Caroline Vuillemin : la radio vue comme une plate-forme de dialogue

08 Février 2016

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Caroline Vuillemin, Fondation Hirondelle

La radio demeure l'outil d'information privilégié dans les situations de crise, en raison de sa capacité d’atteindre le plus grand nombre de personnes dans les plus brefs délais. A l'occasion de la Journée mondiale de la radio (13 février), dont l'édition 2016 est consacrée à « La radio en situation d’urgence et de catastrophe », Caroline Vuillemin, Directrice des opérations à la Fondation Hirondelle (Suisse), se penche sur le rôle de la radio notamment dans les pays fragilisés. C'est dans ces pays que le besoin de médias indépendants et citoyens est le plus pressant et c'est dans ces mêmes pays que l'on rencontre les plus grandes difficultés pour les implanter. Depuis plus de 20 ans, la Fondation Hirondelle s'y emploie, aux quatre coins du monde. Quasiment tous ses projets sont liés à la radio.

Pourquoi précisément la radio ?

Quand on veut s'adresser au plus grand nombre, notamment dans des pays où l'infrastructure des transports est insuffisante, alors qu'elle est indispensable à la distribution des médias imprimés, et où l'alimentation électrique pose des problèmes, la radio reste le média le plus accessible : un petit transistor à piles suffit. C'est encore plus vrai dans des situations graves, lorsque les populations sont forcées de se déplacer ou de fuir.

Par ailleurs, la radio est un média d'information orale qui ne nécessite pas des compétences de lecture, ce qui lui permet d'atteindre – dans différentes langues – un public beaucoup plus large que les médias écrits, y compris les médias sociaux.

En comparaison avec ceux-ci, la radio présente encore un autre atout de taille : ses utilisateurs sont anonymes, ce qui n'est pas du tout le cas des internautes. Et l'on sait que dans de nombreux pays les opérateurs sont tenus livrer les coordonnées de leurs clients aux gouvernements.

En terme de coût, c'est un média qui ne nécessite pas de gros investissements. Aujourd'hui, vous pouvez partir en reportage avec un enregistreur et un ordinateur portable suffit pour faire le montage de l'émission sur place. La diffusion s'est aussi beaucoup simplifiée grâce au numérique. Vous n'avez pas besoin de toute une équipe de cameramen, d'éclairagistes, de présentateurs, etc., pour produire un reportage de qualité. Cela confère à la radio une grande flexibilité et une importante capacité de réaction.

Un dernier point sur votre question : la Fondation Hirondelle est née en 1995, à la suite du génocide au Rwanda, grâce à des journalistes de radio, qui avaient à cœur ce média et qui savaient à quel point la voix était capable de créer un lien humain très fort avec le public, justement parce que l'absence d'image sollicite l'imagination des auditeurs. Un an plus tôt, la section suisse de Reporters sans frontières avait créé la Radio Agatashya (Hirondelle), à la frontière zaïroise et rwandaise, comme antidote à la tristement célèbre Radio des Milles Collines. La Fondation Hirondelle a repris cette radio, qui avait fonctionné jusqu'en octobre 1996.

Vous avez dit que l'un des atouts de la radio était de s'adresser aux populations dans leurs langues. Dans combien de langues les programmes que vous avez soutenus ou créés sont-ils diffusés ?

Nous nous adaptons aux réalités démographiques des pays. Actuellement, nous avons neuf opérations dans le monde, dont l'un est un média web, en anglais et en français, qui traite de la justice transitionnelle à travers le monde (Justice Info Net), et huit sont des radios qui diffusent au total dans une vingtaine de langues. 

Pour vous donner un exemple, au Mali, le Studio Tamani produit des journaux d’information quotidiens en cinq langues: bambara, français, peulh sonrhaï et tamasheq.


Studio Tamani : entretien avec Lazare Eloundou Assomo, représentant de l'UNESCO au Mali. © Fondation Hirondelle

En 2000, en République centrafricaine, nous avons lancé la Radio Ndeke Luka, en français et en sango. Cela reflète la réalité linguistique du pays. L'ensemble des 3,5 millions de Centrafricains partage le sango et il n'y a pas de clivages linguistiques, contrairement à la situation en République démocratique du Congo (RDC), par exemple, où le lingala et le swahili marquent, chacun "son territoire", à l'ouest et à l'est du pays. Ici, la Radio Okapi diffuse dans encore trois autres langues: français, kikongo et tshiluba.

