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Le Japon de demain : jeunesse sans chrysanthème ni sabre

« Je ne suis pas une divinité vivante » déclarait solennellement, dans le rescrit impérial du ler janvier 1946, l'Empereur Hiro-Hito. Ainsi était confirmée, par celui qui le détenait, la fin d'un pouvoir absolu de droit divin virtuellement aboli, le l5 août l945, par la reddition du Japon. À son tour, la nouvelle Constitution japonaise précisait : « L'Empereur sera le symbole de l'État et de l'unité du peuple, tenant sa position de la volonté souveraine du peuple. » Cependant, la dignité impériale demeure héréditaire et reste le privilège de la dynastie qui règne depuis l'an 600 avant notre ère. Hiro-Hito, le Tenno (empereur) actuel, est ainsi le chef de la plus ancienne famille régnante du monde. Autrefois, le mur d'enceinte qui entourait le Palais Impérial était une barrière qui séparait un demi-dieu d'un peuple. La démocratie japonaise n'a pas encore abattu toutes les barrières, mais entre elle et l'Empereur, il n'existe plus de mur.

En effet, depuis 1945, le régime impérial a été profondément modifié, ainsi que tout ce qui en découle et s’y rattache ; apparemment, comme dit Jean Stoezel : « Il n’en reste plus qu’une façade, sans charpente et sans épaisseur. » L’empereur subsiste, certes, mais seulement comme un symbole de l’unité nationale. La souveraineté a été remise au peuple. […] La question se pose donc de savoir comment la jeunesse japonaise a réagi devant ce bouleversement total : est-elle vraiment une jeunesse sans chrysanthème ni sabre ?

« Cette écolière grandit dans un Japon en pleine évolution. Les réformes opérées depuis la guerre sont-elles superficielles ou vont-elles bouleverser la mentalité de la jeunesse japonaise ? » C'est la légende de la couverture de ce numéro du Courrier consacré au Japon de l'après-guerre et notamment à sa jeunesse, comme le montre cet extrait d'un autre article, « L’enfant d’Hiroshima » dans lequel on peut lire : « Il était un enfant lorsque Hiroshima fut plongée dans l'enfer. Aujourd'hui, Hiroshima est reconstruite, mais des baraques de bois rappellent encore la destruction et la misère.  [...] Comme la ville martyre, le Japon tout entier a déblayé ses ruines, rayé d'un trait un passé cruel et haï. L'enfant d'Hiroshima n'est pas encore un homme, lui aussi est encore marqué par la guerre mais durcis par de telles épreuves, ceux de sa génération donnent déjà l'espoir que le Japon de demain sera infiniment meilleur que celui d'hier. »

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Avril-mai 1954