Première mission d’urgence à Alep (Syrie) : l’UNESCO déplore l’immensité des dégâts

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View over Al-Hatab Square in Jdeideh quarter, Aleppo
© ЮНЕСКО
19 Janvier 2017

L'UNESCO a mené une mission d'urgence à Alep du 16 au 19 janvier pour effectuer une première évaluation des dommages infligés à la vieille ville d'Alep, inscrite sur la Liste du patrimoine mondial et du patrimoine mondial en péril, et dresser un état des lieux des établissements éducatifs.

L'équipe de l'UNESCO a pu constater précisément les dégâts considérables causés à la Grande Mosquée des Omeyyades, à la Citadelle, aux mosquées, églises, souks, khans, madrassas, hammams, musées et autres bâtiments historiques emblématiques d’Alep. Selon une première estimation, environ 60% de la vieille ville d'Alep a été gravement endommagée, et 30% totalement détruite. L’UNESCO souligne l’extraordinaire résilience du peuple d'Alep et les efforts des professionnels du patrimoine pour mener des actions de protection pendant le conflit et déployer les mesures d'urgence en vue de la restauration (évaluation des dommages, gestion des débris ...). Ces actions et d'autres ont été examinées lors de plusieurs réunions consultatives avec le Conseil municipal d'Alep, la Direction générale des Antiquités et des Musées ainsi que des ONG, afin d'identifier les mesures d'urgence et les solutions adaptées. Au cours de ces consultations, il a été proposé de déclarer la vieille ville d'Alep « zone d'urgence ». Parallèlement, l'UNESCO travaille sur une initiative d'urgence pour coordonner les actions des partenaires internationaux.

Dans le domaine de l'éducation, l'UNESCO fait état de l’ampleur des destructions des établissements d'enseignement. Les écoles visitées par l'UNESCO dans l'est d'Alep sont soit détruites, soit nécessitent une réhabilitation complète. L’école élémentaire Osam Alnadir est à peine reconnaissable. L’Institut d’enseignement professionnel d’Alep, renommé à l’échelle nationale, a été réduit en poussière. Les très rares écoles encore en activité sont dans une situation dramatique. Dangereuses pour l'apprentissage, elles sont généralement privées d'électricité ou d'eau, jonchées de portes et de verres cassés, ainsi que de fragments d'éclats d'obus.

« La destruction de l'une des plus grandes et plus anciennes villes du monde est une tragédie pour tous les Syriens et pour toute l’humanité », a déclaré la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova. « Cette situation exige une action immédiate et le sens le plus élevé de la responsabilité et de la coordination de tous les partenaires impliqués ».

La population d'Alep et le peuple syrien connaissent l'importance de l'éducation et de la culture pour favoriser la résilience et construire la paix. L'UNESCO est à leurs côtés pour accélérer la remise sur pied de toutes les institutions éducatives et favoriser la protection du patrimoine. Une vingtaine d’écoles ont rouvert depuis décembre 2016. La demande est extrêmement élevée et des espaces d'apprentissage alternatifs, comme les classes mobiles, doivent être construits et mis à disposition de toute urgence. Dans toutes les écoles visitées, l'UNESCO a été témoin de la volonté de chacun de revenir à la normale autant que possible, avec des enfants désireux d'apprendre et des professeurs qui s’engagent avec des moyens de fortune. L'éducation est la pierre angulaire de tous les efforts de reconstruction. Il convient par conséquent de renforcer de façon drastique le soutien en matière d'éducation, de connaissances et de compétences, tandis que le conflit continue de faire rage.

« Comme je l'ai déjà évoqué à maintes reprises, j'appelle toutes les parties à ne pas prendre pour cible les monuments culturels et les établissements d'enseignement, conformément au droit international et au droit humanitaire. Détruire le patrimoine de la Syrie, c’est tuer le peuple syrien une deuxième fois. Oublier son histoire, c'est nier les valeurs et les droits qui lui sont attachés. La guerre n'épargne ni les pierres ni les vies, c'est pourquoi la recherche de la paix passe à la fois par la protection des vies humaines, des écoles et du patrimoine. L'UNESCO est déterminée à jouer son rôle, auprès du peuple syrien, en étroite coordination avec ses partenaires », a-t-elle conclu.