Mais c'est au Liberia que nous avions "fait exploser" le nombre de langues, en diffusant Star Radio en 17 langues ! Nous pensions que les auditeurs trouveraient cela rocambolesque, mais il n'en fut rien. Chaque langue s'inscrivait dans sa grille de programme et cela fonctionnait parfaitement, rythmant en quelque sorte le quotidien des auditeurs qui savaient qu'à telle heure ils avaient rendez-vous avec la Star Radio. Comme les Libériens parlent tous plusieurs langues, cela leur permettait aussi de comparer les programmes et de s'assurer que nos bulletins d'information étaient strictement identiques dans toutes les langues. Cela ajoute, bien entendu, à notre crédibilité. Car une des valeurs fondamentales sur lesquelles repose notre action est le professionnalisme.

Sur quels autres principes et impératifs fondez-vous votre action ?

L'honnêteté, le service à la population, le respect de la diversité. Ces valeurs sont inscrites dans notre charte et sont reflétés dans la réalité de nos rédactions, composées d'hommes et de femmes de différents âges, qui appartiennent à différentes ethnies, lorsque le pays est pluriethnique.

Pour ce qui est des principes journalistiques, je voudrais insister sur le fait que nous travaillons sur l'information et non sur la communication, dans la mesure ou informer signifie relater des faits fiables, alors que communiquer revient à faire passer un message, c'est à dire à suggérer ce que l'on doit penser et ce que l'on doit faire.

Nos médias ne sont pas des médias d'opinion. Ils sont indépendants et établissent leurs programmes sans subir la pression de quiconque. Comme nous intervenons dans des pays en conflit ou en situation de post-conflit, notre ligne éditoriale consiste à favoriser le dialogue et le respect des droits humains, à contribuer à la reconstruction des sociétés, à se préoccuper des besoins vitaux des populations. La hiérarchie de l'information est établie en fonction de ces mêmes critères.

Une équipe éditoriale créée par la Fondation Hirondelle est donc essentiellement composée de journalistes locaux. Rencontrez-vous des difficultés à trouver des journalistes compétents ?

De bons journalistes, il y en a dans tous les pays. Ce qui est plus rare, ce sont les bonnes conditions dans lesquelles ils devraient pouvoir exercer leur métier. Dans les médias d'Etat, les journalistes se voient souvent imposer des restrictions, et dans les médias privés, des contraintes de divers ordres. Cela entrave leur expérience professionnelle.

Dans les médias indépendants que nous développons, ce sont les journalistes locaux qui ont en charge la production de l'information. En effet, il peut nous arriver de rencontrer des problèmes. Par exemple, nous venons de lancer, en janvier dernier, le Studio Kalangou, au Niger. Nous produisons des journaux d’information, des programmes d’éducation civique et une grande émission de débat et de dialogue, qui sont diffusés par un réseau de radios partenaires implantées à travers le pays. Les programmes sont diffusés en français, haoussa et zarma, mais notre ambition est de les produire également en peulh et en tamashek. Or, pour l'instant, nous n'avons pas pu trouver les compétences nécessaires dans ces deux langues. C'est à l'image de la réalité sociale du pays : au nord, l'accès à l'école et au travail est plus réduit que dans les autres régions.


Studio Kalangou © Fondation Hirondelle

Sur le plan de l'encadrement des équipes, s'il n'y a pas de compétences locales, nous sollicitons des experts de l'extérieur, comme par exemple au sein de Radio France, Radio Suisse romande, Radio Canada ou RTBF, pour ne parler que du domaine francophone. Au fil des années, nous avons développé des réseaux qui nous permettent de solliciter aussi des experts sénégalais, congolais ou ivoiriens. Ce qui compte n'est pas leur nationalité, mais leurs compétences. On leur demande de faire du coaching, de la formation continue et de transmettre à l'ensemble de l'équipe le principe de rigueur éditoriale, de sorte qu'en quelques années, les journalistes d'aujourd'hui deviennent les secrétaires de rédaction et les rédacteurs en chef de demain. C'est grâce à cette méthode que nos équipes en République centrafricaine et en RDC, sont désormais dirigées par des ressortissants du pays.

