Construire la paix dans l’esprit
des hommes et des femmes

Projet BIOsphère et PAtrimoines du Lac Tchad (BIOPALT)

Paysage culturel et naturel du lac Tchad

Le lac Tchad est la quatrième plus grande étendue d’eau du continent africain et le troisième plus grand lac clos de la planète. Ses principaux affluents sont le Logone (entre le Cameroun et le Tchad), lui-même affluent du Chari (entre la République centrafricaine, le Tchad, le Cameroun et le Soudan), la Komadugu-Yobe (entre le Niger et le Nigeria) et trois rivières drainant le Borno au Nigeria. L’altitude du lac fluctue avec les saisons, autour de 280m environ. Le lac lui-même est peu profond, autour de 3m actuellement.

Le lac Tchad a pour particularité d’être couvert de centaines d’îles dont de nombreuses sont habitées de manière permanente ou saisonnière.

Entouré de zones désertiques arides, cette surface humide représente un cœur de vie qui en a fait un des carrefours économiques et culturels incontournables depuis des millénaires entre l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Nord. Aujourd’hui, le lac continue de jouer un rôle majeur dans la vie de la sous-région en produisant des ressources qui profitent à des millions de personnes et en offrant des terres d’asile et de protection à des populations fuyant les conflits. Le lac s’inscrit dans un paysage très plat, où dominent les couleurs minérales du sable et de la terre et celles des éléments de végétation. Les étendues d’eau entre les îles serpentent dans un labyrinthe mouvant de bosquets de plantes aquatiques et d’îlots que seuls les habitants des lieux maitrisent. De nombreuses plaines inondables entourent le lac, elles abritent des plantes aquatiques comme le papyrus ou la spiruline mais aussi de nombreuses espèces animales dont les oiseaux, qui utilisent ces plaines comme aires de repos.

L'UNESCO accompagne les État membres dans leurs démarches pour inscrire le bassin du lac Tchad sur la liste du patrimoine mondial, avec l'organisation Craterre, et pour identifier certains sites pouvant être établis comme des réserves de biosphère : 
Le patrimoine mondial désigne un ensemble de biens culturels et naturels présentant un intérêt exceptionnel pour l’héritage commun de l’humanité. 
Une réserve de biosphère est un site désigné par l'UNESCO comme une région modèle conciliant la conservation de la biodiversité, la recherche et le développement durable.

 

La VIE AU FIL DE L'EAU

Jeune fille étalant la spiruline pour la sécher. Tchad. @Sébastien Moriset

La pêche sur le lac

La pêche est l’activité la plus visible du lac. Elle se pratique presqu’entièrement par des pêcheurs autochtones sur leurs pirogues suivant des pratiques traditionnelles.
Elle constitue une source de revenu contribuant à la réduction de la pauvreté. La pêche et la transformation du poisson créent de nombreux emplois et génère des revenus non négligeables aux communautés locales. Le poisson du lac Tchad est vendu dans tous les pays riverains et apporte une contribution importante à la sécurité alimentaire des populations lacustres et des populations des centres urbains de la région.
Dans le cadre du projet BIOPALT, l’UNESCO et ses partenaires mettent en œuvre une action pilote de restauration d'une frayère qui permet d'accroître la production de poissons et contribuerait à durabiliser l’activité de pêche.
La pêche est également vectrice de cohésion sociale. Des pêches collectives se pratiquent sur plusieurs jours pendant la saison chaude (mars-mai). Des démonstrations de pêche accompagnent parfois aussi les mariages et les fêtes religieuses. Selon les pêcheurs, la pêches ne peut se faire qu’en silence car les esprits n’aiment pas le bruit et ils chassent les poissons.

La spiruline, tradition du lac Tchad

Les femmes récoltent la spiruline, une algue comestible riche en minéraux et protéines, de plus en plus reconnue dans le monde pour ses vertus détoxifiantes et nutritives.
Récoltée principalement dans les régions du Kanem et du Lac du Tchad, la spiruline se développe dans les nappes d’eau des oasis (wadi) autour du lac. L’eau des mares est récoltée dans des récipients en fer et versée dans une cuve sphérique dans le sable. Celle-ci filtre l’eau et laisse les dépôts d’algue. Ces dépôts sont ensuite versés à même le sable en forme de galette de 2cm environ et sont laissés pour sécher au soleil. Les galettes sont ensuite coupées en morceaux et le sable est retiré. Elles sont vendues sur le marché ou exportées dans les pays voisins.
La spiruline est un végétal riche en protéine (60 à 70% de la matière sèche). En comparaison, 15g de spiruline contiennent autant de protéines que 100g de bœuf.
Ces valeurs font de la spiruline un aliment particulièrement intéressant pour combattre la malnutrition.
L’UNESCO accompagne les populations locales dans leurs projets d’économie verte concernant la production de l’algue et dans un projet de restauration écologique.
L'Organisation a également produit un documentaire qui retrace l’histoire de la spiruline, de sa découverte dans le bassin du lac Tchad à son utilisation aujourd’hui et qui souligne les enjeux de sa conservation durable.

Les croyances du lac

Parmi les croyances existant sur le lac, il y a les génies du lac : une multitude de créatures fantastiques qui habitent les eaux du lac et exercent leur pouvoir sur les habitants. Chaque village en posséderait un et chaque esprit a sa propre forme, serpent géant, figure humaine, élément de la nature, etc.

Chari Kandra est un arbre sacré qui a poussé à la place d’une sépulture humaine sur une île. Manger ses feuilles donne la mort, couper ses branches amène des problèmes. Pour obtenir sa protection, il faut lui faire des offrandes de nourriture telle que la farine, des œufs ou du beurre.

