La France organise à l’UNESCO la Conférence internationale pour l’aide aux victimes

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©UNESCO/Christelle ALIX
09 Janvier 2017

Le 9 janvier 2017, au Siège de l’UNESCO, la Directrice générale, Irina Bokova, a ouvert la 1ère conférence internationale sur l’aide aux victimes, avec la participation de 9 ministres et 26 pays représentés. Organisée à l’initiative de la Secrétaire d’Etat auprès du Premier Ministre de la République française, chargée de l’aide aux victimes, Juliette Méadel, cette rencontre de haut niveau, placée sous les auspices de l’UNESCO, se tient dans un contexte international marqué par le besoin de mieux prendre en considération l’accompagnement des victimes de l’extrémisme violent, du terrorisme et du fanatisme.

« L’action menée par le Secrétariat d’Etat est absolument inséparable de celle que nous menons, à l’UNESCO, pour la prévention de l’extrémisme violent, pour la culture de la paix, pour l’éducation des jeunes aux valeurs de tolérance, dans et par la prévention, l’enseignement des droits de l’homme et de l’histoire, la compréhension mutuelle », a déclaré la Directrice générale Irina Bokova.

« Soutenir les victimes, c’est aussi faire entendre leurs voix, et l’UNESCO peut aider à faire entendre, dans la société, dans les médias, par l’éducation, cette voix des victimes, qui ont une histoire à raconter, une dignité à défendre, et un éclairage à apporter, qui peut rendre toute la société plus forte, plus compatissante », a encore déclaré la Directrice générale. Insistant sur la nécessité de continuer à œuvrer à la protection globale des droits fondamentaux, Irina Bokova a en outre rappelé toute la pertinence du mandat de l’Organisation à cet égard.

« Fournir aux hommes et aux femmes les aptitudes à la résilience est précisément ce qui guide l’action de l’UNESCO, pour faire avancer les nouvelles formes d’éducation à la citoyenneté mondiale, promouvoir une culture de respect, façonner des outils innovants pour le dialogue interculturel, et pour défendre la diversité culturelle et la liberté d’expression comme forces à partager par tous », a-t-elle poursuivi.

« Unis face au terrorisme et à la barbarie, nous devons désormais l’être dans l’aide aux victimes, à toutes les victimes », a pour sa part avancé la Secrétaire d’Etat à l’aide aux victimes, Juliette Méadel, dans son discours d’ouverture. « Bâtir une politique internationale d’aide aux victimes, ambitieuse et inclusive, demande que nous nous connaissions mieux afin de pouvoir tracer une véritable convergence politique nouvelle, à l’impact à long terme », a-t-elle souligné.

Juliette Méadel a invité à la mise en œuvre de ce que le philosophe allemand Jürgen Habermas appelait la « politique intérieure mondiale ». « C’est la seule voie possible », ajoute la Secrétaire d’Etat, « car le fléau terroriste touche l’ensemble des pays ».

Introduisant la conférence, Robert Badinter, ancien Ministre de la Justice et ancien Président du Conseil constitutionnel de la République française, a dressé un bref historique des évolutions du terrorisme. « Le terrorisme actuel a profondément et durablement modifié la donne, précisément par son caractère réellement international et le changement de son inspiration et de ses mobiles », a ainsi avancé l’ancien Garde des Sceaux, qui a également rappelé que la tenue de cette conférence dans les murs de l’UNESCO, Organisation vouée à la construction de la paix à l’échelle planétaire, avait tout son sens.

« Nous sommes aujourd’hui confrontés à un terrorisme de masse, qui nous place dans une situation, au sens propre du terme, extra-ordinaire », a ajouté Monsieur Badinter. « Extra-ordinaire, dans la mesure où le terrorisme, dans son visage contemporain, prétend s’inspirer de motifs religieux ». « Non seulement il s’agit là d’une convocation dévoyée de la religion, mais, de plus, la très grande majorité des victimes du terrorisme est musulmane », a indiqué Robert Badinter.

« Devant une véritable guerre idéologique, il nous appartient plus que jamais de défendre et de garantir le droit au respect de la personne, de sa vie et de ses droits fondamentaux », a ajouté Robert Badinter, en précisant l’impératif de disposer « d’un système d’Etat pour les réparations dues aux victimes du terrorisme ».

Deux ans après la « grande marche républicaine » tenue à Paris le 11 janvier 2015, suite à l’attaque perpétrée contre le journal satirique Charlie Hebdo le 7 janvier de la même année, qui a représenté une attaque contre la liberté d’information et le droit à la critique, et les attentats antisémites du 9 janvier, la conférence internationale sur l’aide aux victimes entend favoriser l’échange de bonnes pratiques nationales et appuyer un partage des expériences en réunissant des experts et des représentants gouvernementaux de plusieurs Etats.

Différentes tables rondes nourrissent les débats de cette journée autour de thèmes majeurs  : La place des victimes dans la société : évolution et reconnaissance, enjeux de mémoire ; Le rôle des médias et de la justice : l’accès à l’information du grand public et l’accès à l’information pour les victimes ; La formation et la coordination des primo intervenants, conditions d’une réponse efficace dans la phase d’urgence ; Prise en charge, indemnisation et accompagnement dans la durée : faire converger les dispositifs nationaux pour une meilleure protection des victimes ; La résilience et la reconstruction : comment revivre après le drame.

En conclusion de la journée, une session ministérielle de « regards croisés » était organisée en présence de représentants de plusieurs pays : Belgique, Canada, Côte d'Ivoire, Espagne, Estonie, Hongrie, Italie, Luxembourg, Mali, Norvège, Royaume-Uni, Roumanie. L’objectif de ce panel ministériel est de réfléchir à une politique internationale d’aide aux victimes et aux modalités de mieux coordonner l’action entre Etats dans ce domaine.