Des idées nouvelles pour l'éducation au développement durable en Afique du sud

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© UNESCO/Julie Saito - Children of the Primary School in the Khayelitsha Township spoke of their dreams for future
27 Juin 2017

Comment les expériences d’apprentissage de l'Éducation au développement durable (EDD) peuvent-elles aider à relever des défis de développement durable spécifiques dans les communautés défavorisées ? Comment faire pour nous concentrer sur les valeurs, les attitudes et les changements de mode de vie, les pédagogies innovantes et les environnements d’apprentissage basés sur les technologies, dans le contexte de pays en développement et de populations confrontées aux défis économiques ?
 

Pour débattre de ces questions, l’UNESCO a réuni des experts internationaux et des parties prenantes locales du 13 au 15 juin à Stellenbosch, une ville de la province du Cap-Occidental en Afrique du Sud, située à quelque 50 kms à l'est du Cap. C'était le troisième d’une série de quatre symposiums sur l'avenir de l’EDD. Ces symposiums sont conçus pour produire de nouvelles idées et pour assurer la pertinence et la continuité de l’EDD au-delà du Programme mondial d’action (2015-2019). On trouve dans la région un certain nombre d’établissements informels tels que Khayelitsha, l’un des plus grands établissements informels de la planète, et le township d'Enkanini. Les temps forts du symposium ont été la visite des deux townships.

© UNESCO/Julie Saito -

Se déroulant sur trois jours, l'événement a encouragé la réflexion libre, le dialogue et le partage des récits, d’histoires et de points de vue entre les acteurs locaux et les spécialistes extérieurs issus de différentes disciplines. Ils ont débattu de la pertinence des modes actuels d’EDD dans le contexte de la pauvreté et des problèmes à traiter dans le cadre des travaux de l’UNESCO sur l'avenir de l’EDD.

Les 19 participants de 14 pays (Afrique du Sud, Allemagne, Australie, Autriche, Canada, Égypte, Indonésie, Japon, Kenya, Maroc, Nigeria, Pays-Bas, République de Corée et Zimbabwe) représentaient des domaines comprenant le droit, les média, l’habitat urbain, l'économie, le travail communautaire, la formation des enseignants et les jeunes, tous animés d’un même intérêt pour le développement durable.

Les habitants coopèrent par nécessité, pour survivre

Le premier jour, les participants se sont réunis à l'Institut du développement durable, un centre d'apprentissage situé à Stellenbosch, où ils ont reçu des informations sur le contexte historique de la région et sur les travaux de l'institut. En quelques mots, la planification urbaine n’a pas répondu aux besoins d'une population qui a connu un accroissement important imprévu pendant et après l'Apartheid, se traduisant par des logements surpeuplés, de mauvaises conditions de vie et des niveaux élevés de criminalité et de violence dans les townships.

Le groupe s’est ensuite rendu dans le lycée de Kayamandi, à proximité du township d’Enkanini, qui compte 8 000 ménages. Les enseignants ont expliqué les difficultés qu’ils rencontrent pour enseigner dans cette communauté. « En dehors de l’école, la vie des enfants tourne principalement autour de leur survie » a dit l’un d’eux. « Les activités éducatives ont tendance à se limiter à la classe, car les enfants ne peuvent pas les poursuivre à l’extérieur. Cela montre la nécessité absolue et l'importance de la contextualisation des programmes d’enseignement, surtout dans un environnement économiquement difficile.

Pendant la visite du township d’Enkanini, Berry Wessels, le Président du Centre de recherche Enkanini a présenté aux participants le Projet iShack qui utilise l’énergie solaire pour démontrer le potentiel d’amélioration que présentent les technologies vertes pour les townships et les établissements informels et pour renforcer l’entreprenariat local et la résilience au sein des communautés. Depuis sa création en octobre 2013, le Projet iShack a fourni de l'électricité à plus de 1 000 ménages. « Les gens sont motivés pour coopérer avec le projet de développement durable à cause de leur nécessité de survivre » a-t-il expliqué, soulignant le besoin de revoir et de reformuler les programmes liés au développement durable, et les programmes d’EDD pour les rendre plus tangibles pour la population, dans sa vie quotidienne.


L’EDD a besoin de traiter de la planification urbaine, des conditions de vie

Le deuxième jour, les participants ont visité le township de Khayelitsha, l’un des plus grands bidonvilles au monde et l’un des townships connaissant la croissance la plus rapide en Afrique du Sud, avec une population estimée à plus de 2 millions de personnes. 40 % de ses résidents ont moins de 19 ans et seulement 7 % ont plus de 50 ans. Khayelitsha est l’une des zones les plus pauvres du Cap. Approximativement, plus de la moitié des ménages vit dans un habitat informel.

Les dirigeants locaux du Réseau des établissements informels (ISN), une alliance d'organisations s'occupant des problèmes de pauvreté, ont fait une présentation soulignant la nécessité pour l’EDD d’élargir la gamme des problèmes liés au développement durable qu’elle traite, comme l’urbanisation, l’exploitation, les terres, le déplacement, les inégalités et la violence et l’insécurité. Ils ont aussi mentionné les besoins importants en éducation sanitaire de base, en programmes professionnels et en éducation afin d’intégrer la planification urbaine pour améliorer les conditions de vie dans le township.

L’un des temps forts du symposium a été la visite de l’école primaire du township de Khayelitsha, qui compte 1 100 élèves. Une vingtaine d’enfants a été invitée à discuter avec les participants. Lorsqu’on leur a demandé de quoi ils rêvaient pour l'avenir, une fillette a dit : « Je veux devenir policière parce qu’on a volé quelque chose à ma maman. » Un autre élève a ajouté : « Je veux plus de sécurité dans la communauté. Je ne veux pas que des gens agressent les autres et je veux que les enfants réussissent mieux. » Cela réaffirme la nécessité pour l’EDD de traiter aussi des problèmes du développement durable urgents tels que la violence et l'insécurité dans les communautés et d’autonomiser les gens afin qu’ils puissent apporter une différence dans leur propre vie.
 

L’ODD4 et l’ODD17 recoupent les 15 autres objectifs

Le troisième jour, les participants à la réunion ont réaffirmé l'importance de la question fondamentale de la dignité humaine et des droits humains dans l’EDD. Ils ont été peu nombreux à soulever la question de la redéfinition de l’EDD afin d’y inclure d’autres problèmes comme la qualité, la gouvernance, le contexte pour intégrer les moyens de subsistance des populations, surtout des personnes les plus vulnérables. D'autres ont indiqué qu’il conviendrait d’explorer un meilleur lien entre la communauté et l'école.

Ainsi que l’a souligné le Professeur Arjen Wals, Président de la Chaire UNESCO d’apprentissage social et de développement durable, « L’EDD se voit offrir une opportunité unique, avec les 17 Objectifs de développement durable, l’ODD 4 sur l'éducation et l’ODD 17 sur le partenariat qui recoupent les 15 autres objectifs. » Pour l’avenir, on demande de plus en plus à l’EDD d’être plus « pertinente, responsable, réactive et réflexive » et cela a du sens dans le contexte de la pauvreté.

Le Professeur Heila Lotz-Sisitka, Présidente de la Fondation pour la recherche nationale sud-africaine au Centre de recherche sur l’apprentissage environnemental de la Rhodes University, a ajouté : « L'Afrique du Sud est un monde en réduction – les multimillionnaires contre la pauvreté. Nous devons consacrer du temps à parler non seulement de la pauvreté, mais aussi du problème de la distribution de la richesse. L'Afrique du Sud peut être vue comme le laboratoire du monde.”