L'Unesco doit atteindre les masses déclare M. Torres Bodet devant la Commission britannique
«Nous aurions tort, en effet, de diminuer l'ampleur de notre programme ; mais il eût été plus dangereux encore de ne pas comprendre que les programmes révisables sont les meilleurs. Les peuples attendent de notre organisatior autre chose qu'un chapelet de promesses, si belles queiles puissent être. Pour fixer les priorités, nous nous sommes posé trois questions : tout d'abord quels sont les projets qui peuvent apporter au plus grand nombre les avantages les plus grands et les plu, durables ? En deuxième lieu : quels sont ceux qui pourront le mieux remplir leur mission, c'est-à-dire servir les masses ? Et enfin : quels sont les projets dont l'exécution est déjà si avancée que leur interruption équivaudrait à un échec coûteux et apparaitrait comme une incompréhensible "solution de continuité" administrative ?
Partout où je vais, continua M. Torres Bodet, je suis assailli de questions. Pourquoi l'Unesco n'est-elle pas en rapport avec tel ou tel autre groupe d'intellectuels, de penseurs, d'artistes et de poètes ? Son statut gouvernemental lui fait-il oublier l'importance des associations privés ? Vous nous avez dit que l'Unesco recherche le bonheur de l'homme. Pourquoi donc un tel gouffre s'ouvre-t-il entre l'homme moyen et votre organisation ? Je dois reconnaître que des questions de ce genre me troublent profondément. Je sens, en effet, qu'il existe encore un abime entre les activités de l'Unesco et les besoins, les espoirs et les angoisses de l'homme moyen, or, tous ceux qui travaillent à l'Unesco doivent penser sans cesse au destin de cet «homme de la rue». En revanche, je puis poser à mon tour une question. N'appartient-il pas aux commissions nationales de chaque pays de nous aider à combler ce grand vide ?»
