Lutte contre l’impunité des crimes envers les journalistes pour un meilleur développement

Tandis que le Conseil des droits de l’homme (CDH) des Nations Unies prépare une nouvelle résolution sur la sécurité des journalistes, Guy Berger, directeur de la section de l’UNESCO pour la liberté d’expression et le développement des médias, a rappelé cette semaine les priorités de l’Agenda pour le développement des Nations Unies.
« La sécurité des journalistes pourrait être mieux assurée si on ne laissait pas les attaques à la liberté d’expression impunies », a déclaré M. Berger ce mercredi 17 septembre lors le la 27e session de rencontre du CDH à Genève. « La lutte contre l’impunité concorde parfaitement avec la déclaration finale des Objectifs de développement durable (ODD) débattus lors de l’Assemblée générale », a-t-il ajouté.

Invité à une rencontre organisée par l’ONG ARTICLE 19, qui défend la liberté de la presse, M. Berger a évoqué le projet de texte du 16e objectif visant à promouvoir des sociétés inclusives et pacifiques pour faire progresser le développement durable, la justice pour tous et des institutions efficaces, inclusives et responsables. Il a avancé qu’en s’attaquant au problème de l’impunité pour les assassinats de journalistes, on contribuerait à résoudre les sous-objectifs qui figurent dans l’objectif 16 : 

  • Le point 16.1 vise à réduire toutes les formes de violence et les taux de mortalité dus à ces violences dans le monde
  • Le point 16.3 encourage la règle de droit tant au niveau national qu’international et garantit un accès égal à la justice pour tous
  • Le point 16.a renforce les institutions nationales pertinentes grâce à une collaboration internationale afin de construire des capacités à toutes les échelles, en particulier dans les pays développés, afin de prévenir de la violence et combattre le terrorisme et la criminalité

« En intégrant explicitement la protection des journalistes dans ces ODD, un fort message sera envoyé au monde entier pour faire comprendre que la violence ne sera tolérée dans aucune autre instance sociale ».

Évoquer la « partie journalistique visible de l’iceberg » permettrait également de répondre aux aspirations mentionnées dans le sous-projet 16.10, qui a pour but de « garantir un accès public à l’information et de protéger les libertés fondamentales », a déclaré M. Berger.

Le directeur de l’UNESCO a évoqué la journée internationale pour mettre fin à l’impunité des crimes contre les journalistes, programmée le 2 novembre. « Cette journée sera l’occasion de faire le lien entre les questions de sécurité des journalistes et d’impunité et les préoccupations plus vastes des juges, des procureurs et des avocats ».

Selon M. Berger, la conférence qui se tiendra à Strasbourg le 3 novembre prochain à la Cour de justice européenne des droits de l’homme permettra de faire le lien avec la règle de droit, d’une importance manifeste pour les questions de développement. « Cette conférence sera suivie d’une réunion d’examen du Plan d’Action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et sur le problème de l’impunité, que l’UNESCO organisera. »

Le Plan des Nations Unies, qui fonctionne depuis deux ans comme cadre permettant une action concertée entre toutes les parties prenantes, insère également la sécurité et le problème de l’impunité dans l’agenda de développement des Nations Unies.

Le journaliste russe Gregori Shvedov, qui a aussi pris part à cette réunion à Genève, a appelé à la création de nouveaux mécanismes et acteurs pour enquêter sur les crimes contre les journalistes. Prima Jesus Quinsayas, procureur privé qui a enquêté sur le massacre d’Ampatuan aux Philippines il y a presque cinq ans, a également dénoncé l’impunité dans son pays.

Andrew Smith, représentant du Bureau des affaires juridiques d’ARTICLE 19, a déclaré que 10 assassinats de journalistes avaient été impunis pendant la dernière décennie. Il a fait l’éloge d’une récente déclaration sur la liberté d’expression de la part des rapporteurs internationaux, qui appellent à une plus grande protection des journalistes couvrant les conflits.

La nouvelle déclaration du CDH des Nations Unies sur la sécurité des journalistes a été adoptéé le 25 septembre.