitaire. » Giovanni Boccardi, Chef de l’Unité de la préparation et des réponses aux situations d'urgence à l'UNESCO, a souligné le nombre actuel d’attaques contre la culture, à une échelle inédite, souvent associées à la persécution de groupes et d’individus en fonction de leur appartenance culturelle et constituant de ce fait un « nettoyage culturel » comme l’a défini la Directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova. Michael Danti, Directeur académique de l'American School of Oriental Research ( ASOR ) cultural heritage initiatives, a présenté des statistiques concernant la destruction délibérée de patrimoine culturel, en Syrie et au nord de l'Irak, souvent pour des motifs idéologiques, qu'il a qualifié de « plus grande crise du patrimoine culturel depuis la Seconde Guerre mondiale. »

Les participants ont en outre affirmé que le patrimoine culturel constitue une base importante pour la réconciliation nationale et le redressement économique, que sa protection devrait faire partie de tout mandat visant au maintien de la paix et être une priorité durant toute la période post-conflit. Des manquements à la réponse internationale ont été identifiés, notamment le manque de documentation et d'inventaire des biens culturels détruits, de planification efficace pour la réponse et la capacité d’intervention en cas d'urgence,  ainsi que de coordination aux niveaux national et mondial.

Luigi Marini, conseiller juridique à  la Mission permanente de l'Italie auprès des NU, a mis en avant des initiatives concrètes, exhortant les États à ratifier et à mettre en œuvre les traités internationaux  pertinents *, à établir des centres de liaison nationaux et à prodiguer des formations sur la question du trafic illicite de biens culturels. Stefan Simon, premier directeur de The Institute for the Preservation of Cultural Heritage (IPCH) à l'Université de Yale a également souligné qu’il était nécessaire, pour accompagner l’action de l’Etat, de créer des partenariats entre le public et le privé, ainsi que d’éduquer et de sensibiliser la société civile.

 

Les liens entre le trafic de biens culturels et le financement des organisations terroristes ont également été abordés. D’après Edouard Planche, de l'UNESCO, " la prévention est capitale dans la lutte contre le trafic illicite" et  il a  encouragé une utilisation plus efficace des outils à la disposition des États, tels que les inventaires et les lois modèles.

Dans ce cadre, Emmanuel Roux , d'INTERPOL a, d’une part, appelé les gouvernements, les maisons de ventes aux enchères, les musées et les collectionneurs privés à utiliser de manière plus efficace la base de données d'INTERPOL pour les œuvres d'art volées et, d’autre part, les pays dont proviennent les objets volés, à créer des unités de police spéciales. Nodirjon Ibragimov de l'ONUDC a souligné que la restitution des biens culturels volés est mandatée par le droit international et que, dans ce cadre, l'efficacité des procédures internes pour permettre aux Etats d’engager une procédure judiciaire devant les tribunaux nationaux est essentielle.

Cette réunion était le dernier volet d'une série et se terminera par une réunion de haut niveau au cours du Débat général annuel de l'Assemblée générale de l'ONU en  Septembre 2016.

* La Convention de l’UNESCO 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé ; la Convention de l’UNESCO de 1970 concernant les mesures à prendre pour interdire et  empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels; la Convention du patrimoine mondial de l’UNESCO de 1972; et la Convention d’UNIDROIT de 1995 sur les biens culturels volés ou illicitement exportés.

 Pour plus d’information rendez-vous sur http://www.unesco.org/new/fr/culture/themes/illicit-trafficking-of-cultural-property/