L’UNESCO mobilise la communauté internationale pour mettre fin au nettoyage culturel en Iraq

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© UNESCO

Depuis le début du conflit en Iraq, outre la perte tragique de vies humaines et la crise humanitaire liées à la persécution des minorités culturelles et religieuses, le patrimoine culturel est la cible de destructions intentionnelles, dont le but est clairement d'effacer l'histoire du pays ainsi que les identités et la diversité de ses habitants.

La Directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova, a exprimé à maintes reprises le choc et l'indignation provoqués par ces attaques, qu'elle a qualifiées de crimes de guerre. Elle a contacté le Conseil de sécurité des Nations Unies, a alerté la Cour pénale internationale et a informé le Secrétaire général de l'ONU de la mise en place, par l’UNESCO, d’une vaste coalition de partenaires afin d’élaborer une réponse vigoureuse à l’échelle du système en vue d’une mise en œuvre effective de la résolution 2199 des Nations Unies. Adoptée le 12 février 2015, cette dernière condamne la destruction du patrimoine culturel et adopte des mesures juridiquement contraignantes pour lutter contre le trafic illicite des antiquités et des objets culturels d'Iraq et de Syrie.

Musée de Mossoul

Après la diffusion le 26 février 2015 d’une vidéo montrant la destruction choquante de collections du musée de Mossoul par des groupes extrémistes, la Directrice générale a demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l’ONU. « La destruction systématique de ces éléments emblématiques du patrimoine iraquien, dont nous sommes les témoins depuis plusieurs mois, est intolérable et doit cesser immédiatement, » a-t-elle déclaré.

En tant que deuxième plus grand musée d’Iraq, le musée de Mossoul abrite des centaines d'objets d'origine assyrienne, certains datant de plus de 3 000 ans. En 2003, quelques 1 500 objets avaient été déplacés en lieu sûr au musée de Bagdad, mais d'autres statues - trop grandes ou trop fragiles – étaient restées à Mossoul. Parmi celles-ci se trouve le Lamassu, un dieu assyrien représenté avec une tête humaine, le corps d’un taureau et des ailes. Il était le gardien de la porte de Nergal de l’ancienne ville mésopotamienne de Ninive, jadis la plus grande capitale du monde.

Nimrud

Le 5 mars, en réponse à des informations confirmées relatant la destruction au bulldozer de la ville de Nimrud, la Directrice générale a « saisi le président du Conseil de sécurité des Nations Unies, et le procureur de la Cour pénale internationale. » Elle a exhorté la communauté internationale à « unir ses efforts, en solidarité avec le gouvernement et le peuple iraquien, pour stopper cette catastrophe ». La destruction délibérée du patrimoine culturel est un crime de guerre, comme il est clairement indiqué dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

Fondée au 13ème siècle avant JC, Nimrud était considérée comme la seconde capitale de l'empire assyrien. La ville, qui a été construite bien au-dessus du niveau de la rivière, a acquis une renommée et a prospéré sous le règne du roi Assurnazirpal, qui a construit un grand palais et des temples et dont le fils a construit le monument connu comme la Grande Ziggourat. Des fouilles dans les années 1980 ont révélé trois tombes royales remplies de trésors merveilleux, avec des fresques et des œuvres célèbres dans le monde et vénérées dans la littérature et les textes sacrés.

Hatra

Deux jours plus tard, le 7 mars, des groupes extrémistes ont frappé Hatra, ville inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Conjointement avec Dr Abdulaziz Othman Altwaijri, Directeur général de l'ISESCO (Organisation islamique pour l'éducation, les sciences et la culture), la Directrice générale a considéré la destruction comme « un tournant dans la stratégie effroyable de nettoyage culturel actuellement en cours en Iraq. »

Grande cité fortifiée datant du 3e siècle avant JC, Hatra était à l’origine une petite colonie assyrienne qui est ensuite devenue une forteresse et un centre de commerce. Ses vestiges, au milieu du désert à 110 km au sud-ouest de Mossoul, témoignent de son rôle d’étape majeure sur la célèbre Route de la soie orientale. Dans le centre de cette ville de deux kilomètres se trouve un complexe de temples dédiés à plusieurs divinités locales, dont le principal était le dieu solaire Shamash. Des sculptures représentant Apollon (appelé Balmarin dans le panthéon de Hatra), Poséidon, Éros, Hermès, Tyché (la déesse tutélaire de Hatra) et Fortuna ont été découvertes. Les Romains ont essayé à plusieurs reprises d'envahir « la ville du Dieu Soleil », mais ont échoué dans leurs entreprises. Tout comme Palmyre en Syrie, Petra en Jordanie, et Baalbek au Liban, Hatra est une autre des grandes villes arabes et a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial en 1985.

La communauté internationale s’est mobilisée avec l'UNESCO pour dénoncer le phénomène dangereux de nettoyage culturel actuellement en cours. Le 6 mars, l'Institut islamique égyptien Al-Azhar a émis une fatwa interdisant la destruction d'objets anciens. « Ces objets ont une importante signification culturelle et historique, » a déclaré Al-Azhar dans un communiqué. « Ils constituent un élément important de notre patrimoine collectif qui ne doit pas être lésé. » De même, le grand Ayatollah Sistani iraquien a dénoncé la destruction des sites antiques : « Avec Daesh qui détruit les trésors de Mossoul et l'héritage de la civilisation, cela devrait tous nous unir contre lui et contre sa barbarie. »