Notes d’orientation sur la viabilité des médias communautaires

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© UNESCO/Joseph Poto-Poto
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Transition vers le numérique terrestre

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  1. INTRODUCTION
  2. PRINCIPALES QUESTIONS STRATÉGIQUES
  3. INTERNATIONAL STANDARDS
  4. RECOMMANDATIONS
  5. POINTS À VÉRIFIER
 

EN BREF

  • La transition vers le numérique terrestre a des répercussions importantes sur la diffusion numérique. Le principe de l’accès équitable des médias communautaires au spectre des fréquences de diffusion, fondé sur la nécessité de promouvoir la diversité des médias, s’applique de la même manière aux environnements analogique et numérique.

  • Les pays doivent adapter leurs instruments politiques afin de préserver un espace pour les médias communautaires dans ce nouvel environnement, en tenant compte des grandes disparités dans leur gestion de la transition vers le numérique. Ce qui importe, c’est que tous les pays mettent en place des dispositifs appropriés pour permettre l’accès des médias communautaires à des possibilités de diffusion numérique.

  • Dans le secteur de la radio, où la transition est beaucoup moins avancée, il faut envisager d’autoriser les radios communautaires à continuer d’émettre par transmetteur analogique, au moins à court et moyen termes.

  • La transition vers la diffusion numérique ne concerne pas uniquement le mode de diffusion des signaux de diffusion ; elle nécessite également que le public dispose de récepteurs numériques, c’est-à-dire de téléviseurs et de postes radio.

  • Il faut également envisager d’apporter aux médias communautaires un soutien technique et financier, au besoin, pour les aider à diffuser leurs contenus en ligne

INTRODUCTION

Le monde est train de passer de la transmission analogique terrestre à la transmission numérique terrestre des signaux de diffusion. Dans le domaine de la télévision, de nombreux pays n’utilisent déjà plus la transmission analogique, et l’Union internationale des télécommunications (UIT) a fixé à 2020 l’échéance pour la fin de son utilisation dans l’ensemble des pays. Le processus est bien plus lent dans le domaine de la radio, mais connaît également d’importantes évolutions.
 

La transition vers le numérique présente des avantages considérables sur le plan de l’efficacité de l’utilisation du spectre des fréquences, mais aussi de la qualité de la diffusion, notamment celle de l’image, du son et des services secondaires. En revanche, elle se traduit par une évolution profonde de l’environnement de la diffusion et engendre des coûts, liés par exemple à l’acquisition de nouveaux équipements et à l’accès aux nouveaux systèmes de distribution de la diffusion.

Il est essentiel de ne pas laisser de côté la diffusion communautaire dans cette transition vers le numérique terrestre. Le principe de l’accès équitable au spectre des fréquences, énoncé dans la Note d’orientation 4 : Réserver des fréquences pour la diffusion communautaire, s’applique tout autant à l’environnement numérique, bien qu’il en découle des conséquences particulières à ce domaine. Le mode de fonctionnement de la transmission numérique et les coûts qui y sont associés, en particulier, posent des difficultés aux médias communautaires. Vient s’y ajouter le problème plus général de la convergence numérique, qui suppose que les médias doivent être présents non seulement sur les ondes mais aussi sur d’autres plates-formes numériques, accessibles en ligne et depuis les téléphones mobiles.
 

PRINCIPALES QUESTIONS STRATÉGIQUES

Comme indiqué plus haut, le fait de garantir l’accès des médias communautaires à une part « équitable » du spectre des fréquences et équivalant à celle dont ils disposaient dans l’environnement analogique constitue une problématique majeure. Or, dans l’environnement numérique, la transmission s’opère de manière fondamentalement différente, du moins avec les technologies les plus modernes, ce qui appelle des approches réglementaires mieux adaptées. L’une des difficultés posées par le passage au numérique, en particulier, réside dans les coûts supplémentaires qu’il impose aux médias. Il s’agit donc également de savoir comment adapter les règles et approches financières et de financement de façon que les médias communautaires puissent continuer d’exercer leurs activités dans ce nouvel environnement.

La transition vers le numérique est beaucoup moins avancée dans le domaine de la radio que dans celui de la télévision. C’est pourquoi, lorsque le secteur de la radio communautaire est déjà bien développé dans l’espace analogique, il est avantageux d’autoriser ces stations à continuer d’utiliser cette technologie, tout en permettant aux nouveaux arrivants de décider s’ils souhaitent utiliser le numérique ou l’analogique. Les médias qui souhaitent une diffusion par Internet se voient confrontés à un certain nombre de problèmes ; il est donc nécessaire de mettre en place des dispositifs réglementaires à cet égard.
 
En savoir plus sur chacun de ces questions de la politique (cliquez pour agrandir):

1.  Réserver une partie du spectre des fréquences

L’une des principales problématiques à cet égard est qu’alors que la transmission analogique consiste à donner une fréquence (ou un ensemble de fréquences) à un média, lequel utilise un transmetteur (ou un ensemble de transmetteurs) pour diffuser ses signaux, la transmission numérique regroupe un ensemble de stations ensuite distribuées sur une fréquence par un transmetteur. Bien souvent, la distribution résulte d’une opération commerciale totalement distincte de la production de contenus (stations).