Kiam Karram est une pierre qui a le pouvoir de se déplacer et de se dissimuler, y compris sous la surface de l’eau. Si un animal ou un humain l’approche, il meurt. On peut lui demander protection en lui offrant du beurre et du lait.

Ngamaram, mi humain mi poisson, est à la fois mâle et femelle. Il protège les habitants du lac qui le vénèrent et ne s’attaque qu’aux étrangers qui ne le respectent pas. Les habitants lui font des offrandes qu’ils enterrent. Chacun peut avoir ses propres pratiques pour le respecter.

 

la vie au fil des crues

Marché à Goulfey, présentation du travail de l'association des artisans. Cameroun. @Sébastien Moriset

L'élevage sur les berges du lac

L’élevage est la seconde activité économique principale sur les berges du lac. L’eau, les « fadamas » et les « yayi » ou terres inondables avec leur pâturage abondant représentent une opportunité pour les éleveurs en période de crue. Les principales espèces élevées sont les chameaux, les bovins, les ovins, les caprins, les chevaux, les ânes et les volailles. La vache Kouri et le zébu Bororo appelé « Djafan », sont les deux espèces endémiques de la région, inféodées au lac.
La vache Kouri est une race qui ne permet pas les grandes migrations comme les autres races de la région, mais elle est en revanche parfaitement adaptée à ce milieu lacustre où les pâturages sont difficiles. Elle se nourrit de résidus agricoles ou de végétation poussant dans l’eau. Il est courant de voir les troupeaux à moitiés immergés dans des zones marécageuses ou des roselières.

L’agriculture sur les rives et les îles du lac

L’agriculture du lac repose sur les terres inondables que l’on retrouve sur les rives du lac et les rivages de certaines îles. Cette agriculture de décrue permet de cultiver du maïs, du sorgho et du niébé. L’existence d’une réglementation concernant la gestion des eaux au niveau des États et le partage équitable des ressources en eau limitent les conflits d’usage. L’utilisation des engrais organiques, des biopesticides ainsi que la persistance des connaissances traditionnelles sont des éléments d’une agriculture durable non polluante.

L’artisanat du lac

Les populations du lac utilisent les ressources naturelles disponibles pour fabriquer les objets du quotidien. La terre, le bois, l’eau, les fibres sont utilisées pour édifier des abris, construire des maisons, façonner des poteries, des bateaux, des nasses, des paniers. Les objets sont également vendus sur les marchés locaux. On peut y trouver des paniers pour nettoyer des céréales, ou des paniers à volaille mais également des grandes poteries pour garder l’eau fraiche ou des petites perles ou lests de filets pour les pêcheurs.

 

La biodiversité du lac

Oiseaux migrateurs en vol au dessus des berges du lac. Cameroun. @Mahamat Aboukar

La diversité biologique de la zone du lac Tchad s’explique par le fait que cette zone fait partie de trois écorégions différentes, soit l’écorégion de la savane inondée du lac Tchad, l’écorégion de la savane d'Acacia sahélienne et l’écorégion de la savane soudanienne occidentale. 

Un site majeur pour les oiseaux migrateurs

Des trois grands hydro systèmes sahéliens (delta du Sénégal, delta central du Niger et le lac Tchad), c'est le lac Tchad qui accueille les plus grandes populations d’oiseaux. Le lac est un site majeur pour les oiseaux d'eau migrateurs venant d'Europe et d'Asie. Au moins 70 espèces d’oiseaux y font escale chaque année. On y rencontre également des espèces afro tropicales. De plus, le bassin du lac Tchad est le refuge de toutes les espèces de vautours de l’Afrique de l’Ouest.
Trois espèces appartenant à ce site sont classées quasi-menacées dans la liste rouge de l'UICN (2018) et une espèce est classée vulnérable.

Une variété de moyens et grands mammifères

On dénombre 44 espèces de grands et moyens mammifères dans la zone du lac Tchad, dont une population d’éléphant. L’éléphant occupe une place centrale dans les savanes. Il y est architecte des paysages et dissémine des espèces végétales. Il permet donc le maintien des écosystèmes et réduit leur vulnérabilité
La zone du Lac Tchad abrite 4 espèces de grands et moyens mammifères vulnérables, dont l’éléphant de savane d’Afrique et l’hippopotame amphibie, ainsi que 3 espèces de grands et moyens mammifères quasi-menacées d’extinction. À titre d’exemple, le sitatunga (ou guib d’eau, antilope) est considéré comme éteint au Niger. Une population en déclin est néanmoins toujours présente au Nigeria.

Les espèces lacustres, existences menacées

L’étude des poissons est un miroir de la variabilité du lac. La présence des poissons dans le lac et les lieux où ils se trouvent dépendent du niveau des eaux dans les cuvettes nord et sud et donc des conditions écologiques qui en découlent (oxygène, végétation, etc.).
120 à 140 espèces de poissons sont identifiés dans le lac Tchad et dans ses tributaires. Le potentiel de production halieutique est estimé à 150 000 tonnes. Néanmoins, beaucoup d’espèces sont menacées par une surexploitation des populations, dues à l’utilisation de filets à mailles de plus en plus petites, empêchant ainsi la régénération de l’espèce.

Les végétaux, un élément non négligeable

Le climat de la zone induit une végétation basse de savane qui se concentre sur le rivage des îles et les rives du lac. Les arbres les plus répandus sur les îles du lac sont le prosopis ou encore le palmier dattier. 
Habituellement considéré comme une espèce invasive, le prosopis est exploité par les bergers peuhl et d’autres acteurs et constitue une source de revenu non négligeable à travers la commercialisation du bois de chauffe, de service et du charbon.
Deux espèces potentiellement envahissantes comme le Typha ou la jacinthe d'eau sont répertoriées mais elles ne constituent pas de menace pour le moment.