Mais il faut avouer que former des manageurs et des patrons de presse prend beaucoup de temps. Pour ces postes, la compétence éditoriale ne suffit pas : il faut connaître la gestion d'entreprise, au même titre que les mécanismes d'aide au développement, pour assurer la survie économique du média.

Assurez-vous des formations de gestion pour les professionnels locaux?

Nous avons lancé des stages de formation en Suisse et en France, mais il s'est avéré que la réalité des pays d'origine était trop éloignée de celle du pays où la formation était fournie. Cette expérience a certes ouvert de nouveaux horizons aux stagiaires, ce qui est très important, mais le savoir acquis n'était pas transposable dans leur milieu. Nous nous sommes rendus compte qu'il était plus pertinent de les former sur place, avec les contraintes et réalités qui sont les leurs, comme la sécurité, la génération de revenus, mais aussi le poids de la tradition. Je veux parler de certaines sociétés où il n'est pas "acceptable" que le représentant d'un groupe social puisse donner des instructions à un représentant d'un autre groupe social considéré comme "supérieur", par exemple. Le management en prend un coup, bien évidemment, et ce n'est pas dans une formation en Suisse qu'on aborde ce genre de questions.

Je dois dire que nos résultats sont mitigés sur le plan de la formation des gestionnaires. Une des expériences : la Star Radio, au Libéria. Elle a été créée en 1997, au moment des élections présidentielles qui allaient être remportées par Charles Taylor. En 2000, il ordonne la fermeture de la station. Les journalistes perdent leur travail, mais se recyclent pour la plupart dans les médias locaux. Quand, en 2005, Ellen Johnson Sirleaf est élue, l'interdiction d'émettre est levée et on rouvre la radio avec l'idée de créer une entreprise médiatique avec un propriétaire local. De 2005 à 2008, on met en place tous les différents aspects de la pérennisation : entité juridique propriétaire de la radio, conseil d'administration, régie publicitaire... En 2008 on constate que le conseil n'est pas très solide, que la régie publicitaire ne couvre que 20% du budget nécessaire… Les Libériens nous font comprendre que nous pouvons désormais les laisser gérer leur radio. Malheureusement, en 2010, Star Radio a vidé ses caisses et fermé ses portes.

Comment assurer la pérennisation d'une radio dans un environnement instable, précisément là où la population en a le plus besoin ?

Former les cadres à la gestion serait sans doute plus facile dans un environnement stable. Je vous ai donné l'exemple de la RDC et de la République centrafricaine où les équipes sont dirigées par des professionnels locaux. Eh bien dans le cas de la Radio Ndeke Luka, la crise politique profonde qui a affecté le pays en 2013 a failli l'anéantir. Cette radio avait pourtant réussi à rassembler, entre 2000 et 2012, deux fois plus d’auditeurs que les autres radios locales et internationales en République centrafricaine ! Un an avant la crise, sa régie publicitaire couvrait 30% des coûts.

Il y a des moments dans la vie où il faut penser à sauver sa peau plutôt que sa radio… Le conseil d'administration n'a pas pu honorer ses responsabilités, alors que l'équipe de management, qui a tenu la radio à bout de bras et bravé les barrages sous les tires, a fini par être psychologiquement affaiblie, sous l'effet des traumatismes. La responsabilité de la direction d'une radio dans de pareilles conditions est très lourde à porter. Je suis allée les voir en janvier dernier et j'ai bien compris qu'ils n'en pouvaient plus. Ils ne voient pas le bout du tunnel. On ne sait pas quelle sera l'attitude du prochain pouvoir à l'égard de la Radio Ndeke Luka.

Quels sont vos rapports avec les autorités nationales dans ces zones de crise?

Nous jouons toujours la transparence. Nous affichons publiquement ce que nous voulons faire, à savoir de l'information factuelle et vérifiée, et nous faisons ce que nous avons dit vouloir faire. De toute façon, nous dépendons d'autorisations officielles pour pouvoir émettre dans un pays. Dans certains cas, comme pour la Radio Okapi, en RDC, nous travaillons en collaboration avec l'ONU et c'est sa mission de maintien de la paix qui signe des accords avec le pays.

En Guinée, par exemple, nous avons déposé une demande de fréquence en 2011, et nous avons obtenu l'autorisation en août 2015. Il fallait attendre la fin des élections, puis la fin des nominations ministérielles, bref, toutes les demandes – pas seulement la nôtre – étaient gelées.


