Irina Bokova célèbre les lauréats du prix Nobel de la paix – et de l’éducation

La Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a célébré la remise du prix Nobel de la paix à deux ardents défenseurs de l’éducation originaires de Pakistan et d’Inde, Malala Yousafzaï et Kailash Satyarthi, au cours d’une cérémonie émouvante à l’Hôtel de ville d’Oslo, suivie du traditionnel banquet au Grand Hotel le 10 décembre.

« Nous n’aurions pu entendre deux appels plus passionnés en faveur de l’éducation, de compassion et solidarité internationales, de la justice dans notre monde globalisé où des millions de jeunes êtres humains sont laissés pour compte. Malala Yousafzaï et Kailash Satyarthi sont issus de deux générations différentes mais ils partagent le même courage et le même combat pour l’éducation, la non-violence et la paix. Ils ont parlé aujourd’hui au nom de tous ceux qui ne peuvent se faire entendre, qui sont privés de leur enfance et de leurs droits humains élémentaires,  notamment les jeunes filles. Il est de notre responsabilité collective d’agir maintenant, avec urgence et conviction, pour faire du droit à une éducation de qualité une réalité pour tous les enfants et les jeunes de cette génération, » a-t-elle dit.

Les co-lauréats partagent le prix « pour leur lutte contre la répression des enfants et des jeunes et pour le droit de tous les enfants à l’éducation. »

Dans son discours de remerciements, M. Satyarthi a évoqué sa crainte que « la plus grande crise qui frappe aux portes de l’humanité est la peur et l’intolérance… Les droits, la sécurité et l’espoir ne peuvent être rétablis qu’à travers l’éducation. » S’opposant à la culture du silence, de la neutralité et de la passivité, il a appelé les gouvernements à investir dans l’éducation et les jeunes, et le monde à « passer de l’exploitation à l’éducation, de la pauvreté à la prospérité… Démocratisons le savoir, rendons universelle la justice, et mondialisons la compassion. »

Malala Yousafzaï, qui à 17 ans est la plus jeune lauréate du prix Nobel de la paix, a dédié son prix aux « enfants oubliés qui veulent recevoir une éducation, aux personnes sans voix qui veulent du changement… aux 66 millions de filles qui ne vont pas à l’école. Je me tiens debout ici pour leurs droits et pour faire entendre leurs voix.  Le temps n’est pas venu de les plaindre, le temps est venu d’agir. Devenons la première génération à décider d’être la dernière à voir des salles de classe vides, des potentiels gâchés, et des enfances perdues. Je continuerai à mener ce combat jusqu’à ce que chaque enfant soit scolarisé, » a-t-elle déclaré, ajoutant qu’elle utiliserait l’argent de son prix pour donner accès à une éducation de qualité aux filles, en commençant d’abord par son pays et son village.

S’appuyant sur l’appel des lauréats du prix Nobel en faveur d’une action internationale pour rendre universel le droit à l’éducation, le Ministre des Affaires étrangères de Norvège, Borge Brende, a exprimé son espoir de renverser la tendance à la baisse des financements pour l’éducation depuis 2009 grâce à un partenariat fort, alliant mobilisation de ressources nationales et appui des donateurs. Au cours d’une rencontre à vaste portée avec la Directrice générale, le Ministre s’est référé au livre blanc de la Norvège sur « L’Éducation pour le développement » actuellement en discussion au Parlement.

Le livre affirme que la Norvège jouera un rôle moteur pour faire de l’éducation une priorité absolue dans la coopération internationale pour le développement, et mettra un fort accent pour toucher ceux qui en ont le plus besoin, notamment les filles. Lors d’un événement organisé à l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre par l’Initiative mondiale pour l’éducation avant tout de l’ONU, Erna Solberg, Première Ministre de Norvège, a annoncé que la Norvège allait doubler son aide financière en faveur d’une bonne éducation de qualité au cours des trois prochaines années. Le Ministre Brende a quant à lui dit que 100 millions USD supplémentaires avaient été mobilisés pour l’éducation, signal fort de l'engagement de son pays.

La Directrice générale a exprimé sa reconnaissance pour le leadership de la Norvège en matière d’éducation et, plus généralement, pour son engagement fort auprès de l’UNESCO. Le Ministre Brende et la Directrice générale ont discuté des processus en cours pour parvenir à un accord sur les objectifs de développement durable, universels et formulés pour mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici 2030, et se sont entendus sur l’importance de contrôler, évaluer et financer. La Norvège entend jouer un rôle pour conserver la dynamique sur l’éducation, à travers l’organisation d’une conférence qui jettera un pont entre le Forum mondial sur l’éducation à Incheon (République de Corée) en mai 2015, et la Conférence internationale sur le financement du développement à Addis-Abeba (Éthiopie) en juillet 2015, jusqu’à l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre.

La Directrice générale a également informé le Ministre Brende de la mobilisation de l’UNESCO pour la protection du patrimoine en Iraq et en Syrie, y compris à travers le Conseil de sécurité de l’ONU, pour relier les dimensions politique, humanitaire et culturelle du conflit. Il a salué son appel lancé pour la mise en place de zones de protection culturelle autour de sites du patrimoine en Syrie et en Iraq, de mesures pour lutter contre le trafic illicite d’objets d’art – source de financement du terrorisme et de l’extrémisme – et la défense de la diversité culturelle face aux persécutions des minorités.

La Directrice générale a noté l’importance du soutien de la Norvège pour ce qui est de la conservation et de la numérisation des manuscrits anciens du Mali, et pour sa récente contribution au Plan d’action de l’UNESCO pour l’Iraq dans le domaine du patrimoine culturel.

L’étendue de la coopération de la Norvège a également été revue au cours d’une rencontre avec Mme Tora Aasland, M. Peter Mosby Haugan et Mme Tanja Hegge, respectivement Présidente, Vice-Président et Secrétaire générale de la Commission nationale norvégienne auprès de l’UNESCO. Les membres de la Commission se sont concentrés pour donner la priorité à l’éducation, soutenir la Commission océanographique intergouvernementale, protéger la liberté d’expression et la sécurité des journalistes, et sauvegarder le patrimoine culturel en temps de guerre. « Le fait que la Norvège suive d’aussi près les priorités de l’UNESCO est gratifiant, » a déclaré la Directrice générale, réitérant sa reconnaissance pour l’engagement actif de la Norvège auprès de l’Organisation.