Migrations et réfugiés : les médias font-ils bien leur travail ?

Alors que de nombreux médias abordent la question des réfugiés d’un point de vue humanitaire et rapportent l’histoire de ces hommes, femmes et enfants qui fuient leur pays, peu de journalistes sont formés pour couvrir ce sujet, ce qui n’est pas sans conséquences. Ce sont quelques-unes des conclusions des experts réunis le 18 mars à Paris pour un débat thématique sur les médias et la migration organisé par le Programme international pour le développement de la communication (PIDC) de l’UNESCO.

La question du déplacement de populations a été mise à la une par l’exode syrien et ses répercussions sur le Liban, la Turquie, la Jordanie et l’Europe, mais ce problème frappe également le continent américain, les pays d’Afrique de l’Est, l’Afghanistan, l’Iraq et l’Inde, notamment.

Dans ce contexte, les reporters non formés ont du mal à faire la différence entre les termes « migrants », « chercheurs d’asile » et « réfugiés ». Or les « mots ont leur importance », comme l’a fait observer Melissa Fleming, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

Une autre conséquence de ce manque de préparation des journalistes, c’est que les médias donnent souvent une image réductrice des réfugiés, qui sont considérés soit comme une menace (les hommes) soit comme un groupe de victimes, selon l’universitaire néerlandais Jacco van Sterkenburg.

Il considère que ces deux approches se rejoignent. Dans les deux cas, elles créent des différences entre « nous et les autres », au lieu de traiter des questions humaines qu’ont en commun les résidents et les nouveaux arrivants.

Dans tous les pays, « les médias ont été manipulés par les dirigeants politiques et se sont trop souvent pliés devant leurs déclarations scandaleuses », a ajouté Aidan White, directeur du Réseau pour un journalisme éthique qui a récemment publié « Moving Stories », une enquête internationale sur la couverture médiatique de la migration.

En outre, comme l’a remarqué Guita Hourani, directrice du Centre de recherche libanais sur l'émigration de l'Université Notre-Dame (Liban), « la formation est indispensable », aussi bien pour les journalistes que pour les rédacteurs en chef et non seulement sur les questions déontologiques, mais également pour lutter contre l’intolérance dans la rhétorique politique et replacer les événements dans leur contexte.

L’universitaire turque Nevin Yildiz, de l’Université Hacettepe, a proposé d’accorder une attention prioritaire aux femmes réfugiées, pour faire en sorte que d’autres femmes puissent s’exprimer à travers elles, « car la visibilité des femmes est très restreinte ».

Les experts sont tombés d’accord sur le fait que les salles de rédaction n’étaient pas prêtes pour faire face à cette situation sans précédent et qu’elles avaient besoin de plus de moyens pour informer convenablement sur le sujet.

Fleming a invité les reporters spécialisés dans la question des réfugiés, ainsi que la couverture sociale complémentaire de l’ONU, à promouvoir une meilleure compréhension de ce sujet complexe auprès du public.

« Les médias et les réseaux de journalistes réfugiés ont également besoin de soutien, pour que les réfugiés puissent raconter eux-mêmes leur histoire », a ajouté Mogens Bjerregard, membre du Bureau du PIDC pour le Danemark.

White a conclu que « la migration fait partie de la condition humaine, nos nations se sont construites sur la migration », d’où la nécessité de remettre en contexte et de s’intéresser de plus près aux raisons.

Le PIDC est le seul forum multilatéral du système des Nations Unies ayant pour objectif de mobiliser la communauté internationale pour débattre et promouvoir le développement des médias. Non seulement ce Programme apporte une assistance aux projets de développement des médias, mais il favorise également le débat international sur les questions importantes relatives aux médias. A l’issue du débat, le Bureau du PIDC a convenu d’entreprendre des actions de suivi pour promouvoir les bonnes pratiques professionnelles et des normes déontologiques de haut niveau dans ce domaine.