Sport et compétition
Le sport est devenu langage universel. Il interpelle chaque individu, à un moment ou un autre de sa vie, comme forme de loisir, de culture physique ou de dépassement de soi. Il concerne toutes les sociétés, comme phénomène de masse, espace d'engouement collectif et parfois instrument d'intégration sociale. Enfin, dans certaines circonstances coupes du monde, ¡eux olympiques il se joue de toutes les frontières politiques ou idéologiques et parvient à faire communier dans une même ferveur près d'un milliard de personnes, soit un public planétaire
Mais la mondialisation du sport ne s'est réalisée qu'en privilégiant, de plus en plus, une composante particulière du sport, la compétition, et plus précisément la haute compétition, au détriment de ses composantes ludiques et éducatives; qu'en survalorisant un nombre finalement restreint de disciplines spectaculaires, ce qui a entraîné une médiatisation et une commercialisation croissantes de la performance sportive.
D'où les déviations et les excès observés au cours des dernières décennies: professionnalisation à outrance conduisant à la spécialisation précoce des athlètes, à leur surmenage voire à la tentation du dopage; affairisme indissociable du gigantisme atteint par le spectacle sportif de masse; irruption du sectarisme, parfois même du chauvinisme, découlant d'un esprit de concurrence chauffé à blanc et utilisé, de manière plus ou moins irresponsable, comme dérivatif aux frustrations sociales ou nationales.
Certains voient là des raisons de condamner le sport lui-même. Mais c'est oublier qu'au-delà de ses excès, le sport est et reste pour la grande majorité des hommes une irremplaçable source de perfectionnement de soi en même temps qu'une magnifique école de convivialité, une forme très civilisée de confrontation individuelle et collective. Il s'cgit d'une subtile alchimie où le désir d'aller plus loin que l'autre s'exprime dans le respect absolu de règles qui sont les mêmes pour tous, où la compétition finit par rapprocher les adversaires, où victoire et défaite se rejoignent dans un même amour de l'art pratiqué en commun.
Pour I'Unesco, dont l'une des missions est de veiller à la pureté des voleurs éthiques qui fondent le sport, ce dernier continuera d'être un indispensable vecteur de fraternité planétaire, tant qu'il restera, pour la plupart des hommes, cette «école de noblesse» où Pierre de Coubertin, il y a déjà un siècle, voyait sa vocation première.
Bahgat Elnadi, directeur, et Adel Rifaat, rédacteur en chef
