Irina Bokova plaide pour le patrimoine Africain

Au deuxième jour de sa participation à la 38ème session du Comité du Patrimoine mondial, à Doha (Qatar), la Directrice générale s’est exprimée dans le cadre de la troisième table ronde des ministres africains sur le patrimoine mondial.

Plus de 7 ministres en charge du patrimoine mondial en Afrique étaient réunis pour partager leurs politiques et bonnes pratiques dans le domaine du patrimoine, mettant en évidence la façon dont la culture est un levier de développement économique et social.

Le Bostwana a notamment décrit la façon dont les sites du patrimoine mondial sont utilisés comme des lieux de mobilisation des communautés locales. L’Afrique du Sud a pris l’exemple de ses sites pour évoquer la gestion durable des ressources. La République démocratique du Congo, l’Ouganda et le Rwanda RDC, Ouganda et Rwanda ont partagé le projet d’une coopération transfrontalière, qui s’appuie sur la convention et vise à mettre en réseau 3 sites patrimoine mondial, 2 réserves de biosphères et d’autres sites protégés.

« Je veux remercier les ministres pour leur contribution, et cette réunion montre que nous partageons une vision commune sur le rôle de la culture au sein du développement durable. Nous risquons de rater une opportunité historique si nous n’intégrons pas la culture et le patrimoine parmi les outils de lutte contre la pauvreté, car on ne peut pas éradiquer l’extrême pauvreté sans considérer la culture au sens large et son impact pour la cohésion sociale, l’emploi, la gestion des ressources. Les Etats d’Afrique doivent aussi porter ce message avec nous, » a commenté la Directrice générale.

Le Ministre de la culture du Sénégal a souligné la nécessité d’une meilleure représentation de la richesse culturelle de l’Afrique sur la liste du patrimoine mondial, et des Etats africains au sein du Comité, pointant la nécessité d’accélérer la formation des compétences et la protection des sites inscrits sur la liste en Péril, dont plus du tiers sont situés en Afrique. Le Ministre a lancé un vibrant appel à sauver l’île de Gorée, menacée par l’érosion côtière.

Le représentant du Mali s’est exprimé pour remercier l’UNESCO et ses partenaires de leur mobilisation à Tombouctou et auprès d’autres sites du patrimoine malien « Les mausolées étaient avant tout des sites cultuels et après la crise,  la mobilisation internationale et médiatique, les populations se sont mieux rendues compte qu’elles avaient des trésors en main, et font encore plus attention à ces sites qu’auparavant. Il n’y a pas d’agriculture à Tombouctou, la seule industrie, c’est le tourisme, et pour nous, développer la culture, c’est lutter directement contre la pauvreté. »

La Directrice générale a ainsi mis en perspective le travail de l’UNESCO au Mali comme exemple d’un engagement résolu pour la culture « Le Mali était vraiment un test, un test pour nous, et pour toute l’Afrique, car les répercutions vont bien au-delà du Mali, et sont importantes pour la paix et le développement à travers tout le continent. »

La Directrice générale a également salué l’inscription conjointe, par 6 pays d’Amérique latine, du célèbre Qhapaq Nan / Chemin de l’Inca sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle a souligné l’importance des inscriptions transfrontalières pour approfondir l’idée fondatrice de la Convention, conçue pour construire la paix grâce à la coopération culturelle. « Le Qhapac Nan est un symbole de la force et du dynamisme de la Convention. Il nous montre à quel point le concept initial du patrimoine mondial n’a cessé de prendre de l’ampleur, pour évoluer avec son temps: d’abord orienté vers la protection des monuments, il s’est élargi à la protection des paysages culturels, des sites transfrontaliers, et connecte aujourd’hui des sites au-delà des frontières, à l’échelle d’un continent. C’est ainsi que l’on repousse les limites de la coopération intellectuelle et c’est pour nous une source infinie d’encouragement, » a-t-elle souligné.