Les Savants explorent les océans
La plupart des hommes n'ont jamais vu la mer et peu d'entre eux la connaissent vraiment. L'océan est un domaine hostile ; beaucoup l'affrontent comme un danger Et pourtant, l'océan est une des plus grandes ressources de l'homme... une de celles qu'il utilise le moins. Si l'on songe que l'humanité tout entière tiendrait dans le tiers d'un kilomètre cube et que le volume total des mers représente 1.364 millions de kilomètres cubes, on commence à réaliser ce qu'est l'élément liquide : deux fois et demi la surface des terres émergées.
Ce fantastique coffre-fort de richesses minérales et vivrières, l'homme n'en connaît pas le chiffre, tout au moins il s'en sert à peine : actuellement, il représente pour lui moins d'un pour cent des ressources alimentaires du monde. Sans parler de ressources réelles que l'état actuel de la science ne permet pas d'exploiter, l'océan renferme une riche et luxuriante végétation sous-marine : chaque kilomètre carré d'océan produit en moyenne 5.000 tonnes de végétation par an, cinq fois plus que ne produisent les continents. La plupart des plantes sous-marines sont microscopiques et ne servent qu'à nourrir les poissons, mais une partie pourrait être utilisée pour l'alimentation des hommes et du bétail, comme par exemple les algues vertes, riches en protéines.
Certes, la faune reste la principale ressource des mers. Mais actuellement elle ne fournit que 4 kg d'aliments par personne et par an, 10 millions de tonnes en tout, soit moins de 1% du régime alimentaire humain. Ce chiffre devrait et pourrait être bien supérieur si l'on ne considérait plus la pêche comme un moyen d'approvisionnement aussi primitif que le fut la chasse pour nos ancêtres. Pour cela, il faudrait appliquer à cette industrie les méthodes modernes dont bénéficient l'élevage du bétail, la culture des céréales, des légumes et des fruits.
Autrement dit, ce sont des normes scientifiques qui font défaut pour tirer des océans tout ce qu'ils pourraient fournir à l'homme. C'est pourquoi des organisations internationales se sont saisies de la question pour que soient entreprises dans ce domaine les recherches nécessaires.
L'Unesco se consacre à l'étude scientifique des problèmes de la mer comme elle le fait pour les zones arides. En novembre 1953 elle a pris part aux études sur le développement de la recherche océanographique dans la région indo-pacifique, ainsi qu'aux réunions d'experts qui se sont déroulées en septembre 1954 sur la biologie marine dans la région latino-américaine. A la Conférence générale, qui s'est réunie à Montevideo, en novembre, un rapport, rédigé en accord avec la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture), proposait un programme d'assistance aux recherches océanographiques à l'échelle mondiale.
Pour la coordination de ce programme à long terme l'Unesco va créer le Comité consultatif des Sciences de la Mer. Une réunion préliminaire d'experts a eu lieu au siège de la FAO, à Rome, les 9 et 10 mai derniers. Dans quelques mois se réunira à Santos, au Brésil, un stage d'études organisé par l'Unesco sur le thème « Plancton ».
Comme pour la plupart des points de son programme il ne s'agit pas pour l'Unesco de résoudre à elle seule le problème de la mer. Aucune institution humaine ne pourrait le faire. Son rôle est de coordonner, d'encourager, d'organiser, de servir de lien entre les multiples commissions ou organisations diverses qui étudient déjà le problème à l'échelle nationale, intergouvernementale ou internationale.
La parole est donc aux savants, aux laboratoires, aux recherches. Parallèlement à l'élaboration de cette science de la mer, et grâce à elle, des spécialistes pourront alors mettre au point les méthodes rationnelles qui permettront de tirer de l'océan de quoi donner à manger et à boire aux quatre milliards d'hommes que comportera le monde en l'an 2000.
