L’histoire du trafic illicite de Giulia Domna

12 Mai 2017

Le 2 décembre 2016, la police Hollandaise a rendu un buste datant du 2e siècle représentant l’Impératrice Romaine Giulia Domna aux autorités italiennes. La tête de 31 centimètres avait été dérobée en 2013, durant une exposition du Canope de la Villa Adriana (Tivoli), site inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1999.

« Elle est superbe, inestimable pour notre patrimoine et notre histoire. Le crime, le trafic, les enquêtes et les poursuites judiciaires sont derrière nous, à présent nous célébrons son retour à la Villa Adriana » a déclaré Fabrizio Rossi, Officier du Département pour la protection du patrimoine culturel des Carabiniers italiens.

L’histoire commence lorsque deux citoyens Hollandais déposent Giulia aux enchères chez Christie’s à Amsterdam en 2015. Le personnel de Christie’s a des soupçons, bien que la sculpture ne figure pas dans les bases de données d’œuvres d’art volées. Le buste identifié grâce à des photos prises à la Villa Adriana, et des questions sur sa provenance surgissant, Christie’s contacte les autorités hollandaises et italiennes. L’attitude professionnelle de la maison de ventes a été cruciale dans l’enquête criminelle commune immédiatement enclenchée. Elle a conduit à la saisie du buste de Giulia Domna, et à l’arrestation et aux poursuites judiciaires contre les deux citoyens Hollandais qui l’avaient dérobée et tenté de la mettre sur le marché.


© UNESCO

 « Le retour en Italie d’une œuvre d’art telle que le buste de Giulia Domna est un formidable succès qui s’est produit grâce à la diligence et la coopération de la maison de ventes, des polices hollandaise et italienne, et des magistrats.  Trop nombreux sont les cas de pillage, de vol et de trafic d’objets culturels qui passent inaperçus ou restent non résolus, au profit d’une multitude de criminels, » dit l’Officier Rossi. « C’est pourquoi la Convention de 1970 de l’UNESCO et la Convention UNIDROIT de 1995 concernant le trafic illicite sont si importantes. Elles fournissent aux pays le cadre juridique et pratique permettant de prévenir et de combattre le trafic illicite, d’effectuer des restitutions, de sensibiliser au problème et de renforcer la coopération entre la police et les services de douanes au niveau national et international. Elle offre également un forum pour des campagnes de sensibilisation qui peuvent aider tant les professionnels que le public à se garder de devenir complices d’un commerce illégal par inadvertance » a déclaré Mechtild Rössler, Directrice de la Division du patrimoine de l’UNESCO.

La montée du trafic illicite du patrimoine culturel s’explique par les profits élevés en jeu et la relative facilité de la commercialisation des objets volés, aggravés par le développement du commerce en ligne. Les groupes criminels emploient des montages complexes qui entraînent souvent des opérations dans plusieurs pays. Alors que certains collectionneurs et marchands sont prêts à payer le prix fort pour un objet culturel rare, même volé, il est crucial de mieux informer le public à propos de ce qu’il faut chercher et des questions à poser avant d’effectuer un achat. La sensibilisation et la coopération entre les marchands, les maisons de ventes, INTERPOL, douaniers et policiers au-delà des frontières sont essentielles.

Musées et sites archéologiques, historiques et religieux, sont les cibles principales des voleurs de patrimoine culturel.  C’est pourquoi ils doivent améliorer leurs mesures de sécurité, leurs inventaires et leurs bases de données, en particulier dans les pays en voie de développement. Les situations de conflit et les catastrophes naturelles augmentent considérablement le risque de vol et de trafic, et l’UNESCO, avec l’aide de ses partenaires, forme les professionnels du patrimoine et de la sécurité dans plusieurs pays, notamment l’Afghanistan, l’Equateur, l’Irak, la Lybie, le Mali, la Syrie et le Yémen.

Comme le reconnaît la Convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels 1970 de l’UNESCO, qui a été ratifiée par 132 pays, la prévention et la coopération internationale sont primordiales dans la lutte contre la trafic illicite. En ce qui concerne les situations de conflits dans lesquelles le trafic d’objets pillés finance le terrorisme, le plaidoyer de l’UNESCO a contribué à apporter un certain nombre de Résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies pertinentes, notamment la Résolution 2347 (mars 2017) qui est la première à être dédiée au patrimoine culturel en conflit. Elle reconnaît particulièrement « le rôle indispensable de la coopération internationale dans la prévention du crime ainsi que des réactions de la part de la justice pénale afin de contrer le trafic de propriété culturelle,» et vise à prévenir « le trafic et le pillage de propriété culturelle dans des sites archéologiques, musées, librairies, archives, et autres sites. »

Du 15 au 19 mai 2017, des experts internationaux et des représentants des Etats parties de la Convention de 1970 se réuniront au Siège de l’UNESCO afin de discuter de cas, d’outils, de tendances de commerce en ligne, et des prochaines étapes de la lutte contre le trafic illicite. La réunion commencera sous le regard de Giulia Domna. Le buste est exposé à l’UNESCO dans le cadre de l’exposition « Trésors Retrouvés », sous le parrainage du Ministère Italien des Affaires Etrangères et du Département pour la protection du patrimoine culturel des Carabiniers. Après cela, Giulia retournera à la Villa Adriana.

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