La lutte contre le nettoyage culturel est un impératif de sécurité

Le 2 juillet 2015, la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a participé à une table ronde sur le thème : « Lutte contre le financement du terrorisme : la menace de destruction culturelle et ISIS », organisée par le Royal United Services Institute (RUSI) et son Centre d’étude sur la délinquance financière et la sécurité.

La table ronde s’est axée sur le besoin de nouvelles stratégies de sécurité et d’action internationale pour prévenir l’extrémisme et son financement par la destruction du patrimoine culturel et le trafic d’antiquités volées.

La réunion, au cours de laquelle est également intervenu le PDG de la société Art Recovery International, M. Christopher Marinello, était présidée par le Directeur du Centre d’étude sur la délinquance financière et la sécurité, M. Tom Keatinge, et elle a rassemblé de nombreux experts, analystes, personnalités officielles et représentants des médias.

« Il n’arrive pas souvent qu’un Directeur général de l’UNESCO soit invité à parler de patrimoine et de culture avec des spécialistes des questions de sécurité », a déclaré Irina Bokova en guise d’introduction. « Cela en dit long sur la nature des conflits actuels qui placent la culture au centre du champ de bataille. »

La Directrice générale a dressé le bilan des destructions subies par les sites du patrimoine culturel en Iraq et en Syrie, en soulignant que par leur échelle « elles avaient atteint des niveaux sans précédent dans l’histoire moderne ».

« Cela s’inscrit dans une stratégie à laquelle j’ai donné le nom de « nettoyage culturel », qui est utilisée comme tactique de guerre pour terrifier les populations et financer des activités criminelles », a ajouté Irina Bokova. « L’UNESCO n’a pas ménagé ses efforts pour faire mieux connaître cette articulation au niveau politique. »

Irina Bokova a ensuite présenté l’action menée par l’UNESCO pour combattre le trafic du patrimoine culturel. Elle a évoqué la Convention de l’UNESCO de 1970, le premier cadre international de lutte contre le pillage et le trafic des biens culturels, le soutien de l’UNESCO aux États membres pour l’adoption de la résolution 2199 du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies qui condamne la destruction du patrimoine culturel iraquien et syrien et adopte des mesures juridiquement contraignantes visant à combattre le trafic d’antiquités et de biens culturels en provenance de ces deux pays, le lancement d’un forum d’experts pour l’échange et le suivi d’informations dans le but de vérifier l’authenticité des biens archéologiques.

En soulignant les difficultés que pose la collecte des informations fiables sur la nature et l’ampleur du commerce illégal des antiquités, Irina Bokova a appelé les membres du Conseil de sécurité de l’ONU à « partager les renseignements utiles qu’ils pourraient détenir dans ce domaine afin d’aider à lutter contre ce type d’activités criminelles ».

À cet égard, la Directrice générale a appelé à intensifier la coopération avec des groupes de réflexion tels que le RUSI.

« On dit qu’on ne peut vaincre un ennemi que l’on ne connaît pas. Voilà pourquoi nous avons besoin de plus de recherches et de meilleures analyses. »

Une discussion a ensuite porté sur la présentation des itinéraires empruntés par le trafic des biens culturels et l’ampleur financière du phénomène ainsi que sur la possibilité de définir des principes capables de fédérer toutes les parties concernées.