Pourquoi le journalisme est sous le feu des critiques

23 Mars 2017

Alors que le paysage médiatique continue à être secoué par l’évolution technologique et la polarisation politique, plus de 200 experts des médias se sont réunis aujourd’hui 23 mars au Siège de l’UNESCO pour débattre des défis partagés et des perspectives d’avenir.

Le colloque Le journalisme sous le feu des critiques : relever les défis contemporains a donné lieu à des débats animés avec des chercheurs en sciences sociales, des journalistes et des représentants des compagnies de médias sociaux et des organisation de développement des médias autour de quatre tables rondes.

Les sujets abordés allaient de la montée des politiques identitaires aux menaces sur les modèles économiques, les réponses à la diffusion des « fausses nouvelles », le rôle des plates-formes de médias sociaux et l’importance de la formation au journalisme et de l’éducation aux médias et à l’information.

Dans son allocution d’ouverture, la Directrice générale de l’UNESCO Irina Bokova a expliqué que l’événement s’inscrit dans l’esprit du mandat de l’Organisation de promouvoir la liberté d’expression et « d’être un laboratoire d’idées » fournissant « un forum pour le débat sur les questions sensibles du jour ».

« Avec le concept de “fausses nouvelles”, nous assistons à l’essor de nouvelles formes de manipulation, de propagande, de désinformation, qui soulèvent des questions au cœur du journalisme libre, indépendant et professionnel d’aujourd’hui » a observé la Directrice générale.

Ces questions ont fait l’objet d’une récente Déclaration conjointe sur les « fausses nouvelles », la désinformation et la propagande établie par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté d’opinion et d’expression et ses homologues de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), l’Organisation des Etats américains (OEA) et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (ACHPR).

Dans la séance d’ouverture du colloque, le président du World Editors Forum, Marcelo Rech, a identifié d’autres défis, notamment le manque de confiance publique dans l’institution du journalisme, le développement de chambres d’écho sur les médias sociaux et les défis aux modèles économiques.

« En opposition aux fausses nouvelles et aux chambres d’écho, les journalistes professionnels doivent certifier à tout moment la réalité qui nous entoure » a déclaré M. Rech. « La vérité est le bien le plus rare dans ce nouveau monde effrayant. Mais la vérité est justement le produit des bonnes salles de rédaction. »

La relation complexe entre les médias traditionnels et les plates-formes sociales a été abordée au cours des débats.

Etant donné le rôle de Facebook en tant que diffuseur de contenu, le rédacteur en chef norvégien Espen Egil Hansen a surnommé le PDG de Facebook Mark Zuckerberg « le plus puissant rédacteur en chef », en soulignant que la compagnie technologique est devenue une compagnie médiatique.

En fait Facebook « ne veut pas être le rédacteur en chef mondial » a répondu le directeur des Affaires publiques de Facebook en Europe, Richard Allan, ajoutant qu’en tant que média social, Facebook ne rentre pas dans les cadres régulateurs développés pour les compagnies de télécommunications ou l’industrie des médias.

Maria Ressa, rédactrice en chef et PDG du site d’information en ligne philippin Rappler, a exhorté à une plus grande coopération entre les médias traditionnels et les médias sociaux : « Nous devons travailler plus étroitement avec les plates-formes technologiques. »

La journée s’est terminée par un rappel de l’importance du journalisme de qualité et de l’éducation aux médias et à l’information pour préserver la vérité, l’authenticité et la pensée critique.

« La vérité n’est pas le fruit d’un algorithme » a déclaré le Directeur général adjoint de l’UNESCO pour la communication et l’information, Frank La Rue, en référence aux procédures automatisées qui déterminent la position des nouvelles dans les médias sociaux et les résultats des moteurs de recherche. « La vérité est une chose que l’on construit à travers le dialogue honnête. »

Le rôle du journalisme pour fournir cet espace de dialogue sera au centre de la célébration cette année de la Journée mondiale de la liberté de la presse, qui a pour thème Des esprits critiques pour des temps critiques : le rôle des médias dans la promotion de sociétés pacifiques, justes et inclusives.

Le colloque « Le journalisme sous le feu des critiques » était organisé par la Division pour la liberté d’expression et le développement des médias de l’UNESCO avec le soutien du Programme international pour le développement de la communication, de l’Association mondiale des journaux et des éditeurs de médias d’information (WAN-IFRA) et des gouvernements de la Finlande, la Lettonie, la Lituanie, la France, la Suisse et des Pays-Bas.

Il a été organisé dans le cadre de la semaine La Presse en Liberté, qui comprend une exposition des premières éditions de journaux et des débats sur la liberté de la presse organisés à l’UNESCO par les Délégations de la France et de la Suisse auprès de l’UNESCO.

Un résumé des débats sera publié sur le site de la conférence dans les semaines à venir. Il sera également intégré à l’édition 2017 de la série de l’UNESCO Tendances mondiales en matière de liberté d’expression et de développement des médias, qui sera publié en novembre 2017.