L'Unesco commémore la journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre des journalistes

"Au cours des dix dernières années, plus de 700 journalistes ont été tués parce qu'ils transmettaient des informations au public". C'est en rappelant cette réalité, que la directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, a inauguré le 2 novembre 2015, un évènement organisé au siège de l'Organisation à Paris, pour marquer la journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre des journalistes.

L'atelier était animé par Madame Christiane Amanpour, ambassadrice de bonne volonté de l'Unesco pour la liberté d'expression et la sécurité des journalistes, et correspondante internationale en chef de CNN, avec des intervenants clés comme Madame Alice Bah Kuhnke, ministre suédoise de la Culture et de la démocratie, et Madame Béthsabée N. Crocker, adjointe au secrétaire d'État chargée des affaires liées aux Organisations internationales. Suite à cela, un débat a eu lieu avec Madame Marie-Solange Poinsot, la mère de la journaliste Ghislaine Dupont, été tuée le 2 novembe 2013 au Mali. Etaient également présents Madame Janine Di Giovanni, en charge de la rubrique Moyen-Orient à Newsweek, Mr. Frank LaRue, directeur Europe de l'organisation Robert F. Kennedy pour les droits de l'Homme et Madame Christiana Chelsia Chan, du Conseil de la presse d'Indonésie.

Sur 12 cas de journalistes tués, seulement un est résolu, selon le rapport de l'Unesco Tendances mondiales en matière de liberté d'expression et de développement des médias - Regards sur le numérique 2015, présenté lors de l'évènement. "A chaque fois qu'un journaliste est tué, je me lève et appelle à ce que justice soit faite", a pour sa part déclaré Irina Bokova.

De son côté, la ministre suédoise de la Culture et de la Démocratie, Alice Bah Kuhnke a rappelé le ferme soutien de son gouvernement à la liberté d'expression et pour la sécurité des journalistes. "Je promets, qu'aussi longtemps que je serai ministre de la Culture et de la Démocratie en Suède, la liberté d'expression restera ma principale priorité", a-t-elle affirmé. "La mort de journalistes dans l'exercice de leurs fonctions est un échec pour une société démocratique, et chaque jour où cela ce produit, est une journée de deuil", a-t-elle ajouté.

L'adjointe au secrétaire d'État chargée des affaires liées aux Organisations internationales, Madame Béthsabée N. Crocker a également réaffirmé le soutien de son gouvernement au programme de l'Unesco pour la liberté d'expression, et l'importance que revêt pour le 58ème membre du Conseil Exécutif de l'Organisation d'œuvrer dans le sens de "la diplomatie qui peut parfois être nécessaire pour obtenir la libération de journalistes emprisonnées ou de détenus politiques, pour des motifs humanitaires".

Les participants à l'évènement eurent ensuite un échange dynamique, animé par Christiane Amanpour.

La première à prendre la parole était Marie-Solange Poinsot, la mère de Ghislaine Dupont, journaliste française de radio, qui a été kidnappée puis tuée, avec son collègue Claude Verlon le 2 Novembre 2013 au Mali. C'est en leur honneur que l'Assemblée Générale des Nations Unies a proclamé le 2 novembre Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes. "Nous avons toujours les mêmes questions restées sans réponses", a confié Madame Poinsot au sujet de l'absence de résolution qui a suivi le meurtre de sa fille et de M. Verlon. "Ce qui est difficile à supporter, c'est le silence", a-t-elle déclaré, alors que l'association des amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon a tenté de garder espoir.

Commentant le nouveau rapport "Tendances mondiales", la responsable de la rubrique Moyen-Orient Janine Di Giovanni a qualifié le nombre de journalistes tués de "choquant et effrayant". Elle a souligné l'importance que représentait la protection des journalistes locaux qui travaille "courageusement". Appelant à l'action, elle a déclaré : "Nous ne pouvons laisser les gens qui les emprisonner, qui les tuent, qui nous tuent, s'en tirer à bon compte".

Frank LaRue, directeur Europe de l'organisation Robert F. Kennedy pour les Droits de l'Homme l'a rejointe sur ce point. Même si de nombreuses personnes voient le journalisme comme une profession dangereuse, "personne ne doit perdre de vue qu'ils méritent une meilleure protection parce qu'ils défendent notre droit à être informés". Il a également souligné qu'il était important que les dirigeants politiques expriment publiquement la valeur du journalisme et le rôle qu'a la société civile pour lutter contre le discours de haine.

Enfin l'experte du Conseil de la presse d'Indonésie Christiana Chelsia Chan a évoqué les lignes directrices fournies aux médias par le Conseil de la presse d'Indonésie comme modèle pour les intermédiaires de l'Internet dans le rôle qu'ils peuvent jouer en faveur de la promotion de la liberté d'expression.

En guise de conclusion, Madame Amanpour a remercié les invités et particulièrement Madame Poinsot pour avoir partagé son expérience. "Sans justice, rien de tout cela ne sera résolu", a affirmé Madame Amanpour insistant sur le combat contre l'impunité.

Un vidéo de l'évènement est disponible en cliquant sur le lien suivant : mms://stream.unesco.org/vod/021115_end_impunity_en.wmv

Vous pouvez consulter en ligne le rapport Tendances mondiales en matière de liberté d'expression et de développement des médias - Regards sur le numérique 2015

Le rapport Tendances mondiales, a été soutenu par le gouvernement suédois, avec la participation de l'association Internet Society, du réseau Open Society Foundations, de l'école de Communication Annenberg affiliée à l'université de Pennsylvanie, de l'université d'Oxford, et le World Editors Forum au sein de l'Association mondiale des Journaux et publicateurs d'informations.