Une nouvelle publication de l’UNESCO rend hommage au patrimoine culturel iraquien

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© UNESCO

La ville iraquienne de Najaf, lieu sacré des musulmans chiites situé à 160 km au sud de Bagdad, est certes moins connue dans le monde occidental que La Mecque, mais il n’empêche qu’elle reçoit plusieurs millions de pèlerins chaque année. À une période où les conflits s’intensifient de manière dramatique à travers le pays, une nouvelle publication de l’UNESCO rend hommage aux dimensions spirituelles et éducatives de cette ville, tout en lui permettant de garder son identité et de préserver son rôle unique auprès de millions de croyants.

À ses débuts, la ville n’était qu’un tumulus pauvre en eau situé à l’ouest de l’Euphrate, où l’imam Ali – considéré par les chiites comme étant le successeur légitime du prophète Mahomet, dont il était le cousin et le gendre – serait enterré. Un sanctuaire saint a été construit au 8e siècle après Jésus-Christ pour y déposer dignement sa dépouille. Ce sanctuaire est devenu le cœur autour duquel Najaf s’est développée petit à petit, pour devenir le centre d’apprentissage et la ville dynamique de pèlerinage qu’elle est aujourd’hui.

Najaf : La porte de la sagesse invite les lecteurs à découvrir l’histoire, le plan d’urbanisme et l’architecture religieuse de la ville, ainsi que les visages et les rituels qui peuplent ses rues et son Grand Bazar. Le livre donne également un accès sans précédent aux bibliothèques, séminaires et écoles – nombreux et renommés – où de précieux manuscrits sont préservés, et où l’enseignement de l’islam est dispensé de manière à renforcer le dialogue interculturel et l’accès des femmes à une éducation de qualité.

Comme le montre également le livre, l’aspect funéraire de la ville contribue toujours à sa réputation. Au nord et nord-ouest de Najaf se trouve Wadi al-Salam (« Vallée de la paix »), le plus grand cimetière au monde. Les musulmans chiites du monde entier aspirent à être enterrés à côté d’Ali dans l’espoir de partager sa lumière et sa sagesse éternelles. Par conséquent, près de 200 enterrements sont effectués chaque jour dans cet endroit où les cryptes peuvent contenir jusqu’à cinquante corps et dont les limites sont invisibles à l’œil nue. Mais un tel lieu de repos suffit à peine aujourd’hui. Comme l’a rapporté le Wall Street Journal début juillet, les parcelles de terrain viennent à manquer et nombreuses sont celles qui sont volées, revendues illégalement ou utilisées pour recevoir un nombre croissant de victimes de violence.

Comme bon nombre d’autres villes dans le monde, Najaf doit aujourd’hui faire face à des problèmes de croissance démographique, de développement des infrastructures, de conservation physique et d’équilibre et de fonctionnement internes, lesquels sont poussés à la limite par les millions de pèlerins qui visitent chaque année et nécessitent des services. Depuis plusieurs années maintenant, l’UNESCO œuvre intensément à la protection et à la conservation du patrimoine culturel matériel et immatériel iraquien, y compris à travers un certain nombre d’initiatives à Najaf. Mais tandis que l’UNESCO travaillait sur cette publication, les conflits en Iraq se sont radicalement aggravés, donnant de ce fait un tout autre sens à ce livre.

Cette publication, rendue possible grâce à la généreuse contribution du Ministère iraquien de la culture, fait écho aux nombreux appels de la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, pour mettre fin à la destruction intentionnelle du patrimoine religieux et culturel en Iraq. Elle vient également en soutien au Plan d’action d’intervention d’urgence, sur lequel l’UNESCO et des experts iraquiens et internationaux dans le domaine du patrimoine culturel se sont entendus en juillet dernier pour assurer la mise en œuvre des accords internationaux sur la protection du patrimoine culturel face aux conflits armés, destructions délibérées, et trafic illicite. Dernier point, mais non des moindres : ce livre est un témoignage de l’héritage et de l’importance d’une ville où les pèlerins et les étudiants de divers pays se réunissent pour partager leurs connaissances et une histoire commune.