En principe, il est clair que l’objectif que sert le fait de réserver aux médias communautaires une part équitable du spectre dans l’environnement analogique, à savoir la promotion de la diversité des médias, vaut également dans l’environnement numérique. En revanche, des instruments politiques tout autres sont nécessaires pour y parvenir, étant donné que le spectre est distribué et utilisé de manière très différente. C’est un problème complexe, qui soulève notamment les questions de l’attribution en résolution standard ou en haute définition, des différences entre radio et télévision, et du type de système de distribution des signaux principalement utilisé – terrestre, câble ou satellite. La démarche à adopter dépendra de la manière dont les fréquences numériques et les droits de distribution auront été attribués dans le pays. Voici quelques possibilités :

  • demander aux médias publics d’héberger un certain nombre de stations communautaires dans leur système de transmission numérique ;
  • demander aux distributeurs numériques commerciaux, collectivement ou individuellement, et selon qu’ils sont des opérateurs terrestres, câble ou satellite, d’héberger un certain nombre de stations communautaires. 

2.  Limiter les coûts

Outre la question de garantir aux médias communautaires un « espace » sur les plates-formes numériques – terrestres, câble ou satellite –, se pose également la question de l’établissement de tarifs réalistes, c’est-à-dire accessibles aux médias communautaires. Les coûts de la mise en place et du fonctionnement des réseaux de distribution de télévision numérique terrestre sont très élevés, et il est très peu probable que les chaînes de télévision communautaires puissent les prendre en charge. En outre, des coûts liés à l’acquisition de matériel de production numérique (afin que les contenus soient diffusables dans les formats numériques adéquats) peuvent venir s’y ajouter, bien que des économies soient possibles à cet égard.

En plus des points abordés dans la ***Note d’orientation 5 : Un financement public pour la diffusion communautaire, il faut envisager de mettre en place des dispositifs financiers particuliers à l’intention des médias communautaires numériques. Ici encore, les mesures appropriées dépendent de la situation dans son ensemble. Voici quelques solutions possibles :

  • réduire les coûts de distribution pour les médias communautaires, par exemple en demandant aux distributeurs, publics ou commerciaux, de leur accorder une distribution gratuite ou à prix réduit ;

  • allouer des fonds à l’achat de matériel numérique ;

  • redistribuer une partie des excédents financiers générés par le dividende numérique, telles les recettes publiques souvent exceptionnelles issues de la vente aux opérateurs de télécommunications de fréquences « libérées », de façon à soutenir la distribution numérique des médias communautaires. 

3.  Maintenir la radio analogique

Alors que la transition vers le numérique est bien avancée dans le domaine de la télévision, de nombreux pays ayant cessé de la distribuer par voie analogique et l’UIT ayant fixé à 2020 l’échéance pour la fin de son utilisation dans tous les pays, il en va autrement dans le domaine de la radio. Cela s’explique par divers facteurs, notamment les avantages relativement moins importants que présente la radio numérique sur le plan de la qualité et des fréquences, les profits bien inférieurs globalement générés par ce secteur, et le fait que la bande FM, en raison de ses caractéristiques techniques, ne se prête pas à une utilisation numérique.

Par conséquent, les pays devraient envisager de retarder la suppression de la diffusion radiophonique analogique terrestre, qui reste le système de distribution principal des radios communautaires dans la plupart des pays. En revanche, cela ne doit pas nuire aux radios communautaires qui souhaitent émettre par voie numérique, mode de diffusion auquel elles doivent avoir accès du moment qu’elles disposent des capacités financières et techniques nécessaires.

4.  Les défis plus larges liés à la convergence

Les rubriques précédentes portent sur les formes « classiques » de distribution de la diffusion, à savoir terrestre, par câble et par satellite. La diffusion en ligne des médias communautaires soulève elle aussi des questions, et présente des possibilités comme des défis, y compris pour les radios communautaires. Les possibilités comprennent le fait de toucher un public potentiellement plus large et de mettre à disposition des contenus téléchargeables tels que les podcasts. Quant aux défis, on peut citer par exemple les difficultés techniques liées à l’accès à Internet et les dépenses supplémentaires que cela engendre, notamment la hausse des coûts de la diffusion en ligne continue à mesure que le public augmente, qui est due à l’augmentation des charges facturées par la société hébergeant le service de diffusion continue, elle-même due à l’utilisation accrue de la bande passante (ce qui n’est pas le cas dans la distribution terrestre). Comme pour les autres formes de distribution numérique, il faut envisager d’apporter un soutien technique et éventuellement financier aux médias communautaires pour leur permettre de diffuser leurs contenus en ligne.

Lorsque les services de diffusion communautaire sont distribués par des réseaux sociaux tels que Facebook, les contenus peuvent devoir respecter les normes techniques et éditoriales de la plate-forme utilisée. Par ailleurs, la présence sur Internet crée des attentes en matière d’interaction avec le public, ce qui soulève la question des politiques de modération et des besoins en ressources humaines des médias communautaires.

