Les gouvernements ne parviennent pas à couvrir les besoins croissants dans l'enseignement supérieur d’après un document de l’UNESCO

20 Avril 2017

Un nouveau document politique présenté par le Rapport mondial de suivi sur l’éducation (GEM) et l'Institut international de planification de l'éducation (IIPE) de UNESCO montre, qu’entre 2000 et 2014, le nombre d’étudiants inscrits dans des établissements d’enseignement supérieur a plus que doublé, passant de 100 à 207 millions. Les gouvernements ne parviennent pas à répondre à une demande croissante et à faire face aux disparités dans l’accès à l’éducation, laissant les familles payer une partie du coût élevé de l'enseignement supérieur, alors qu’elles ne disposent pas toujours des ressources financières nécessaires. 

Le document [en anglais], qui présente six façons de faire en sorte que l'enseignement supérieur ne laisse personne de côté, propose une série de mesures visant à rendre l'enseignement supérieur plus équitable et abordable, et notamment de garantir que les remboursements des prêts étudiants ne dépassent pas 15% de leurs revenus mensuels. Un remboursement plus élevé menace de laisser pour compte les personnes les plus démunies.

« En donnant accès et en transmettant des connaissances, des compétences et des valeurs fondamentales essentielles, l'enseignement supérieur est devenu une pierre angulaire pour atteindre les objectifs de développement durable », a déclaré Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO. « La demande pour l’enseignement supérieur va continuer d’augmenter. Les gouvernements doivent s’y préparer en élaborant de nouveaux programmes qui garantiront que cette augmentation ne laisse pas les plus marginalisés de côté, et que l'accès à l’enseignement soit fondé sur le mérite et non sur un privilège ».

Après une analyse de la situation mondiale, ce nouveau document montre que moins d’1% des personnes les plus démunies arrivent au terme de quatre années d’enseignement supérieur, contre 20% dans les pays plus riches.

En Afrique du Sud, en 2013, environ un élève noir ou métis sur six était inscrit dans l’enseignement supérieur, contre plus de la moitié pour les élèves blancs (55%). De même, au Mexique, où moins d’1% de la population autochtone était inscrit dans des établissements supérieurs. En Chine, les jeunes vivant en zone rurale ont sept fois moins de chances d’aller à l’université que les jeunes vivant en zone urbaine

L'accès à l'enseignement supérieur s'est développé plus rapidement dans les pays riches : en moyenne seulement 8% des jeunes adultes sont inscrits dans les pays les plus pauvres, contre 74% dans les pays les plus riches. Les plus grandes disparités entre les sexes se retrouvent également dans les pays les plus pauvres. Les femmes ne représentaient que 30% des étudiants inscrits en licence dans les pays à faible revenu en 2014.

« Dans certains pays où les inégalités sociales sont profondément ancrées, une action positive comme l’application de quotas ou des systèmes de bonus peut être nécessaire pour améliorer l'accès à l’éducation des groupes sous-représentés, même si ces mécanismes sont controversés », souligne Suzanne Grant Lewis, Directrice de l'IIPE.

Les écoles privées et les universités ont élargi leurs activités pour répondre aux besoins croissants des étudiants, et comptent 30% de l'ensemble des étudiants inscrits dans le monde, avec une augmentation de 50% en Amérique latine.

Les gouvernements ne parviennent pas à assumer financièrement cette augmentation forçant certaines familles à s’acquitter des frais. Dans 26 pays européens, les ménages ont payé 15% des frais liés à l'enseignement supérieur en 2011. Dans d'autres pays riches, les dépenses des ménages étaient encore plus élevées : 40% en Australie, 46% aux États-Unis, 52% au Japon et 55% au Chili.

L'UNESCO, la seule organisation des Nations Unies chargée de l'enseignement supérieur, propose aux gouvernements de mettre en oeuvre des politiques visant à aider les personnes défavorisées. Le document s'appuie sur une série d'exemples - frais de scolarité peu élevés, bourses d'études et remboursements de prêts adaptés au revenus- qui montrent comment différents pays développent et diversifient les offres dans l’enseignement supérieur pour obtenir une plus grande équité.

« La dernière chose que nous voulons, c'est que l'enseignement supérieur soit un poids pour les étudiants », a déclaré Aaron Benavot, Directeur du Rapport du GEM. « S’adapter à cette augmentation n’est pas chose facile, cependant il existe des solutions politiques que les gouvernements peuvent mettre en place pour empêcher que la facture soit trop élevée pour les familles ».

Six recommandations spécifiques sont proposées pour rendre l'enseignement supérieur équitable et abordable pour tous :

  1. Se fixer des objectifs : faire en sorte que les politiques bénéficient aux groupes qui en ont le plus besoin.
  2. Garantir l’accès par la loi : assurer l’équité et l’accessibilité financière dans divers systèmes d’enseignement supérieur en garantissant les principes d’accès dans les cadres de réglementation.
  3. Mettre en place un suivi : mettre en place des organismes nationaux chargés d’assurer l’égalité des chances
  4. Moduler les critères d’admission : utiliser une combinaison de critères d’admission pour répondre aux besoins de chaque étudiant
  5. Proposer plusieurs types d’aide : mettre en place un organisme chargé de coordonner les aides financières destinées aux étudiants comme les prêts ou les bourses au mérite.
  6. Limiter les remboursements des prêts étudiants à moins de 15% du revenu mensuel de ces derniers.

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Lire le document (en anglais uniquement)

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