Recherche et observation océaniques : la voie à suivre pour garantir un avenir résilient au changement climatique

Couvrant 71% de la surface du globe, l’océan fournit des services essentiels au maintien de la vie sur Terre – 2,6 milliards de personnes dépendent directement ou indirectement de ses ressources – et constitue un pilier de notre système climatique mondial. Cependant, le réchauffement de l’atmosphère, la pollution d’origine terrestre, la surpêche, et le développement côtier non-durable sont une menace à sa santé. Alors que la COP21 cherche à redéfinir et à renforcer le régime climatique, la participation de la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l’UNESCO consiste à intégrer des perspectives relatives à l’océan dans les négociations.

Cet argument était au cœur de deux événements parallèles qui se sont déroulés le 2 décembre 2015 en zone bleue à la COP21 : « Un Océan, un Climat, une ONU : travailler ensemble pour la santé et la résilience de l’océan », organisé par ONU-Océans et coordonné par la COI, suivi d’une « session océan » organisée par le gouvernement du Pérou à l’occasion d’une journée consacrée à la résilience.

Un programme d’adaptation composé d’initiatives innovantes est indispensable pour accélérer la mise en place de mesures liées aux enjeux majeurs relatifs à l’océan. L’un après l’autre, ces deux événements ont passé en revue les actions concrètes entreprises par le système des Nations Unies et les acteurs de la société civile quant au rôle de l’océan en tant que solution possible au changement climatique. A travers son Secrétaire exécutif Vladimir Ryabinin, présent aux deux occasions, la COI a articulé ses propositions autour de ses propres succès et activités afin de souligner l’importance de la recherche scientifique et de favoriser l’action au-delà de la COP21.

Des observations et des recherches océaniques soutenues à l’échelle mondiale sont nécessaires pour comprendre les impacts du changement climatique (par opposition à la variabilité naturelle), évaluer la vulnérabilité des régions, et surveiller l’efficacité des efforts d’atténuation et d’adaptation, tels que la mise en œuvre de la gestion des zones côtières, de l’aménagement de l’espace marin, ou encore de systèmes d’alerte précoce multirisque. La préparation aux risques océaniques liés au climat – tsunamis, ondes de tempêtes, efflorescences algales nuisibles, et autres – couplée à des activités de renforcement des capacités sont impératifs pour rendre les communautés plus résilientes.

Des mesures scientifiques, qu’elles soient destinées à la recherche ou à la politique, doivent être effectuées aux niveaux mondial et régional pour mieux comprendre les phénomènes naturels qui relient les deux échelles, et pour trouver des solutions aux impacts auxquels les communautés côtières sont déjà confrontées, en particulier dans les pays en développement les plus vulnérables et les petits Etats insulaires en développement (PEID). Favoriser le développement d’une économie bleue, dont la gestion durable des secteurs de la pêche, de l’aquaculture, et du tourisme, est essentiel à la résilience de l’océan. 

« L’objectif de la COP21 est d’arriver à un accord juridiquement contraignant afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre et de veiller à ce que les questions liées à l’océan soient intégrées au futur régime climatique, y compris l’observation de l’océan, qui s’avère être le seul moyen d’améliorer nos connaissances. Nous devons comprendre les effets de la perte de biodiversité et du changement climatique sur les écosystèmes, et comment nous pouvons les aider à survivre. C’est pourquoi nous avons besoin de systèmes d’observation, parce qu’à leur tour, ils conditionnent les processus décisionnels, » a expliqué Vladimir Ryabinin, mettant l’accent sur le rôle de la COI dans la coopération et coordination scientifiques internationales à travers son Système mondial d’observation de l’océan (GOOS), Réseau mondial d’observation de l’acidification de l’océan (GOA-ON), Système d’informations biogéographiques relatives aux océans (OBIS), Système mondial d’observation du niveau de la mer (GLOSS), et son programme d’Echange international des données et de l’information océanographiques (IODE).

Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, s’est également exprimée : « La résilience de l’océan passe par la réduction des émissions de gaz à effet du secteur maritime, la préservation du milieu marin par les aires marines protégées, et l’adoption par l’ONU d’une mesure sur la protection de la biodiversité en haute mer et la limitation de la surpêche, » avant de confirmer l’élaboration d’un Rapport spécial du GIEC sur l’océan.

Les autres experts ayant participé à ces événements ont également souligné leurs préoccupations concernant la conservation des écosystèmes marins, la gestion des risques côtiers, l’adaptation de la navigation commerciale, les mécanismes de financement, et la nécessité de construire une base scienfitique solide au service de politiques efficaces.

Un accord ambitieux à la COP21 prenant en compte l’océan viendrait en complément à l’adoption de 17 nouveaux Objectifs de développement durable par l’Assemblée générale de l’ONU les 25-27 septembre derniers. Cet agenda universel, à mettre en œuvre d’ici 2030, intégrait pour la première fois un objectif spécifique à l’océan : l’Objectif 14 engage les Etats membres à « conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable » et à « renforcer leur résilience ».