NORMES INTERNATIONALES

Un certain nombre de textes internationaux mentionnent expressément la nécessité de réserver un espace aux médias communautaires dans le nouvel environnement numérique. Le principe 7 des Principes de l’AMARC pour une législation démocratique portant sur la radiodiffusion communautaire prévoit que la demande d’attribution équitable des fréquences « s’étende à l’attribution de fréquences de diffusion numérique ». Dans le même esprit, la Déclaration de 2009 du Comité des ministres du Conseil de l’Europe sur le rôle des médias associatifs dans la promotion de la cohésion sociale et du dialogue interculturel,

ii.          attire l’attention sur le caractère souhaitable du fait d’attribuer aux médias associatifs, dans la mesure du possible, suffisamment de fréquences, à la fois dans les environnements analogique et numérique, en veillant à ce qu’ils ne soient pas défavorisés une fois réalisée la transition vers l’environnement numérique.

La Charte africaine sur la diffusion de 2001 mentionne quant à elle une idée plus limitée : « Il convient de promouvoir le droit d’accès à Internet des médias communautaires, dans l’intérêt de leur communauté ».

En 2013, les mandataires spéciaux internationaux pour la liberté d’expression ont adopté une déclaration conjointe portant plus particulièrement sur la transition vers le numérique terrestre, qui fixe diverses normes concernant la protection des médias communautaires dans le cadre de ce processus :

Les pays veillent également au maintien des services de diffusion communautaires et locaux pendant et après la transition vers le numérique terrestre. Diverses mesures sont à envisager à cette fin, selon les besoins, notamment les suivantes :

i. autoriser certains types de médias, en particulier les services locaux et communautaires de faible puissance, à continuer d’émettre des signaux analogiques terrestres, dans la mesure où cela est compatible avec les normes internationales ;

ii. autoriser la fourniture sans licence de certains services de diffusion sur certaines bandes de fréquence ;

iii. adopter des mesures réglementaires pour réduire ou étaler les coûts de la diffusion numérique terrestre, par exemple en prescrivant des réseaux de distribution plus efficients, partagés ou autres ;

iv. prévoir des subventions ou d’autres formes de soutien afin d’aider les médias communautaires et locaux à acquérir le matériel nécessaire pour diffuser leurs signaux terrestres par voie numérique, à condition que ces subventions soient attribuées par un organisme indépendant sur la base de critères objectifs ;

v. instaurer des mesures visant à utiliser les recettes générées par le dividende numérique pour couvrir les coûts d’infrastructure.

Les Principes de l’AMARC pour une législation démocratique portant sur la radiodiffusion communautaire comportent également une disposition plus large concernant la gestion de la transition vers le numérique :

 
 
Principe 14: L’inclusion numérique: La détermination des États à réduire la fracture numérique et garantir la participation de tous les secteurs à la société de l’information et de la connaissance suppose la mise en place de mécanismes visant à assurer l’accès et la migration des radiodiffuseurs communautaires et autres médias non commerciaux vers les nouvelles technologies, et qui leur permettront de relever les défis posés par la convergence et la numérisation des médias.

RECOMMANDATIONS

  1. En principe, une part équitable du spectre des fréquences de diffusion devrait être réservée aux médias communautaires pour leur permettre d’assurer la distribution numérique terrestre de leurs services, de la même manière et pour les mêmes raisons qui valent dans l’environnement analogique.

  2. Il convient de bien réfléchir aux moyens de réaliser cet objectif dans la pratique, en tenant compte de la manière très différente dont le spectre est utilisé dans l’environnement numérique ainsi que des grandes disparités entre pays sur le plan des règles plus générales déjà adoptées ou qui le seront.

  3. Il faudrait s’employer à définir des mesures appropriées pour faire en sorte que les médias communautaires puissent assumer les coûts de l’accès aux systèmes de transmission numérique, sachant qu’il sera probablement nécessaire, à terme, d’instaurer un système de péréquation entre médias communautaires et autres médias ou distributeurs.

  4. Au moins à court et moyen termes, il faudrait envisager d’autoriser les radios communautaires à continuer d’émettre des signaux par transmetteur analogique terrestre.

  5. Il convient d’envisager d’apporter aux médias communautaires un soutien technique ou financier, ou les deux, pour les aider à diffuser leurs contenus en ligne.

  6. La régulation de la portée des médias communautaires ne doit pas limiter artificiellement la disponibilité d’une station, en particulier par satellite ou sur Internet.

 POINTS À VÉRIFIER

  •  Une part équitable du spectre des fréquences de diffusion numérique est réservée aux médias communautaires
  •  Un mécanisme est mis en place pour aider les médias communautaires à assumer les coûts de la transition vers le numérique, par exemple un système de péréquation avec les autres médias
  •  La transmission analogique est maintenue pour les radios communautaires, au moins à titre temporaire
  •  Un soutien technique et financier est fourni en faveur de la diffusion des contenus en ligne

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