Rapport mondial sur les sciences sociales 2016

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© Suso33. Tous droits réservés. AUSENCIAS ((« Absences »), Suso33 (Logroño, Espagne, 2008)

Questions et réponses

1. Le rapport mondial des sciences sociales 2016, de quoi s’agit-il ?
2. Pourquoi s’intéresser à l’inégalité ?
3. L’inégalité a-t-elle augmenté ou diminué à travers le monde ?
4. Les inégalités peuvent-elles être comprises autrement que sous l’angle des revenus et des richesses ?
5. Quelle est l'importance de l’inégalité globale ?
6. Y a-t-il un manque d’investissement en matière de recherche en sciences sociales ?
7. Quel est le rôle joué par les sciences sociales dans la réduction des inégalités ?
8. Que peut-on faire pour combler le « fossé » qui existe au niveau de la recherche en sciences sociales sur les inégalités ?
9. Quel est l'impact des inégalités sur le développement durable ?
10. Qui a publié le rapport ?

 

1. Le rapport mondial des sciences sociales 2016, de quoi s’agit-il ?

Le rapport mondial des sciences sociales 2016 examine l'impact néfaste des inégalités sur les citoyens, les communautés et les pays.

Le rapport prévient que les inégalités non-maîtrisées pourraient compromettre le maintien des économies, des sociétés et des communautés, nuisant aux efforts qui visent à atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) d'ici 2030.

Le rapport met en évidence les lacunes importantes des données en sciences sociales qui portent sur les inégalités et plaide en faveur d’études plus solides sur les liens entre les inégalités économiques et d'autres inégalités, telles que les inégalités sociales, politiques et environnementales, pour créer des sociétés plus inclusives.

Le rapport comporte six objectifs :

  1. Ne pas s'arrêter à l'inégalité économique pour identifier les interactions entre les multiples dimensions de l'inégalité. Aussi le présent rapport parle-t-il souvent d'inégalités au pluriel plutôt que d'inégalité au singulier.
  2. Documenter les tendances en matière d'inégalité dans plusieurs pays et dans toutes les régions du monde, et fournir des données et informations sur des régions moins étudiées comme les pays à faibles revenus d'Afrique et d'Asie.
  3. Analyser les conséquences des inégalités dans différents pays et régions et pour différents groupes de personnes.
  4. Identifier des stratégies pour réduire les inégalités.
  5. Apporter une contribution multidisciplinaire à l'étude des inégalités, avec le concours de spécialistes d’un grand nombre de sciences sociales (en économie, science politique, sociologie, psychologie, anthropologie, droit et études du développement) y compris hors des milieux universitaires, ainsi que des chercheurs d'autres disciplines.
  6. Identifier les lacunes majeures en termes de connaissances et proposer un programme mondial de recherche sur l'inégalité.
     

2. Pourquoi s’intéresser à l’inégalité ?

Réduire l’inégalité est, d'abord et avant tout, une question de droits de l'homme, d'équité et de justice sociale.

Il est également essentiel d’éradiquer l'extrême pauvreté, de favoriser la durabilité, de promouvoir le progrès civil, de réduire les conflits et la violence et de développer une gouvernance inclusive.

3. L’inégalité a-t-elle augmenté ou diminué à travers le monde ?

Si on compare les moyennes des pays au niveau mondial, l’inégalité a diminué ces dernières décennies. Néanmoins, elle demeure à un niveau très élevé.

Cette tendance positive est due en grande partie à la baisse de l'inégalité entre les pays suite à la croissance économique rapide de la Chine et de l'Inde.

Parallèlement, l'inégalité économique a augmenté dans de nombreux pays et elle menace aujourd’hui d'inverser la tendance de l’inégalité globale à la baisse.

Alors que plusieurs pays – à la fois développés et émergents − ont enregistré des taux de croissance économique élevés suite à la libéralisation de leurs économies, l'inégalité et en particulier l'inégalité économique a augmenté rapidement dans les pays.

Le rapport souligne l'augmentation considérable de l'inégalité économique dans les pays du Nord tels que les États-Unis d'Amérique, le Royaume-Uni et le Canada au cours des trois dernières décennies.

Même les pays ayant un faible niveau d'inégalité économique avant les années 1980, comme la Suède, ont enregistré des hausses substantielles.

Dans les économies émergentes, les données sont rares et les séries temporelles sont plus courtes, mais des pays tels que la Colombie, le Brésil et l'Inde enregistrent des niveaux encore plus élevés d'inégalité économique que dans le Nord.

Aujourd'hui, l'Afrique du Sud a la plus forte inégalité économique dans le monde, en dépit d'une diminution ces dernières années.

Alors qu’il est partout essentiel de réduire les inégalités, la priorité d’action se situe clairement dans les pays les plus pauvres de l'Afrique subsaharienne. C’est dans cette région que la pauvreté sera concentrée au cours des prochaines décennies si les inégalités demeurent aussi élevées qu'actuellement.

