La santé de l’océan, la lutte contre la perte de biodiversité et le traitement des agents infectieux font partie des plus grands défis pour l’avenir de l’humanité et de la planète

Des scientifiques de premier plan, membres du Conseil consultatif scientifique du Secrétaire général de l’ONU, ont identifié les défis scientifiques majeurs à relever pour garantir la durabilité lors de leur 3e réunion, qui s’est tenue à Kuala Lumpur, en Malaisie, les 25 et 26 mai. La fonction principale du Conseil est de formuler, à l’intention du Secrétaire général de l’ONU et du système onusien, des avis en matière de science, de technologie et d’innovation (STI) au service du développement durable. Établi par l’UNESCO au nom de Ban Ki-moon, le Conseil rassemble les capacités collectives de l’ensemble des disciplines scientifiques, en tenant dûment compte des dimensions sociale et éthique du développement durable.

« Cette année, les États membres vont prendre des décisions qui façonneront un avenir meilleur pour tous, » a expliqué Ban Ki-moon dans son message au Conseil. « Nous devons exploiter toute la puissance et toute l’autorité des sciences, pour façonner et mettre en œuvre le programme de développement pour l’après-2015, que ce soit au niveau local, national, régional ou mondial. Le rôle du Conseil consultatif scientifique est essentiel pour aider les États et les sociétés à tracer de nouvelles voies vers un développement plus durable et plus inclusif. »

La réunion du Conseil consultatif scientifique a été officiellement ouverte par le Premier ministre adjoint de Malaisie, Tan Sri Dato' Muhyiddin Mohd Yassin, qui a souligné le rôle clé de la science dans la création d’emploi et de revenu, la réduction de la pauvreté et la sauvegarde du patrimoine commun. « Réaliser chacune des priorités mondiales nécessitera la contribution de la science – la science, sur laquelle repose presque toutes nos actions, nous concerne tous. »

Le Conseil a conclu sa 3e réunion par des recommandations sur un éventail  de sujets, dont la façon de coordonner la collecte de données à l’échelle globale et de créer un accès capable de réduire la fracture de données entre riches et pauvres, l’amélioration de l’utilisation des connaissances scientifiques dans l’élaboration des politiques à tous les niveaux, ainsi que des conseils sur les risques liés au changement climatique.

« Jamais auparavant le monde n’a eu tant besoin de connaissances et d’expertise scientifiques solides pour mieux comprendre et aborder des défis mondiaux en recrudescence, » a déclaré la Directrice générale de l’UNESCO et co-présidente de la réunion, Irina Bokova. « Le Conseil consultatif scientifique réunit des spécialistes de diverses disciplines, allant au-delà des limites thématiques et des politiques. Nous avons justement besoin de ce genre de vision à 360 degrés pour mieux comprendre les défis auxquels le monde doit faire face aujourd’hui, et mettre au point de nouvelles solutions – axées sur une vision – pour les relever. »

Le Professeur Tan Sri Zakri Abdul Hamid, conseiller scientifique auprès du Premier ministre de Malaisie et co-président du Conseil, a souligné que « le Conseil consultatif scientifique du Secrétaire général de l’ONU reflète la mondialisation de la science, de plus en plus interconnectée et multidisciplinaire. Notre défi maintenant est de savoir comment tirer le plus grand profit de cette science mondiale ; comment assurer la meilleure utilisation des apports de la science quant aux questions actuelles et mondiales ; et comment se préparer aux opportunités et aux défis de l’avenir. »

Conclusions et recommandations du Conseil consultatif scientifique du Secrétaire général de l’ONU

Les plus grands défis pour l’avenir de l’humanité et de la planète

En décembre dernier, le Secrétaire général Ban Ki-moon a demandé aux membres de son conseil consultatif d’identifier pour examen « vos préoccupations scientifiques concernant l’avenir de l’humanité et de la planète. » Face à cette « excellente occasion de tirer profit du savoir et de l’expérience vaste et variée de tous les membres, » le Conseil a réagi en menant une « étude Delphi » sur l’avenir de l’humanité et de la planète, et en identifiant les « grandes idées » à porter à l’attention du Secrétaire général.

Émise par chaque membre du Conseil : la suggestion d’une « grande idée qui aurait un impact planétaire en faveur de la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD) au cours des 15 prochaines années. » Dans un deuxième temps, les membres du Conseil ont classé toutes les suggestions reçues ; enfin, seules les premières idées ont été sélectionnées pour être soumises au Secrétaire général.

La liste des principales préoccupations du Conseil comprend :

  • Un océan, plusieurs pays : construire une « économie bleue » de façon durable
  • Aborder les menaces à la biodiversité et mettre en place un nouveau modèle pour les tropiques mondiaux
  • Développer une stratégie détaillée contre les agents infectieux, notamment un système mondial de réponse immédiate
  • Investir une fraction du PIB dans la recherche et l’éducation en sciences fondamentales
  • Éviter les grandes catastrophes humaines grâce à un système de prédiction
  • Technologie sans émission de carbone : évoluer au-delà du modèle des combustibles fossiles
  • Fournir de l’eau potable à tous
  • Trouver des solutions pour un monde accablé par une utilisation inégale des ressources et une croissance constante de la population

 

 

 

L’étude est dirigée par le membre du Conseil, Abdallah Daar. Les conclusions complètes seront présentées au Secrétaire général en juillet.

