Revoir les mythes médiatiques sur le terrorisme

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Des personnes déposent des fleurs au lendemain de l'attaque au camion à Stockholm (Suède), le 8 avril 2017.
Des personnes déposent des fleurs au lendemain de l'attaque au camion à Stockholm (Suède), le 8 avril 2017.
Frankie Fouganthin CC BY-SA 2.0
12 Avril 2017

Lorsque la terreur frappe, les médias sont indispensables pour assurer l’accès des personnes touchées aux informations dont elles ont tant besoin. Cependant, la couverture du terrorisme peut parfois s’avérer disproportionnée et sensationnaliste, et persuader des populations entières qu’elles se trouvent en situation de danger imminent alors que le niveau de risque est en réalité relativement faible.

Dans le droit fil de la publication de l’UNESCO Les médias face au terrorisme : Manuel pour les journalistes, nous examinons quelques-uns des mythes les plus répandus sur le terrorisme et ce qu’en disent les faits :

MYTHE : Les pays occidentaux sont les plus touchés par le terrorisme

Lorsque l’on parle de terrorisme, il est important de se placer dans une perspective globale. Les médias tendent à favoriser la proximité géographique ou culturelle dans la couverture de telles tragédies. Par conséquent, les attaques qui se produisent en Europe ou en Amérique du Nord ont tendance à être surreprésentées dans les médias internationaux, européens et nord-américains. En fait, la plupart des attaques terroristes ont lieu dans les régions du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, d’Asie du Sud et d’Afrique subsaharienne, et représentent 84% des attaques et 95% des décès (2015). (Source)

Voir la section « Penser global »

MYTHE : L’Europe de l’Ouest n’a jamais été autant touchée par des attaques terroristes qu’aujourd’hui

En réalité, la période entre 1970 et le début des années 1990 a été marquée par un nombre plus élevé de décès et des attaques bien plus fréquentes en Europe de l’Ouest, notamment de groupes séparatistes ou révolutionnaires. Pourtant, aujourd’hui, les progrès dans le développement des médias – technologie mobile, réseaux sociaux et chaînes d’actualités en continu – mettent les citoyens face à une diffusion en continu d’attaques, attisant de fait leur sentiment d’insécurité. De tels événements rares semblent alors plus courants qu’ils ne le sont réellement. (Source)

Voir la section « La couverture des différents types de terrorisme »

MYTHE : La peur du terrorisme est rationnelle – le terrorisme est susceptible de vous tuer

Le terrorisme peut provoquer un fort sentiment de peur, parfois involontaire, mais une bonne compréhension du niveau de risque réel est nécessaire. Bien que le terrorisme soit unique dans sa capacité à choquer et à effrayer, le niveau réel de risque pour un citoyen reste relativement faible, notamment lorsqu’on le compare à de nombreux autres phénomènes. Le nombre de décès liés au terrorisme à l’échelle mondiale était en 2015 de l’ordre de 0,39 pour 100 000 habitants. À titre de comparaison, selon l’Organisation mondiale de la santé, les accidents de la route ont causé 18,2 décès pour 100 000 habitants en 2015. (Sources : 1 | 2)

Voir la section « Face à la peur »

MYTHE : Les réfugiés et les nouveaux migrants engendrent le terrorisme

La majorité des attaques terroristes perpétrées ces dernières années l’ont été par des citoyens nés dans le pays concerné. Comme l’a dit le Secrétaire général des Nations Unies António Guterres, alors Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, « ce n’est pas l’exode de réfugiés qui engendre le terrorisme, c’est le terrorisme, la tyrannie et la guerre qui engendrent les réfugiés. » D’après un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, « il ne semble guère que les flux de réfugiés servent à la perpétration d’actes de terrorisme […] Il fa[ut] combattre les perceptions de ce genre, qui [ne sont] étayées par aucune analyse ni donnée statistique. » Craindre et diaboliser les groupes de réfugiés en les accusant d’actes terroristes peut aggraver leur situation déjà particulièrement vulnérable. (Sources : 1 | 2)

Voir la section « Les amalgames »

MYTHE : Les habitants de nombreuses villes « de l’Ouest » vivent dans des zones de guerre permanentes

Lorsque l’on discute d’un tel sujet, le choix des mots utilisés peut être extrêmement important, et le mot « guerre » en est un exemple. Garder le sens des proportions lorsqu’il est question de guerre est essentiel. Comme le notait Dominique Faget de l’Agence France-Presse, « la guerre, […] c’est vivre dans une peur quotidienne de la mort, avoir sans cesse l’impression d’être en sursis, n’être en sécurité nulle part. C’est voir chaque jour des gens tomber autour de soi, sous les balles et les obus qui pleuvent sur des villes entières. » (Source)

« Terrorisme » est un autre mot à prendre en compte – à quel moment une attaque doit-elle être décrite comme terroriste et, au contraire, à quel moment non ? Lisez notre publication pour plus d’information.

Voir la section sur « Les mots »


Il est indispensable de comprendre ce qui se cache derrière la couverture de questions majeures telles que le terrorisme – les motivations des médias, les objectifs des groupes terroristes. Le réel danger du terrorisme est que la peur et la suspicion déclenchent une nouvelle vague de nationalisme et de populisme, et que les libertés que nous avons eu tant de mal à atteindre soient sacrifiées. C’est pourquoi la couverture médiatique doit éviter d’entretenir les divisions, la haine et la radicalisation aux deux extrêmes de la société en fournissant des informations et des faits vérifiables.


Une version électronique du manuel est disponible en ligne ici.

Plus d’information sur le travail de l’UNESCO pour prévenir l’extrémisme violent, les médias en situation de crise et de catastrophe et l’éducation aux médias et à l’information.

 

 


Vidéo

Jean-Paul Marthoz, auteur de Les médias face au terrorisme, présente les grandes lignes de cette nouvelle publication de l’UNESCO.


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