Zhenan Bao : retrouver le sens du toucher.

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Professor Zhenan BAO, laureate of the 2017 L'Oréal-UNESCO For Women in Science Award for North America
© L'Oréal Foundation
25 Avril 2017

Grâce à la peau électronique en polymère unique qu’elle a réalisée, le professeur Zhenan Bao pourrait aider les porteurs de prothèses à retrouver le sens du toucher. La scientifique cherche à transformer les polymères en une peau électronique aussi sensible au toucher que la peau humaine, en les transformant en matériaux conducteurs. Elle a reçu le Prix L’Oréal UNESCO pour les Femmes et la Science 2017 pour L’Amérique du Nord en reconnaissance de ses recherches.

Les applications envisagées pourraient voir le jour assez rapidement car, pour la talentueuse chimiste, tout s’accélère. Arrivée aux Etats-Unis en 1990 alors qu’elle était encore dans sa première année à l’Université de Nanjing, en Chine, où sa mère était professeur de chimie et son père professeur de physique, Zhenan Bao obtient cinq ans plus tard un doctorat en chimie organique et un poste dans les prestigieux Laboratoires Bell, spécialisés dans les télécommunications et l’informatique. Depuis, elle a co-signé environ 400 publications scientifiques, été honorée par plus de 40 prix et distinctions et obtenu plus de 60 brevets.

Désignée en 2015 comme l’une des dix personnalités ayant un impact considérable sur les sciences par la revue scientifique Nature, elle publie la même année une étude remarquable sur une peau électronique sensible au toucher. Ce polymère unique a été réalisé par les équipes de son laboratoire d’ingénierie chimique à l’université de Stanford (Californie). Le principe ? Un circuit électrique et un capteur de pression. A chaque pression exercée, la peau électronique génère un signal électrique, qui stimule avec succès le cerveau. Déposée sur une prothèse, cette peau électronique pourrait aider les personnes à retrouver le sens du toucher.

Soucieuse de donner des applications à ses recherches, Zhenan Bao a co-fondé une start up en 2010. La prolifique chercheuse veut non seulement créer le matériau innovant mais aussi, en développer les prototypes. Le besoin d’aller jusqu’au bout de ses idées et inventions lui vient peut-être de son enfance, passée au milieu des flacons d’eau distillée, dans le campus universitaire où ses parents enseignaient : « Mon père était physicien et ma mère chimiste. Petite, j’étais fascinée par les variations de couleurs du papier pH et la beauté des microprocesseurs sur une feuille de silicium ».

Aujourd’hui mère de deux enfants, la chercheuse reconnaît l’influence majeure de ses parents sur son choix de carrière. D’autres modèles tels que Edwin Chandross, ancien directeur dans les Laboratoires Bell, ou Elsa Reichmanis, ancienne manager chez Bell Labs et actuellement professeur au Georgia Institute of Technology à Atlanta (Etats-Unis), l’ont conforté dans son cheminement. A 45 ans, elle affirme que son plus grand challenge a été de comprendre qui elle était, de percevoir ses propres passions et faiblesses, condition sine qua non pour gagner en confiance et surmonter les challenges scientifiques. La profusion des innovations et applications de Zhenan Bao provient certainement, aussi, de la pluridisciplinarité de ses équipes. Croiser l’expertise de physiciens, de biologistes, de chimistes et d’ingénieurs est source d’enthousiasme pour celle dont les découvertes s’enchainent aussi rapidement que sa notoriété s’étend.

Les Prix L’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science 2017

Pour cette édition 2017, le Prix L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science a célébré 5 femmes scientifiques éminentes pour leur excellence, leur créativité et leur intelligence. Les prix récompensent chaque année cinq femmes issues des cinq régions du monde (Afrique et États Arabes, Asie-Pacifique, Europe, Amérique Latine, Amérique du Nord) pour leur contribution aux progrès de la science. Depuis 19 ans, ont été soutenues plus de 2 700 jeunes femmes scientifiques issues de 115 pays et 97 Lauréates, chercheuses confirmées, incluant les professeurs Elizabeth H. Blackburn et Ada Yonath, qui ont par la suite reçu le Prix Nobel.