Soutenons le rapprochement à travers le patrimoine commun de la Route de l’esclave

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Promoting rapprochement through the shared heritage of the Slave Route
© UNESCO

En lançant le projet La Route de l’esclave en 1994, l’UNESCO s’est engagée à révéler cette réalité historique. La célébration du 20e anniversaire du projet La Route de l’esclave a donc été une opportunité de faire connaître le chemin parcouru depuis sa création, ainsi que les efforts accomplis pour que cette tragédie devienne une source d’inspiration pour les générations présentes et futures.

Dans un vibrant hommage, Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, a qualifié le projet La Route de l’esclave « d’être un des projets phares de l’UNESCO. » Elle a rappelé que « si le crime a  mobilisé plusieurs nations, la mémoire du crime peut aujourd’hui, dans un mouvement inverse, rapprocher les nations, et éclairer les connexions irréversibles qui se sont créées entres les peuples. »

Federico Mayor, ancien Directeur général de l’UNESCO, a lui aussi réitéré l’importance de ce projet dans un message adressé à l’occasion de cette célébration : « Nous tirons les leçons d’humanisme que la Route de l’esclave nous a données. Pour pardonner mais non pas oublier. Pour illuminer les routes présentes et les routes conduisant à un avenir avec des horizons plus clairs for tous les humains sans exception. »

Sous la devise ‘Témoignages, empreintes et créativité’, la célébration a débuté par une table-ronde intitulée « De la Route de l’esclave à la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2015-2024) ». Parmi les participants, Nelly Schmidt et Sir Hilary Beckles, membres du Comité scientifique international du projet, mais également Mactar Ndoye, Représentant du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme, et S.E. Courtenay Rattray, Président du Comité du mémorial permanent en l’honneur des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique à New York. Ils ont présenté les enjeux de cette histoire et discuté du rôle que l’UNESCO pourra jouer à travers ce projet dans la mise en œuvre de la Décennie des personnes d’ascendance africaine, lancée l’année prochaine par les Nations Unies.

Le responsable du projet à l’UNESCO, Ali Moussa Iye, y a rappelé les grandes réalisations du projet, notamment la numérisation de 200 000 documents historiques, la mise en œuvre d’outils pédagogiques pour l’éducation, l’inscription de 44 sites et bien liés à cette histoire sur la Liste du patrimoine mondial et l’inscription de nombreuses pratiques, expressions culturelles et traditions orales sur la Liste du patrimoine immatériel. Il a proposé des pistes à explorer dans le domaine de la culture, telles que les multiples apports culturels, techniques, philosophiques et spirituels des personnes d’ascendance africaine. Il a souligné que l’UNESCO est équipée pour contribuer à la mise en œuvre de cette Décennie dont le thème est « Reconnaissance, justice et développement ».

Doudou Diène, ancien Directeur des projets des Routes interculturelles de l’UNESCO, a appelé à reconsidérer l’esclavage non seulement comme une histoire du passé, mais aussi comme un enjeu pour les sociétés contemporaines. D’après lui, le dialogue et la compréhension interculturels restent à réaliser. Afin de présenter les riches facettes de l’histoire de l’esclavage, l’exposition « Africains en Inde : du statut d’esclave à celui de général et de gouvernant » a été inaugurée en présence de l’Ambassadeur de l’Inde, Mme Ruchira Kamboj. Cette dernière a vivement souligné cette contribution harmonieuse, en notant que « l'ouverture d'esprit de la société indienne » a permis à la minorité africaine de s’intégrer. « L’Inde a prouvé dans son histoire que la diversité ne consiste pas à séparer les hommes mais à les rapprocher. »

Cette cérémonie commencée solennellement s’est poursuivie à un rythme frénétique de fervents hommages, ponctués de  performances artistiques hautes en couleur où s’est exprimée toute la palette du patrimoine africain. Marcus Miller, Artiste pour la paix de l’UNESCO et porte-parole du projet La Route de l’esclave, en a profité pour rappeler que « la musique est le plus important héritage que les esclaves ont pu maintenir vivant au long des siècles. »

L’allocution de Christiane Taubira, Garde des sceaux française et auteure de la loi de 2001 qui porte son nom reconnaissant l’esclavage comme un crime contre l’humanité, a été le point d’orgue de cette cérémonie. « L’enjeu aujourd’hui est de comprendre cette mondialisation qui sépare pour mieux exploiter, » a-t-elle dit. La notion de mondialisation doit être remplacée par celle de « mondialité, celle de la rencontre de l'autre, pour que jamais l’autre ne devienne un objet. »

Cette célébration a donné une place de choix aux femmes, en hommage au rôle déterminant qu’elles ont joué dans la résistance contre l’esclavage et la transmission des cultures et de la mémoire, rôle souvent méconnu.

Parmi les nombreuses images qui resteront sans doute gravées dans l’esprit des participants, celle de l’envolée majestueuse, autour du globe symbolique, de soixante-dix colombes, préfigurant le 70e anniversaire de l’UNESCO, et celle de Marcus Miller, dialoguant en musique avec d’autres musiciens et danseurs lors de la « jam session » à la réception offerte par la délégation des Etats-Unis d’Amérique.