Améliorer l’interface entre science et politique

Selon le Conseil, « l’humanité a d’ores et déjà largement dépassé plusieurs frontières planétaires. Seul l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes, leur restauration à grande échelle et une planification des naissances efficace pourront rétablir l’ordre dans la régulation biotique à l’échelle mondiale, et éviter l’effondrement des écosystèmes, notamment celui de l’espèce humaine. »

Le Conseil demande à ce que le Rapport mondial sur le développement durable fournisse une « évaluation scientifique de qualité qui sache faire face aux préoccupations majeures. En effet, le rapport de synthèse du Secrétaire général (2014) en est un parfait exemple, car il a traité de questions alors cruciales, telles que l’inégalité, la population et les droits des femmes. La réduction des inégalités, la mise en place d’une planification des naissances efficace et l’autonomisation des femmes sont les conditions sine qua non pour faire face aux défis économiques, environnementaux et sociaux qu’affronte le monde aujourd’hui. »

Le Conseil annoncera dans une note de politique une série de recommandations sur le renforcement des mécanismes de collaboration entre les scientifiques et les responsables politiques, afin de surmonter les problèmes définis et de garantir une place majeure à la science au sein du Forum politique de haut niveau des Nations Unies, et d’augmenter ainsi son efficacité.

Le groupe de travail est dirigé par le membre du Conseil, Maria Ivanova.

La révolution des données : réduire l’écart de données entre riches et pauvres

Prenant note de son rôle en tant que moteur de développement durable dans le monde, le Conseil a préparé une note de politique sur les « Mégadonnées » et la Révolution de l’information. Tandis que « ceux qui ont accès aux données et à l’information bénéficient de plus de pouvoir que ceux qui n’en ont pas… une part importante d’habitants n’y a pas facilement accès, » a averti le Conseil. Il est indispensable de mettre l’accent sur les efforts visant à « réduire plutôt qu’à creuser l’écart de données entre riches et pauvres » et à « favoriser l’équité en matière d’accès et d’utilisation des données et de l’information, entre les pays et les parties prenantes. »    

En soulignant la réduction de la fracture numérique comme possible solution à des problèmes à premier abord sans aucun lien, tels que l’inégalité des genres et la pauvreté en milieu rural, le Conseil a considéré mettre l’accent sur des approches inclusives qui se concentrent davantage sur l’exploitation des connaissances de tout genre, que sur les données, afin de faciliter la diffusion et l’utilisation de plusieurs types d’information par tous. Les systèmes de surveillance communautaires, qui  aident les communautés locales et autochtones à faire l’inventaire de leurs ressources et à mettre en œuvre des plans de développement communautaire guidés par leur savoir traditionnel et leurs valeurs culturelles, ont été cités à titre d’exemple de bonnes pratiques.

Le groupe de travail est dirigé par le membre du Conseil, Wole Soboyejo.

Recommandations sur le changement climatique en amont de COP21 : note de politique sur les risques liés au changement climatique

Le changement climatique peut être présenté comme une question liée à la gestion des risques, et les risques s’amplifient d’année en année au fur et à mesure que les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter. Les décideurs politiques ayant besoin d’une évaluation complète des risques avant de prendre des décisions éclairées et d’établir des priorités en matière de mesures d’atténuation et d’adaptation, le Conseil produit actuellement une note de politique sur les risques systémiques de haut niveau liés au changement climatique et les moyens nécessaires pour développer une approche fondée sur les risques. Celle-ci devra communiquer sur les risques liés au changement climatique aux décideurs politiques.

Ce groupe de travail est dirigé par le membre du Conseil, Carlos Nobre.

La réunion de deux jours a été co-présidée par la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, et Zakri Abdul Hamid, conseiller scientifique auprès du Premier ministre de Malaisie. Le Secrétariat du Conseil consultatif scientifique est assuré par l’UNESCO ; la réunion a été organisée par le gouvernement malaisien et le Groupe industrie-gouvernement malaisien pour la haute technologie (MIGHT).

Le Conseil consultatif scientifique du Secrétaire général des Nations Unies

Le Conseil consultatif scientifique a été créé en 2013 à la demande du Secrétaire général de l’ONU afin d’informer le débat sur le développement durable. Le Conseil est composé de 26 scientifiques représentant toutes les régions et de nombreuses disciplines scientifiques pertinentes pour le développement durable : l’ingénierie, les sciences politiques et naturelles sont représentées ainsi que la recherche sur l’océan, le climat ou la biodiversité. En outre, tous les membres du Conseil ont une expérience vaste et diversifiée de la coopération scientifique internationale ainsi que de l'interface science-politique-société.

Les membres du Conseil ont été nommés à titre personnel et occupent leur poste de manière bénévole. Ils sont indépendants de leur gouvernement ou employeur respectifs dans cette fonction. Le Secrétaire général de l’ONU nomme les membres du Conseil pour une durée de deux ans renouvelable une fois.

Membres du Conseil : http://fr.unesco.org/un-sab/members

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