Promouvoir la condition de l'artiste et la liberté artistique – panel de discussion d'experts à l'UNESCO

Des acteurs clés du monde de la culture ont débattu de la condition de l'artiste et de la liberté artistique lors d'un événement parallèle, organisé au siège de l'UNESCO le 13 novembre, en marge de la 38e session de la Conférence générale. Ole Reitov, directeur exécutif de Freemuse, organisation artistique indépendante (Danemark) ; Deeyah Khan, cinéaste, productrice de musique et militante des droits de l'homme norvégienne ; et Mika Romanus, directeur adjoint du Conseil suédois des arts, étaient parmi les invités spéciaux.

Cet évènement a été organisé par le Danemark, la Norvège et la Suède, de concert avec le Secrétariat de l’UNESCO et en présence de la Directrice générale, Irina Bokova. Les questions abordées étaient les suivantes : La liberté d’expression artistique est-t-elle comprise et protégée comme faisant partie du système plus large de droits fondamentaux – ou non ? Comment peut-on soutenir les artistes menacés ? Comment suivre la recommandation de la Rapporteuse spéciale des Nations unies le domaine des droits culturels, appelant les États membres à réviser leur législation imposant des restrictions à la liberté d'expression artistique et la créativité ? Le débat s'est terminé par une discussion sur les futures actions de l'UNESCO dans ce domaine. 

« Je crois qu'il nous faut mettre en place des stratégies aux multiples facettes pour promouvoir la liberté artistique. Les acteurs de la culture ont besoin de soutien direct. Des réseaux indépendants permettant de suivre les menaces qui pèsent sur la liberté artistique doivent être créés et favorisés. Il faut aussi encourager l'établissement de lieux sûrs pour les artistes. » Irina Bokova, Directrice générale de l'UNESCO.

Un nouveau rapport sur la mise en œuvre par les États membres de la Recommandation de 1980 sur la condition de l’artiste a également été présenté pendant l'évènement parallèle. Le rapport de 2015 rend compte des améliorations de la situation des professionnels de la création à travers le monde, mais aussi des écueils auxquels ils font face.  Il met en avant la nécessité d'une meilleure protection sociale, du soutien à la mobilité des artistes et d'une plus grande diffusion de leurs œuvres, en particulier par l'intermédiaire des technologies numériques. Il souligne les différentes mesures prises par les pays pour promouvoir la liberté artistique, par exemple l'adoption récente par l'Assemblée nationale française d'une loi sur la liberté artistique, l'architecture et le patrimoine ; ou le cadre stratégique « Droit à l'art et à la culture » mis en place par le Danemark, qui considère que la liberté d'expression des artistes et professionnels de la culture est essentielle pour le développement de sociétés modernes et démocratiques et devrait devenir une partie intégrante des politiques relatives au développement et des programmes internationaux d'aide au développement.

La Recommandation de 1980 couvre une vaste gamme de problématiques ayant des répercussions sur la condition sociale et économique de l’artiste, et appelle les États membres à introduire des politiques et mesures visant à améliorer la condition sociale, économique et professionnelle des artistes.  Cela inclut les politiques culturelles soutenant leurs travaux ainsi que les mesures spécifiques pour leur fournir des opportunités officielles de formation, une protection sociale –pensions de retraite, assurances invalidité et chômage, des conditions de travail sécurisées et des cadres fiscaux appropriés. La Recommandation invite également les États membres à respecter les principes directeurs encourageant la liberté d'expression artistique et la créativité, mais aussi le droit des artistes à former des organisations professionnelles ou des syndicats.

Le rapport de 2015 rassemble les résultats d'une enquête envoyée à 195 pays, qui portait sur quatre problématiques contemporaines majeures : les technologies numériques et l’Internet, la mobilité des artistes, leur protection sociale et la liberté artistique. Ces problématiques ont été mises en lumière par la Recommandation, mais aussi par la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Depuis le dernier rapport de suivi datant de 2011, plusieurs pays ont montré la solidité de leur engagement en adoptant des réglementations visant à améliorer le statut de l'artiste, dont le Burkina Faso et la Lituanie. Le Maroc a élaboré une loi complète garantissant une meilleure inclusion des artistes.

 Le rapport recommande aux États membres de continuer à développer des politiques en collaborant avec les artistes et leurs associations et d'autres ONG pertinentes, pour veiller à ce que ces lois et politiques soutiennent les artistes autant que possible.