4. Les inégalités peuvent-elles être comprises autrement que sous l’angle des revenus et des richesses ?

Le rapport l’indique très clairement. Les inégalités doivent être comprises et traitées  bien au-delà de l’angle des revenus et des richesses.

Le rapport identifie sept dimensions de l'inégalité : économique, politique, sociale, culturelle, environnementale, spatiale et relative aux connaissances.

Il explore comment ces inégalités qui se chevauchent peuvent créer et renforcer la division, la marginalisation, l'exclusion et la pauvreté.

5. Quelle est l'importance de l’inégalité globale ?

Diverses évaluations ont conclu qu’en 2015, près de la moitié des richesses des ménages du monde entier était la propriété d’1% de la population mondiale, et que les soixante-deux personnes les plus riches possédaient autant de richesse que la moitié inférieure de l'humanité.

6. Y a-t-il un manque d’investissement en matière de recherche en sciences sociales ?

Bien que le nombre d’études sur les inégalités et la justice sociale a été multiplié par cinq dans les publications universitaires de 1992 à 2013, de nombreuses études paient trop peu d’attention aux multiples dimensions de l’inégalité qui vont au-delà de la dimension économique, telles que les dimensions sociale, politique et environnementale.

Le rapport souligne que la plupart des études sur les inégalités en sciences sociales ont tendance à être produites dans les pays développés pour lesquels des données fiables existent, au détriment des pays en développement qui ne disposent pas de données fiables similaires.
L’Amérique du Nord et l'Europe occidentale ont élaboré plus de 80% des publications en sciences sociales et humaines sur les inégalités et la justice sociale de 1992 à 2013 - y compris les recherches effectuées dans les domaines de l’économie, de la psychologie et des études sociales.

L'Afrique subsaharienne et l’Amérique latine ont contribué respectivement à 3% et 2%.

7. Quel est le rôle joué par les sciences sociales dans la réduction des inégalités ?

La recherche en sciences sociales a un rôle essentiel à jouer dans l'identification des causes, de l'ampleur, de l'impact et des réponses politiques les plus efficaces face aux inégalités.

8. Que peut-on faire pour combler le « fossé » qui existe au niveau de la recherche en sciences sociales sur les inégalités ?

Trop de pays investissent trop peu dans la recherche sur l'impact à long terme de l'inégalité sur la durabilité de leurs économies, de leurs sociétés et de leurs communautés. Il est urgent de s'attaquer au problème des inégalités pour que l'ambition transversale des Objectifs de développement durable (ODD) à l'horizon 2030, « Ne laisser personne de côté », ne soit pas un slogan vide de sens.

Le rapport appelle à la mise en œuvre d'un programme de recherche multidisciplinaire, multiscalaire et inclusif pour informer la recherche de solutions visant une plus grande égalité, durabilité et inclusion.

Le rapport souligne la nécessité d’une plus grande coopération entre les disciplines, les frontières et les spécialisations étudiant les inégalités afin d’aider les gouvernements à développer des politiques plus efficaces pour des sociétés plus inclusives, au Nord comme au Sud.

Les réseaux internationaux, les sources de données publiques en libre accès, le libre accès à l'édition et les logiciels sont essentiels pour atteindre ces objectifs.

9. Quel est l'impact des inégalités sur le développement durable ?

L'inégalité n’affaiblit pas seulement nos efforts collectifs pour réaliser la croissance économique, réduire la pauvreté et augmenter la mobilité sociale. Elle augmente également les tensions politiques et alimente trop souvent les conflits et l'instabilité.

La réduction des inégalités est un impératif économique, environnemental et éthique.

Les 193 États membres de l’ONU ont adopté les 17 Objectifs de développement durable (ODD) en septembre 2015, un engagement mondial ambitieux pour mettre fin à la pauvreté, lutter contre les inégalités et faire face au changement climatique au cours des 15 prochaines années.

Les ODD qui remplacent les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), visent à améliorer la vie dans tous les pays du monde, engageant à la fois les pays riches et les pays pauvres dans la réalisation d'une série d'objectifs, dont la réduction des inégalités.
 

Question 10. Qui a publié le rapport ?

Le rapport a été préparé par le Conseil international des sciences sociales (CISS) à Paris, en coopération avec l'Institut d’études sur le développement (Royaume-Uni). Il est co-publié avec l'UNESCO.

Le rapport est basé sur les contributions de plus de 100 experts, issus de plus de 40 pays.
Il a été supervisé par un comité scientifique consultatif qui incluait le lauréat du Prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz.

Le Rapport mondial des sciences sociales est publié tous les trois ans. Il traite des défis importants en sciences sociales, dresse le bilan des contributions et des capacités des sciences sociales, et formule des recommandations pour la recherche, la pratique et les politiques futures. Le premier rapport a été publié en 2010.