La Crise mondiale du papier
Mots et images imprimés sur papier constituent le véhicule le plus courant de la pensée et de l'information, celui qui permet aux hommes et aux femmes vivant à de grandes distances les uns des autres, de communiquer entre eux, qui porte aux générations nouvelles le message de l'Histoire.
La leçon des siècles, la pensée et les sentiments des générations passées, nous sont ainsi transmis par les livres. La culture a toujours été étroitement liée à la chose imprimée, et pour notre époque, qui a aboli la distance par la multiplication des moyens de communication, les échanges d'informations à l'aide des mots imprimés sur papier sont devenus un facteur primordial de compréhension internationale, base essentielle de la paix et du progrès ainsi que de l'enrichissement de la civilisation elle-même.
De nouveaux moyens d'expression ont été découverts qui permettent de toucher les masses et ont pris une extension considérable : cinéma, radio, télévision. Mais, en même temps, avec les progrès lents mais sûrs de la lutte contre l'analphabétisme et des nouvelles formes d'éducation, avec les possibilités accrues d'échanges de connaissances et d'informations, les livres, les journaux et les périodiques ont pris une importance plus grande encore que par le passé. Il demeure donc vrai que partout dans le monde, pour la grande majorité des hommes, des femmes et des enfants, les mots et les images reproduits sur papier constituent encore-plus que tout autre moyen de communication-la source principale d'information.
D'où il ressort que les problèmes posés par la pénurie de papier-pour l'impression de livres, journaux, etc.-revêtent une importance considérable pour tous les hommes, pris individuellement ou en groupes.
Malheureusement, il s'est établi un grave déséquilibre entre les disponibilités de la production et les besoins croissants de papier journal. Par ailleurs, un déséquilibre tout aussi grave existe entre les besoins des pays consommateurs et les quantités offertes par les pays producteurs. La répartition n'est donc pas harmonieuse.
Ces deux facteurs-pénurie et inégalité de répartition-déterminent une hausse des prix qui vient encore aggraver la situation dans les régions économiquement défavorisées, celles justement où le besoin d'information est le plus pressant, où la lutte contre l'analphabétisme ne peut progresser qu'à l'aide de livres et de papier pour imprimer ces livres. De ce fait, plusieurs millions d'hommes et de femmes sont privés de la possibilité d'apprendre ce qu'il est pour eux primordial de connaître au sujet du monde dans lequel ils vivent.
L'Unesco étudie depuis quelques années déjà les divers problèmes posés par la répartition du papier. Ayant établi les chiffres globaux de la production et de la consommation, elle les a rendus publics.
Agissant conformément à une résolution votée l'an dernier par la Conférence générale, le Directeur général a demandé au Secrétaire général des Nations Unies de placer le problème du papier journal à l'ordre du jour du Conseil Economique et Social.
En août 1951, l'ECOSOC adopta une résolution proposant des solutions tant immédiates qu'à long terme. Il lançait en outre un appel aux principaux consommateurs de papier, leur demandant de réduire sensiblement leur consommation, et aux producteurs afin qu'ils développent leur production. Aux gouvernements, recommandation était faite d'attirer l'attention de leurs nationaux sur l'importance de cet appel et la nécessité d'une coopération volontaire. L'Organisation pour l'Alimentation et l'Agriculture (F. A. O.) était priée de poursuivre ses études sur les ressources forestières de façon à indiquer les mesures propres à augmenter la production, y compris l'utilisation de matières premières de remplacement. Au cours de la conférence de la F. A. O., qui a eu lieu à Rome en novembre et décembre 1951, des résolutions furent adoptées dans le but de faire progressivement disparaître le déficit actuel de papier journal et de papier d'impression.
Aujourd'hui, une nouvelle forme de famine menace l'univers entier. Seule une action conjuguée peut la conjurer.