Studio Hirondelle - Guinée © Fondation Hirondelle

Dans ces cas là, notre stratégie consiste à travailler avec les médias existants. Nous créions des programmes dans notre Studio Hirondelle à Conakry et nous les diffusions par le réseau des radios rurales guinéennes et celui des radios privées de la capitale. Au Mali, nous n'avons pas demandé de droit de diffusion, et nous nous sommes appuyés sur les radios existantes, parmi lesquelles nous avons choisies celles qui partageaient nos valeurs.

Le paysage médiatique a beaucoup évolué au cours de ces 20 dernières années. A nos débuts, nous avions besoin de créer des radios de toute pièce. Aujourd'hui, des radios indépendantes existent un peu partout dans le monde et il est possible de créer des partenariats. C'est une approche qui devient de plus en plus courante.

Quels avantages présentent les partenariats avec la Radio des Nations Unies ?

Ces partenariats sont aussi avantageux pour la mission de l'ONU que pour la nôtre. Je vais vous donner un exemple. La mission de maintien de la paix de l'ONU en RDC souhaitait créer une radio qui unifie le pays. Cela devait être "la radio des Congolais" et non "la radio des Nations Unies". Ils avaient besoin d'une offre médiatique et d'une offre programmatique qui se rapprochaient d'une radio généraliste et qui dépassaient le cadre des informations diffusées par la radio de l'ONU sur sa mission.


Radio Okapi © Fondation Hirondelle

Nous avons apporté notre savoir faire : établir une équipe capable de travailler dans plusieurs langues, concevoir une ligne éditoriale adaptée à la situation du pays, créer un réseau qui couvre l'ensemble du pays. Ainsi la Radio Okapi a pu voir le jour. Mais sans la logistique, les télécommunications et la protection des Nations Unies, nous n'aurions rien pu faire.

Radio Okapi est considéré comme un grand succès. Pour quelles raisons ?

Nous avons entièrement réussi à mettre en pratique les principes et les valeurs d'une radio généraliste et populaire. Avec son émission quotidienne de débat, par exemple, cette radio est devenue une plate-forme de dialogue dans un pays divisé. Le fait qu'en 2002, des gens à Kinshasa et à Bukavu entendaient la même chose au même moment - alors que cela faisait des années que le pays était physiquement divisé – était déjà un facteur d'unification.

Nous savions qu'une population, aussi divisée fut-elle, pouvait se retrouver autour d'un média national indépendant. Nous savions que les ondes pouvaient avoir un réel impact sur la réunification, avant même le processus de paix et les élections. Okapi en est devenue la démonstration.

Comment mesurez-vous l'impact?

C'est avant tout le taux d'écoute. Si les gens nous écoutent, c'est qu'on leur apporte quelque chose, sinon ils ne gaspilleraient pas leur temps... et leurs piles. Les sondages d'audience montrent de nos programmes se situent dans le trio de tête dans les pays où nous sommes présents. 

Ceci pour les études quantitatives de l'impact. Mais après, se pose de la question de savoir si nos programmes changent quelque chose. Sachant, encore une fois, que nous ne sommes pas là pour leur dire ce qu'il faut faire. Pour cela, nous faisons des études qualitatives avec des groupes cibles, constitués de 10 à 12 personnes. Ce sont des groupes d'hommes ou de femmes, d'auditeurs ou de non-auditeurs, de ruraux ou d'urbains, etc. Globalement la réponse que nous recevons est que ces gens nous écoutent parce qu'ils perçoivent l'information que nous diffusons comme indépendante et pertinente. Pour nous, c'est primordial, car cela signifie que ces personnes sont susceptibles de faire les bons choix, de se projeter dans l'avenir, de gérer leur quotidien, à partir d'informations qu'elles ont reçues.

Autre résultat de ces enquêtes: nous apprenons que les émissions de débat et de dialogue sont particulièrement appréciées par la population, parce qu'elles lui permettent de participer activement aux programmes et non pas d'écouter seulement les ministres et autres personnalités importantes s'exprimer sur les ondes.

Pour ce qui est de l'impact à long terme, il n'est pas aisé de le mesurer. On peut se demander, par exemple, pourquoi après 13 ans d'existence de Radio Okapi, il y toujours autant de violence et d'instabilité dans l'est du Congo. Ou bien, 15 de Radio Ndeke Luka, et le pays bascule de nouveau dans le chaos en 2014… Mais l'on sait que ces situations ne sont pas déclenchées uniquement par l'information que les gens reçoivent par les médias. Alors, comment mesurer l'impact ?


