Journée internationale de l’alphabétisation: une école qui reconstruit la vie de prisonniers chiliens

« Aujourd’hui, je sais qui je suis et ce que je veux faire ». Voici comment un prisonnier de l’école Juan Luis Vives à Valparaiso, au Chili, résume les changements que l’alphabétisation a apportés à sa vie.

L’école, installée au sein de la prison de Valparaiso, fait partie des trois lauréats du Prix UNESCO-Confucius d’alphabétisation qui célèbre chaque année la Journée internationale de l’alphabétisation, le 8 septembre. Le Prix récompense le programme « Alphabétisation pour les personnes privées de liberté », qui est proposé par l’école de la prison de Valparaiso, la prison de Rancagua et le Centre de détention provisoire de la ville de Casablanca, auquel participent chaque année environ 150 détenus, hommes et femmes.

La directrice, Sonia Alvarez, a travaillé dans l’école de la prison en tant qu’enseignante avant de décider qu’elle souhaitait avoir davantage de contrôle sur son administration. Avec le soutien de l’État, elle a créé l’école Juan Luis Vives qui a été officiellement reconnue par le ministère chilien de l’Éducation et qui a ouvert ses portes le 7 juin 1996.

« Nous n’avons pas choisi le nom par hasard », indique Mme Alvarez. Juan Luis Vives était un humaniste et philosophe espagnol, qui a écrit El Tratado de los Pobres (le Traité des pauvres). « Nous avons pris son message pour mission : « L’éducation ne doit pas servir à obtenir la gloire ou la fortune, mais à élever l’idéal de l’homme, afin que chacun puisse devenir une meilleure personne quel que soit son statut ».

Au début, l’école a fait face à de nombreuses difficultés. « Nous travaillons dans une ‘maison étrange’, à savoir un établissement pénitentiaire où les normes relatives aux déplacements et à l’utilisation du temps et de l’espace sont imposées par la police. Lorsque nous avons commencé, le premier grand défi a été de mettre en place une équipe d’enseignants. Il ne suffit pas d’avoir les qualifications : ces enseignants doivent avoir un tempérament calme, car les problèmes sont permanents. Ils doivent comprendre qu’il n’existe pas de baguette magique pour la réhabilitation, mais que, néanmoins, nous pouvons aider des personnes grâce à notre travail ».

Il a fallu convaincre les prisonniers de retourner à l’école. « L’école ne leur évoquait pas grand-chose car ils ne s’y sentaient pas à l’aise », explique-t-elle. « Il y avait des règles qu’ils ne voulaient pas suivre, des comportements qui étaient punis : toute une chaîne d’événements qui les a amenés à quitter l’école. Avec le temps, ces élèves ont commencé à apprécier notre école, comme toute personne qui tombe apprécie une main tendue ». 

« Parfois, l’alcool, la drogue, les violences physiques, la malnutrition, entre autres, peuvent avoir affecté leurs capacités d’apprentissage. Néanmoins, nous découvrons toujours de vrais autodidactes et d’autres élèves qui réalisent pour la première fois qu’ils sont capables d’apprendre ».

Une fois libérés, la plupart des élèves cherchent du travail, mais Mme Alvarez précise que l’école évalue la réussite d’une autre manière. « La réussite, c’est quand une personne arrive sans pouvoir lire et qu’elle parvient à terminer ses études. La réussite, c’est quand les élèves nous écrivent en disant : « Aujourd’hui, je sais qui je suis et ce que je veux faire, et je remercie tous les professeurs qui m’ont aidé ». « La réussite, c’est quand une personne qui essaie d’atteindre un certain niveau d’éducation est libérée et que le jour suivant, elle revient et demande si une place est disponible afin de pouvoir poursuivre ses études ».

Mme Alvarez indique que le Prix a apporté une reconnaissance à l’éducation des adultes ainsi qu’à tous les enseignants qui travaillent dans les prisons au Chili. Les enseignants de l’école Juan Luis Vives se sont sentis valorisés et remotivés. « Les élèves nous ont écrit pour nous dire ‘Professeurs, vous le méritez !’ »