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des hommes et des femmes

Biotechnologies: cherchez le gène!

Sur les milliards d'hommes, de femmes et d'enfants qui peuplent notre planète, il n'y a pas deux individus identiques. Il en va de même pour les plantes à pollinisation croisée, ainsi que pour les animaux et les microorganismes. Cette diversité kaléidoscopique, que l'on retrouve chez tous les êtres vivants, constitue le fondement même des biotechnologies, que l'on peut définir comme un ensemble de techniques visant à modifier et améliorer les organismes vivants. 

Depuis que nous avons redécouvert, au début de ce siècle, les lois de l'hérédité énoncées par Gregor Mendel (1822-1884), nous maîtrisons mieux les mécanismes de la génétique, qui font appel à des phénomènes tels que la ségrégation, la mutation et la recombinaison des gènes dont découle l'immense diversité de la vie.

Cette variabilité des gènes a jadis permis à nos aïeux de domestiquer plantes et animaux par le procédé de la sélection (...)

Mais la biologie moléculaire ouvre des perspectives encore plus vastes. Cette discipline scientifique a été inaugurée par James Dewey Watson et Francis Crick, il y a une quarantaine d'années, avec la description de la structure hélicoïdale de la molécule d'acide désoxyribonucléique, mieux connue sous l'abréviation d'ADN. Depuis, l'attention des chercheurs s'est portée sur l'étude des bases moléculaires de la diversité génétique et sur la normalisation des procédés d'obtention de nouvelles combinaisons génétiques par les techniques dites de l'ADN recombinant. Celles-ci consistent à se servir de petites molécules d'ADN circulaires, les plasmides, comme vecteurs d'appariement des gènes. Ces techniques ont débouché sur une nouvelle méthodologie scientifique, le génie génétique, qui a permis la création d'organismes transgéniques - intégrant dans leur génome du matériel génétique étranger. Elles servent déjà à produire de l'insuline, de l'interféron et de l'hormone de croissance. Désormais, les biotechnologies modernes, qui recouvrent des techniques aussi diverses que les cultures de cellules et de tissus, la micro-propagation et la fermentation, tournent essentiellement autour de cette ingénierie moléculaire (...)

Les nouveautés scientifiques suscitent généralement autant de craintes que d'espoir, et l'opinion s'interroge sur la sécurité et la moralité des manipulations génétiques. Leurs détracteurs craignent qu'en « jouant à Dieu » avec des organismes vivants, l'homme n'en vienne à déclencher quelque catastrophe médicale ou écologique, ou ne soit tenté de s'en prendre à la nature humaine elle-même. C'est pour cette raison que les pays où les recherches dans ce domaine sont avancées ont promulgué des normes de sécurité rigoureuses. Et de nombreuses organisations scientifiques se sont dotées de commissions d'éthique.

L'opinion s'inquiète aussi, surtout dans les pays en développement, de voir des semenciers du Nord industrialisé accaparer à leur profit les ressources génétiques végétales du Sud. La recherche biotechnologique appartient généralement, dans les pays industriels, à des entreprises du secteur privé qui dépendent pour leur approvisionnement des pays en développement. Aussi, la question de l'établissement de systèmes de brevets et de compensations financière occupe-t-elle le devant de la scène internationale, comme en témoigne la signature en 1992 à Rio, par les représentants de 150 nations, d'une Convention mondiale sur la diversité biologique.

Un usage réfléchi et une meilleure compréhension de la nature des biotechnologies classiques et de la génétique moléculaire, contribueraient certes à nous assurer la sécurité alimentaire et des conditions de vie durablement meilleures, mais ils dissiperaient aussi les craintes irraisonnées et les préjugés qui entourent la biodiversité. Là résiderait peut-être, en fin de compte, leur plus grand bienfait pour la société moderne.

Monkombu Samasivan Swaminathan, homme de science indien

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Juin 1994