L’intellectuel Elias Sanbar et la Biblioteca Islámica d’Espagne, gagnants du Prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe 2015

L’écrivain Elias Sanbar et la Bibliothèque Islamique de l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) sont les lauréats de la 13e édition du Prix UNESCO-Sharjah 2015 pour la culture arabe. Ils ont été choisis par un jury international d’experts pour leur engagement en faveur de la diffusion de la culture arabe dans le monde. Le Prix leur a été décerné par la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, et par le Président du Département de la Culture et de l’Information de Sharjah, Abdullah Al Owais, au cours d’une cérémonie qui s’est tenue le 14 avril 2016 au Siège de l’UNESCO à Paris.

« Le prix que je reçois aujourd’hui me touche  profondément. Il récompense mon voyage permanent et passionnant, entre deux langues, deux mondes, deux cultures, deux univers distincts mais à la commune destinée, celle de l’ouverture à ceux qui ne nous ressemblent pas, un voyage qui dit aussi et surtout  l’identité commune profonde qui nous réunit, nous tous, les frères humains, » a affirmé Elias Sanbar lors de son allocution durant la cérémonie.

Elias Sanbar (Haïfa, 1947) est l’un des intellectuels arabes les plus reconnus aujourd’hui. Actif dans le domaine de la littérature, du droit, de l’histoire, de la traduction, du journalisme et de la diplomatie, il contribue activement depuis 40 ans à promouvoir une meilleure compréhension de la culture arabe. En 1981, il a été l’un des fondateurs de La Revue d’études palestiniennes, une des publications les plus importantes sur la Palestine, dont il a été rédacteur en chef pendant plus de 25 ans. Sa traduction en français de l’œuvre du poète palestinien Mahmoud Darwich est considérée comme l’une de ses plus grandes contributions à la diffusion de la culture arabe. Il a aussi coécrit, avec Stéphane Hessel, survivant de l’Holocauste, l’ouvrage « Le rescapé et l’exilé », traduit dans de nombreuses langues. Elias Sanbar est aussi Ambassadeur, Délégué permanent de la Palestine auprès de l’UNESCO depuis 2012.

Par la richesse de ses collections bibliographiques et ses services, la Biblioteca Islámica (Madrid), dont le siège est à Madrid, est devenue une référence essentielle dans le domaine des études arabes et arabo-andalouses. Inaugurée en 1954, elle possède plus de 100 000 ouvrages. Parmi les chefs-d’œuvre de sa collection figurent notamment le Lexicon arabicum de Franciscus Raphelengius (1613), le Thesaurus linguarum Orientalium Turcicae-Arabicae-Persicae de Franciszek Mesgnien Meniński, publié entre 1680 et 1687, ou encore la Gramática arábigo-española de Francisco Cañes, publiée à Madrid en 1775.

La Bibliothèque collabore activement avec plusieurs chaires universitaires de langue arabe ou de culture islamique et participe aux conférences internationales organisées par l’Association européenne des bibliothèques sur le Moyen-Orient (MELCOM). Elle favorise le dialogue interculturel en nouant des partenariats avec des associations scientifiques et éducatives du monde arabe.

Lors de cette cérémonie, conduite par Mme Nada Al-Nashif, Sous-Directrice générale pour les sciences sociales et humaines de l’UNESCO, les deux lauréats du Prix UNESCO-Sharjah ont tenu à remercier l’UNESCO et l’Emirat de Sharjah pour cet honneur et cette reconnaissance de leurs parcours respectifs au service du dialogue interculturel.

Suite à la cérémonie officielle, s’est tenu un récital de poèmes de Mahmoud Darwich intitulé selon un vers célèbre de ce dernier « Nous aussi nous aimons la vie quand nous en avons les moyens ». Un sublime tandem de voix féminines, interprété par Hiam Abbas, en arabe, et Dominique Devals, en français, était accompagné par le quintet de Philippe Laccarrière.

Le vibraphone de Tortiller, la flûte de Malherbe, le saxophone de Texier, la contrebasse de Laccarière et les percussions de Colau ont offert un spectacle musical d’une rare subtilité où la poésie de Darwich, orchestrée par deux voix et deux langues, semblait ouvrir un nouvel espace pour le public où le déploiement de l’imaginaire avait toute sa place.

Créé en 1998 à l’initiative des Émirats arabes unis, le Prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe a pour vocation de récompenser les efforts de deux personnalités ou organisations, l’une originaire du monde arabe et l’autre d’un pays non arabe, ayant contribué de manière significative au développement, à la diffusion et à la promotion de la culture arabe dans le monde. Le Prix est doté d’un montant de 60 000 dollars réparti à égalité entre les deux lauréats.