Radio Ndeke Luka © Fondation Hirondelle

Une équipe de chercheurs américaine propose de lancer une étude sur l'impact du Studio Kalangou, au Niger. Comme le studio vient seulement d'être mis sur pied, l'équipe pourrait suivre son évolution au fil du temps, sur une période de trois ans, au terme de laquelle nous aurions des éléments d'analyse sur l'impact de ce programme.

Quelle était la motivation première du Studio Kalangou ? Les élections de février 2016?

La société au Niger est traversée par diverses tensions. Il y a des tensions générationnelles : plus de 50% de la population a moins de 20 ans et le pouvoir est déconnecté de ces jeunes qui, par ailleurs, manquent d'éducation et de perspectives. Il y a également des tensions liées au dérèglement climatique, et s'il n'y a pas de tensions confessionnelles à proprement parler, il y a une radicalisation de l'islam. Dans ce contexte, il n'y avait pas de média qui s'adressait à l'ensemble de la population. C'est la raison pour laquelle nous souhaitions implanter un studio de production dans le pays, appelé à diffuser ses programmes via un réseau de radios partenaires sur l'ensemble du territoire. 

Ce sont plutôt les donateurs qui ont insisté pour que le studio soit opérationnel pour les élections de février 2016.

Qui sont les donateurs et quel est le coût de l'opération?

En partant de rien, c'est-à-dire monter un studio de production, créer une équipe de 20 journalistes, les former, créer un réseau de correspondants, installer la technique de réception et de diffusion du signal dans les radios partenaires, identifier un rédacteur en chef et formateur, embaucher des techniciens, l'opération coûte environ 1 million d'euros par an, sur les 24 premiers mois du projet. Le gouvernement suisse a assuré le budget pour le lancement et l'Union européenne, le budget de fonctionnement.

Quels sont vos futurs projets?

Nous travaillons sur trois projets actuellement, dans des pays qui vivent une crise politique ou sécuritaire. Nous avons fait une mission d'évaluation en Ukraine, par exemple, où nous avons constaté que ce qui devrait être une information médiatique était devenue un conflit de différentes propagandes. L'idée et de travailler avec des télévisions, des radios et des sites web, sur des programmes thématiques - décentralisation, agriculture et autres réalités du pays – que ces média incluraient dans leurs grilles. 

Nous avons un projet qui est déjà bien avancé en Birmanie aussi, où nous abordons la problématique du processus de paix et des minorités qui ne reçoivent pas d'information indépendante et dans leurs langues. Un des grands changements qui s'opèrent actuellement en Birmanie, c'est celui qui consiste à donner plus de pouvoir aux parlementaires. Nous avons proposé un programme qui ouvre les portes du parlement aux médias, ce qui n'est pas le cas pour le moment. Le parlement a donné son accord et nous attendons actuellement la réponse des donateurs.

Le troisième projet sur lequel nous avançons lentement est celui de la Libye. Il est autrement plus complexe que les deux autres. Dans le pays il y a un vrai besoin d'information indépendante. Quasiment tous les médias, qui émettent à l'intérieur du pays ou de l'extérieur, sont partisans. Il n'y a aucune plate-forme où différents points de vue sont partagés et discutés. Nous sommes en train d'élaborer une réponse médiatique et de chercher des partenaires, autrement dit, nous ne sommes qu'au stade préliminaire.

 

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Caroline Vuillemin, Directrice des opérations à la Fondation Hirondelle, depuis 2008, a commencé sa carrière à la Fondation, en 2003, dans le cadre du projet Radio Okapi (RDC), une expérience qui l'a marquée et a renforcé sa détermination de travailler sur le développement de projets de médias indépendants et citoyens dans des situation de conflit et de post-conflit. 

Actuellement, elle dirige huit opérations de radio : au Mali (Studio Tamani), en Guinée (Studio Hirondelle Guinée), en Côte d’Ivoire (Studio Mozaik), au Niger (Studio Kalangou), en République centrafricaine (Radio Ndeke Luka), en RDC (Hirondelle Communication), en Tunisie (appui à la Radio Tunisienne) et au Burkina Faso (appui à la RTB).